Jean-François Létourneau (Le territoire dans les veines) et Patrick Straehl (Ludo) ont remporté une bourse de 1000 $ comme finalistes du Grand Prix du livre de la Ville de Sherbrooke, tandis que William S. Messier (Le basketball et ses fondamentaux) et Alex Gagnon (La communauté du dehors) sont repartis chacun avec le Grand Prix, accompagné d’une bourse de 4000 $. Absents : les finalistes David Goudreault (Abattre la bête) et Jacques Beaudry (Le fantôme du monde), qui reçoivent aussi un prix de 1000 $.

Grand Prix du livre : basketball et criminels à l'honneur

Une sorte d’ovni littéraire, mélange de nouvelles et d’interstices biographiques, avec un essai en guise de conclusion. Et un retour en arrière sur la piste des criminels célèbres de l’histoire québécoise, avec une tentative d’explication sur le pourquoi de leur empreinte si forte dans notre mémoire collective.

Bref, il n’y aurait pu avoir lauréats aussi différents que ceux qui ont remporté le Grand Prix du livre de la Ville de Sherbrooke hier. Les noms de William S. Messier (catégorie Création littéraire) et d’Alex Gagnon (catégorie Essai) ont été dévoilés lors d’une cérémonie qui s’est déroulée au Salon du livre de l’Estrie.

Les œuvres respectives des gagnants, Le basketball et ses fondamentaux et La communauté du dehors : imaginaire social et crimes célèbres au Québec, XIXe-XXe siècle, ont été préférées aux romans Abattre la bête de David Goudreault et Ludo de Patrick Straehl ainsi qu’aux essais Le territoire dans les veines de Jean-François Létourneau et Le fantôme du monde de Jacques Beaudry.

Pour William S. Messier, l’étonnement était double, puisqu’il avait été finaliste au prix Alfred-DesRochers l’an dernier, mais s’était incliné devant Étincelle de Michèle Plomer. L’auteur ne s’était donc pas créé d’attentes cette année.

« Mais je suis aussi surpris parce que ce livre, c’est une bibitte dans le paysage littéraire. Ça n’a pas le poids d’un roman. Et c’était un pari d’écrire un recueil de nouvelles sur le basketball [il vient d’être réédité en format poche] en essayant de le rendre intéressant aux yeux de ceux que ça n’intéresse pas. Pour avoir déjà travaillé en librairie, je comprends l’effet repoussoir de ce bouquin. Juste le titre, on dirait un essai », commente celui qui est professeur de français au Cégep de Sherbrooke.

Mais l’auteur reconnaît en même temps que cet ouvrage, son quatrième, est certainement son plus personnel. « Je pense que c’est celui qui correspond le plus à ma vision de la littérature : éclaté, ludique, mais aussi très empathique. J’ai voulu créer un livre où les lecteurs s’attacheraient aux personnages, même s’ils n’accrochent pas au thème du basketball. »

Thèse convertie

Pour sa part, Alex Gagnon a vu un deuxième de ses essais être récompensé dans la région en autant d’années. Nouvelles obscurités : lecture du contemporain avait gagné le prix Alphonse-Desjardins en 2017.

« En fait, les deux essais sont parus presque en même temps et je les ai tous les deux soumis », confie le docteur en littérature, dont le livre « se lit comme un roman » selon le jury. « Il s’agit en fait d’une thèse de doctorat que j’ai convertie en livre, en enlevant les parties moins digestes », précise l’auteur.

Avec La communauté de dehors, Alex Gagnon dresse une forme d’histoire culturelle des criminels qui ont le plus marqué l’histoire québécoise, en essayant de dégager les raisons de cette « célébrité » ayant souvent inspiré romanciers et dramaturges.

« Évidemment, il y a souvent des concours de circonstances, comme le cas du Dr l’Indienne, qui a avoué d’autres meurtres sur l’échafaud, sans nommer ses victimes, ce qui a ouvert l’imagination des gens. Mais il y a aussi les crimes qui rappellent des archétypes, des figures de l’imaginaire déjà existantes, telle celle de la sorcière avec la Corriveau. »