La physiothérapeute Mélanie Morin est chercheuse au Centre de recherche du CHUS et directrice du Laboratoire de recherche en urogynécologie.

Fuites urinaires: «Il faut briser les tabous»

EXCLUSIF - Trois femmes sur dix ont des fuites urinaires à la suite d’un accouchement vaginal. Le nombre bondit à sept femmes sur dix lorsque les femmes ont eu une avulsion à la suite de leur accouchement — c’est-à-dire lorsqu’un faisceau s’est détaché de l’os pubien. Avec le vieillissement, les choses ne s’améliorent pas : qu’elles aient ou non connu l’expérience de l’accouchement par voie naturelle, cinq femmes sur dix auront des fuites urinaires après l’âge de 50 ans.

C’est à ces problèmes que s’intéressent la physiothérapeute Mélanie Morin, chercheuse au Centre de recherche du CHUS et directrice du Laboratoire de recherche en urogynécologie. Son intérêt porte particulièrement, en ce moment, sur l’accouchement avec une avulsion. En effet, il n’y a pas longtemps qu’on sait que l’accouchement peut provoquer une avulsion. Mais qu’est-ce que c’est exactement? « C’est une lésion, un faisceau qui se détache de l’os. L’arrivée des échographies 3D et 4D a permis de découvrir cette lésion », souligne Mélanie Morin.

Cette technologie n’est pas disponible dans les cliniques conventionnelles, mais différents projets de recherche, dans le monde, ont permis d’avoir une idée assez claire des séquelles que peut causer un accouchement avec ou sans avulsion.

12 000 femmes par année au Québec

Sur les 83 900 naissances qui se produisent chaque année au Québec, ça signifie que 17 000 des femmes subissent une avulsion — et que 12 000 auront des fuites urinaires. En plus, les femmes sont aussi beaucoup plus à risque d’avoir des descentes d’organes, qui risquent d’arriver plus tôt dans la vie et d’être plus sévères que chez les autres femmes. 

Les facteurs de risque d’une avulsion sont l’utilisation de forceps, une poussée rapide de moins de trente minutes ou de plus de deux heures, avoir plus de 35 ans à la suite de l’accouchement, ainsi qu’une déchirure au troisième ou quatrième degré.

Le muscle peut-il être rattaché à l’os? Des projets de recherche en Australie ont répondu à la question : non. Alors le renforcement du muscle, avec de la physiothérapie, peut-il aider à contrôler les symptômes? La réponse est tout aussi claire : oui!

Un problème tabou et ridiculisé

La physiothérapeute Mélanie Morin souhaite parler de l’incontinence urinaire afin de faire connaître la problématique, d’ouvrir le dialogue pour que les femmes se sentent à l’aise d’en parler, de poser des questions et, à la fin, d’obtenir de l’aide pour améliorer leur condition. 

L’incontinence urinaire est trop souvent normalisée... en plus d’être très taboue.

« Les gens normalisent l’incontinence. Ils mettent des protège-dessous, ils évitent le sport, ils commencent à vérifier leurs sorties... »

« Faire pipi dans ses culottes est souvent ridiculisé. Les femmes ont honte, elles le cachent, elles trouvent des moyens pour le cacher, même à leur entourage. Il faut en parler, il faut briser les tabous », déplore Mélanie Morin, aussi professeure à la faculté de médecine et des sciences de la santé de l'Université de Sherbrooke.


« Si 30 % des femmes ont des pertes urinaires après un accouchement, ça monte à 50 % après 60 ans. »
Mélanie Morin

Selon des études, l’incontinence urinaire chez la femme coûte annuellement 8,5 milliards $ dans le monde, soit le même coût que le cancer du sein et l’arthrose. « Mais personne n’en parle! » s’attriste Mme Morin.

Une femme dans la trentaine qui souffre de pertes urinaires ne verra pas sa condition s’améliorer si rien n’est fait, car biologiquement, les fuites urinaires s’accentuent avec l’âge.

« Si 30 % des femmes ont des pertes urinaires après un accouchement, ça monte à 50 % après 60 ans. De ce nombre, au moins 20 % des femmes auront des cas sévères », dit Mélanie Morin.

Les personnes incapables de retenir leur urine auront tendance, avec le temps, à faire moins d’activité physique, à s’isoler, à ne plus sortir en dehors de chez elles, avec toutes les conséquences que cela amène.

Femmes recherchées

Une importante étude clinique est en cours au Centre de recherche du CHUS, et l’équipe de la chercheuse Mélanie Morin est à la recherche de 160 femmes qui ont des fuites urinaires. 

L’objectif de l’étude est d’évaluer l’efficacité d’un traitement de physiothérapie chez des femmes présentant une avulsion des muscles du plancher pelvien aux prises avec de l’incontinence urinaire d’effort comparativement au groupe témoin placé sur la liste d’attente. Au total, cette étude réalisée à Montréal et Sherbrooke comportera 160 femmes de 18 à 45 ans. Les femmes recevront 12 séances de physiothérapie sur 12 semaines.

« On pense que les femmes sont vraiment avantagées de participer à l’étude, parce qu’elles recevront des traitements et qui, autrement, sont seulement offerts au privé », souligne Mme Morin.

On peut rejoindre l’équipe de Mélanie Morin en composant le 819 346-1110, poste 18439, ou etude@lab-urogyn.com.