Jean Desclos

Grâce à l'UdeS, Madagascar a ses premiers psychologues

Les cinq premières psychologues de Madagascar ont reçu leur diplôme récemment, et ce, grâce à une entente signée avec l'Université de Sherbrooke.
Derrière le projet de mettre sur pied une formation universitaire en psychologie à Madagascar se trouve le professeur retraité et ancien vice-recteur de l'UdeS Jean Desclos, qui travaille depuis 15 ans pour atteindre cet objectif.
« Avant, les Malgaches devaient aller à l'étranger pour étudier la psychologie et, dans les faits, personne ne pratiquait cette profession dans ce pays africain. L'obstacle premier quant à la création du département de psychologie a été la culture malgache et ses préjugés. On pensait encore que la psychologie était pour les fous et elle était associée à une forme de sorcellerie. Il y avait un blocage et on a dû faire une campagne de communication pour informer les gens. C'est ainsi qu'on a attiré nos premiers étudiants », raconte M. Desclos.
Pour former ces étudiants, le nouveau département avait besoin de ressources humaines. « On a passé une annonce dans le journal de l'Ordre des psychologues du Québec et c'est ainsi qu'on a trouvé des enseignants intéressés à cette collaboration bénévole à l'international », ajoute M. Desclos, précisant l'implication de l'UQAM et de ses professeurs dans le projet.
En plus de professeurs et d'étudiants, le nouveau département a besoin de matériel. En avril dernier, l'UCM recevait 430 boîtes de livres et d'ordinateurs offerts par l'UdeS et l'UQAM pour garnir la bibliothèque.
« La culture malgache est imprégnée d'une grande solidarité familiale et sociale, enrichie par un profond enracinement religieux, explique M. Desclos. Mais son économie est très fragile. C'est un des pays les plus pauvres de la planète, ce qui rend la vie très difficile et entraîne des misères. Malgré ce contexte, il n'y a aucun professionnel pour leur venir en aide. »
Jusqu'à la récente collation des grades cet automne, Madagascar, qui a une population de plus de 22 millions d'habitants, n'avait aucun psychologue. En comparaison, le Québec, où vivent plus de 8 millions d'habitants, en compte près de 9000.
Naissance du projet
Au cours des dernières années, M. Desclos a effectué une quinzaine d'allers-retours entre Sherbrooke et Antananarivo, ville où se situe l'Université catholique de Madagascar (UCM) et le premier département de psychologie malgache.
Tout débute en 2001 alors que Jean Desclos, vice-recteur en poste, est contacté par Soeur Estelle Fontaine qui est missionnaire à Madagascar avec la soeur de M. Desclos. L'idée de former des Malgaches à l'Université de Sherbrooke pour que ces derniers contribuent par la suite à la création d'un département de psychologie à Madagascar est soulevée et retenue. Grâce à la Fondation Bombardier et Jean Desclos, deux étudiants sont formés sans qu'ils aient à débourser les frais. Un d'eux obtiendra son doctorat en 2010 et deviendra, en 2011, le directeur du tout premier département de psychologie de Madagascar.
En plus de loger et nourrir à ses frais ces deux étudiants pendant des années, Jean Desclos crée le Fonds Madagascar, en collaboration avec la Fondation de l'UdeS, et y investit 50 000 $ de sa poche. Plus de 60 000 $ seront ensuite amassés pour financer le projet.
« Maintenant, les cinq finissantes qui ont complété leur maîtrise pourront être embauchées comme chargées de cours de l'UCM pour les cours de premier cycle. Nous visons 2020 pour que le département de psychologie de l'UCM soit autonome », note M. Desclos.
Deux projets importants restent à être réalisés, soit la création d'une clinique populaire de psychologie sur le campus de l'UCM et la mise en place du programme d'études du troisième cycle.
Quant à Jean Desclos, il retournera à Madagascar ce printemps pour un séjour de six semaines pendant lesquelles il enseignera au département de théologie de l'UCM et rencontrera la prochaine cohorte de psychologues malgaches.