Le Dr Alain Poirier  
Le Dr Alain Poirier  

«Il faut redonner de la vie à d’autres groupes de la société»

Jacynthe Nadeau
Jacynthe Nadeau
La Tribune
Pendant qu’on prépare minutieusement la réouverture graduelle des commerces, entreprises, écoles et régions, plusieurs se demandent où est la logique de confiner encore à la maison les personnes de plus de 70 ans.

Et le directeur de santé publique en Estrie, le Dr Alain Poirier, est du nombre, a-t-il avoué mercredi en entrevue par vidéoconférence avec plusieurs médias de la région.

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Après avoir longuement expliqué les statistiques de contamination, d’hospitalisations et de décès liés à la COVID-19 et redit sa fierté de voir comment les Estriens respectaient bien les consignes de santé publique, le Dr Poirier y est allé d’un avis personnel sur les restrictions imposées aux personnes de plus de 70 ans, et même les 60 ans et plus.

« J’ai 63 ans et j’ai deux petites-filles merveilleuses et je commence à trouver pénible cette idée que les gens vont aller travailler, que mes deux petites-filles vont avoir le droit d’aller à la garderie et de rencontrer d’autres personnes et que leur grand-père de 63 ans ne pourra pas », a-t-il confié.

Citant le règlement sanitaire international de l’Organisation mondiale de la santé, endossé par plusieurs pays, il explique que dans toute crise sanitaire, les mesures imposées doivent être proportionnelles aux risques pour que les gens s’y conforment de bonne grâce.

« Avec ce qui se passait en Italie et en Espagne [au début de la pandémie], les Québécois ont bien accepté toutes les mesures et je suis très fier des résultats. On a vu ce qui est arrivé, on a vu qu’on était capable, on n’a pas envahi nos lits d’hôpitaux ni nos soins intensifs, et c’est encore plus vrai en Estrie. Pour toutes ces raisons-là maintenant, je pense qu’on ne peut pas arrêter de vivre pendant deux ou trois ans, en espérant qu’un vaccin va arriver. »

« Je ne suis pas en train d’écrire un avis de santé publique, prévient-il, c’est un avis personnel, mais je tiens compte de ces valeurs-là. Il faut avoir une réponse proportionnée (aux risques) sinon les gens vont décrocher et on va voir arriver de la délinquance. »

Selon le Dr Poirier, toute la série d’arrêtés ministériels en lien avec la COVID-19 qui ont été décrétés dans l’urgence depuis six semaines, s’ils étaient nécessaires au moment où ils ont été adoptés, doit maintenant être révisée en fonction des plans de déconfinement qui sont mis en place.

« Le fameux 70 ans, enwoye à maison, la recommandation de bonne foi que le premier ministre a lui-même faite, c’est une recommandation et pas un interdit, illustre-t-il. Donc quelqu’un de 71 ans qui arrive à la SAQ aujourd’hui ne devrait pas se faire demander ses cartes. S’il est assez en forme pour aller à la SAQ et qu’il prend le risque lui-même, on ne devrait pas l’empêcher d’y aller. Toutes ces mesures de distanciation, c’était facile de les écouter quand on était très inquiet, là les gens le sont un peu moins. » 

« Même chose pour les ados et les familles qui ne peuvent pas se voir, ajoute-t-il. Il va falloir trouver des accommodements raisonnables, tout en tenant compte de la règle du deux mètres, pour redonner de la vie, pas seulement aux entreprises et aux écoles, mais à d’autres groupes de la société aussi. »

Il prévient du même souffle qu’il faut faire preuve de prudence et de jugement dans le déconfinement, au risque de devoir revenir en arrière si la contamination est relancée.

« On va avoir du plaisir à en discuter pour des semaines et des semaines à venir. »

Port du masque

Dans la même veine, à quelques jours de voir les Québécois reprendre un certain nombre d’activités habituelles, le Dr Poirier est revenu sur la nécessité de porter un masque de protection en public.

Après avoir d’abord pensé qu’il valait mieux insister sur le lavage des mains, l’éternuement dans le coude et la distanciation physique pour se protéger, il prône aujourd’hui le port du masque personnel pour protéger les autres. 

Et il le recommande dans toutes les situations où il peut être difficile de respecter la règle de distanciation du deux mètres, par exemple dans les transports en commun, en covoiturage ou dans les corridors de nos milieux de travail.

« La logique s’est inversée, explique le Dr Poirier. Maintenant qu’on sait qu’il y a des gens asymptomatiques et qu’il y a des milieux où ça semble se transmettre un peu plus facilement que d’autres, je pense que c’est généreux de porter le masque pour protéger les autres et non pas pour se protéger soi-même parce qu’on a peur. »

Ce masque n’a pas besoin d’être étanche comme les fameux N95, ni même les masques chirurgicaux plus communs. Ce peut être un simple masque de tissu, un couvre-visage préfère-t-il dire, en exhibant celui qu’il porte lui-même dans les couloirs de la direction de santé publique et qui a été confectionné par une couturière.

Les tests qui ont été faits sur ce type de masque montrent qu’ils suffisent généralement à retenir les postillons porteurs de virus. 

Pas de militaires en Estrie

Notons par ailleurs que la région sociosanitaire de l’Estrie a continué d’aplatir sa courbe de contamination à la COVID-19 mercredi. Le bilan du jour fait état de quatre nouveaux cas confirmés sur le bilan de la veille et d’aucun nouveau décès pour une quatrième journée consécutive.

Dans le détail, cela porte à 826 le nombre de cas confirmés, 25 décès, 59 hospitalisations (en hausse d’un cas sur le dernier bilan) et trois hospitalisations aux soins intensifs (en hausse d’un cas sur le dernier bilan).

Pendant ce temps-là au Québec, on déplore 79 nouveaux décès pour porter le total à 1761 et 837 nouveaux cas confirmés pour porter le total à 26 594 cas.

Dans le point de presse quotidien du gouvernement, tenu par la vice-première ministre et ministre de la Sécurité publique Geneviève Guilbault, mercredi, en remplacement du premier ministre François Legault, on a annoncé le plan de réouverture des différentes régions du Québec qui avaient fermées il y a un mois pour freiner la propagation du coronavirus.

La ministre Guilbault a également annoncé le déploiement de 400 militaires des Forces armées canadiennes dans huit CHSLD de la province, lourdement affectés par des éclosions de COVID-19 et par le manque de personnel.

Précisons qu’aucun de ces huit CHSLD ne figure sur le territoire du CIUSSS de l’Estrie-CHUS. 

Le Centre Argyle que la ministre Guilbault a nommé serait le CHSLD Argyle — Centre de santé Saint-Lambert, situé sur le territoire du CISSS de la Montérégie-Centre.