Le père Alain Rodrigue, supérieur des Missionnaires de Marianhill, explique que les congrégations religieuses qui existent encore à Sherbrooke font face à plusieurs défis.

Gérer le déclin

Les membres des communautés religieuses de Sherbrooke ont pratiquement diminué de moitié depuis 15 ans à Sherbrooke, et le déclin s’accentuera encore de façon marquée au cours des prochaines années.

Alors qu’il y avait 1202 membres répartis dans 33 congrégations religieuses à Sherbrooke en 2003, ils sont maintenant 589 répartis en 21 congrégations et un institut séculier.

« Dans quelques années, nous aurons encore fait un grand saut », soutient le père Alain Rodrigue, coordonnateur du service diocésain de la vie consacrée à l’archidiocèse de Sherbrooke et supérieur de la maison des Missionnaires de Mariannhill.

Le vieillissement des effectifs des congrégations est en effet très prononcé : actuellement, 531 des 589 membres ont plus de 70 ans. On ne compte que 58 personnes âgées entre 30 et 69 ans.

Ces données excluent toutefois la présence à Sherbrooke de la communauté Marie-Jeunesse, une jeune association de fidèles née à Sherbrooke en 1982 et dont la mission est l’accueil et l’évangélisation des jeunes entre 15 et 30 ans. La famille Marie-Jeunesse compte plusieurs prêtres, frères et sœurs engagés temporairement et définitivement et a maintenant des maisons dans trois autres pays.

Toutes les autres congrégations religieuses amorcent donc un virage, un virage important qui représente plusieurs défis. Les représentants de plusieurs congrégations se sont d’ailleurs réunis mercredi soir dernier pour discuter de leur avenir.

« Dans nos congrégations, nous voulons prendre soin de nos membres jusqu’à la toute fin de leur vie. Mais pour faire ça, il faut s’organiser. Il y a un coût faramineux à ça », mentionne le père Rodrigue.

Il souligne qu’une place en CHSLD peut coûter jusqu’à 5000 $ par mois par personne dans le secteur public et que ces chiffres ne sont guère différents pour les congrégations religieuses qui gardent leurs membres en fin de vie.

Sauf exception, tous les religieux meurent dans leur maison-mère, entourés par les membres de leur famille et ceux de leur communauté religieuse.

Ainsi, les congrégations plus grandes ont pu s’organiser pour bâtir une infirmerie au cours des dernières années dans leur couvent. C’est notamment le cas des Petites sœurs de la Sainte-Famille, qui ont déménagé au printemps dans leur nouveau couvent bâti au coût de 20 millions $, sur le terrain voisin de leur immense couvent de la rue Galt Ouest qui surplombe le parc Jacques-Cartier depuis 1930. C’est aussi le cas des Missionnaires de Notre-Dame des Anges (voir autre texte), des Filles de la Charité du Sacré-Cœur de Jésus et des Frères du Sacré-Cœur, qui ont transformé une partie de leur couvent en infirmerie et qui embauchent du personnel médical pour veiller sur leurs membres malades ou vieillissants.

Mais pour les plus petites communautés, que faire?

« Nous en sommes au début des réflexions », souligne Sœur Claire Lessard, supérieure à la maison des Missionnaires de Notre-Dame des Anges.

Le problème est particulièrement marquant chez les hommes. Ils ne sont plus que 146 pères et frères à vivre dans leurs huit communautés, contre 437 religieuses.

« Nous sommes trop peu nombreux pour faire quelque chose de rentable pour nous-mêmes. Nous allons devoir aller du côté des religieuses pour essayer de nous organiser quelque chose avec elles », mentionne Alain Rodrigue.

Mises aux normes des résidences

Les mises aux normes des résidences pour aînés exigées par le gouvernement du Québec depuis quelques années compliquent grandement le dossier : des congrégations qui auraient de la place pour recevoir des membres d’autres congrégations ne peuvent pas le faire parce que, dès lors qu’elles hébergent des gens de l’extérieur, le bâtiment devient alors une résidence pour aînés avec toutes les exigences que cela comporte : installation de gicleurs, etc.

« Nous ne pouvons pas aller dans le système de santé public. Imaginez si tous les religieux dont nous prenons soin se retrouvaient demain dans le système de santé public à Sherbrooke : on ferait éclater le système! On veut donc continuer de prendre soin des membres de nos familles jusqu’à la fin de leur vie, et nous allons devoir travailler ensemble pour y arriver », souligne le père Alain Rodrigue.