Grogne des élèves de 5e secondaire contre la question d’examen du ministère

Une page Facebook qui devait servir de lieu d’échanges pour la préparation de l’épreuve de production écrite en français de 5e secondaire s’est transformée en plate-forme de mobilisation pour la lutte aux changements climatiques.

Bon nombre d’adolescents du Québec se soulèvent contre l’angle de la question du texte argumentatif de 500 mots qu’ils devaient produire, jeudi, dans le cadre de l’examen final imposé par le ministère de l’Éducation du Québec : « Peut-on s’adapter aux changements climatiques? ».

Les élèves auraient souhaité un angle tourné vers les solutions pour les contrer.

La députée de Sherbrooke et critique de la deuxième opposition en matière d’éducation Christine Labrie de Québec solidaire croit que ce soulèvement relatif à la question d’examen par des adolescents prouve que leur esprit critique est aiguisé.

« Je trouve ça beau à voir. Il y a une incohérence dans cette question concernant l’adaptation aux changements climatiques. Il n’est pas question de savoir si on doit s’adapter. On doit faire quelque chose pour essayer de les contrer. On doit se regrouper pour lutter contre les changements climatiques », croit la députée de Sherbrooke.

Elle ne croit pas que la question puisse avoir été imposée par le gouvernement Legault, mais elle souligne que les jeunes réclament des solutions concrètes aux problèmes environnementaux.

« J’ai pris connaissance des textes de préparation et les élèves ont raison de dire qu’ils auraient pu avoir accès à plus de faits et non des opinions de chroniqueurs. Il y a très peu de contenu factuel. Ce débat met en lumière que l’État n’est pas mobilisé pour affronter les changements climatiques. Nous devons être en mode action », croit Christine Labrie.

Elle constate la mobilisation des adolescents notamment lors de la marche mondiale qui a eu lieu partout au Québec le 15 mars dernier.

Environ 1500 personnes avaient pris la rue à Sherbrooke pour manifester leur volonté de voir les gouvernements prendre des actions concrètes en matière de lutte aux changements climatiques.

« Les jeunes sont mobilisés. Ils ne sont pas passifs sur la question des changements climatiques. Ils veulent que le gouvernement passe à l’action », constate la députée Labrie.

Le ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur du Québec Jean-François Roberge a décliné la demande d’entrevue de La Tribune.

Cependant, il avait été interpellé, jeudi, à la suite de la publication d’un article sur le média en ligne Vice-Québec lors de l’étude des crédits budgétaires 2019-2020 de la commission Culture et éducation par la critique de l’opposition officielle Marwah Rizqy. 

« Le ministre a été enseignant et je crois qu’il aurait eu un malaise à donner cet examen à ses élèves. Les jeunes sont en colère et se demandent qui a pensé à ça et surtout le document de travail qui a heurté des milliers d’élèves. Il faut être à leur écoute. Les élèves ont raison d’être en colère. On ne peut avoir un biais dans une question. Pourquoi on n’a pas demandé ce qu’on pouvait faire pour lutter contre les changements climatiques? » a soulevé la députée libérale de Saint-Laurent.

Le ministre a rappelé que ce n’était pas lui qui préparait les questions aux examens du ministère et qu’il n’avait pas vu la question ni celles des autres examens qui seront soumises aux élèves au cours des prochaines semaines.

« Manifestement, ces élèves ont développé la compétence de l’argumentation. Je veux souligner le bon travail des enseignants qui leur ont donné ce sens critique. Sincèrement, c’est un sujet d’un texte argumentatif qui leur a été posé. Je l’apprends à ce moment-ci. Que les étudiants soient mobilisés et intéressés à agir concrètement, c’est formidable. C’est porteur d’espoir pour l’avenir du Québec et l’avenir de l’humanité. Ils disent on ne veut pas l’écrire, on veut le faire. Les experts disent que c’est notre devoir de limiter le réchauffement », a signalé le ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur du Québec en commission parlementaire.

Sur la page Facebook « Examen du ministère 2019 », maintenant suivie par plus de 35 300 personnes, plusieurs adolescents proposent d’organiser des manifestations pour la lutte aux changements climatiques et d’appuyer les partis politiques qui vont offrir des solutions concrètes en ce sens lorsqu’ils auront le droit de voter.

Sur la page du groupe une adolescente proposait d’apposer un cercle vert à côté de sa signature au bas du texte, le signe associé au mouvement contre les changements climatiques. 

« Effectivement, un rond vert ne va concrètement rien changer. Au moins, ce serait comme un petit clin d’œil pour dire qu’on est là, qu’on s’est parlé et qu’on réclame du changement. Aussi, c’est pas parce que l’examen est passé qu’on peut pas s’impliquer et faire suite à ce clin d’œil. Il serait possible, après l’examen, de composer un courriel adressé au gouvernement pour réclamer du changement », explique une adolescente dans sa publication.