Depuis la campagne 2017-2018, Félix Potvin est dans une classe à part comme entraîneur, pour ne pas dire sur une autre planète, avec un record de 92 victoires et 29 défaites.

Félix Potvin dans une classe à part

Pour plusieurs observateurs et experts de la scène du hockey et même les amateurs, le mystère Félix Potvin demeure entier, impénétrable. Impossible de trouver un entraîneur sur la scène du hockey au Québec et possiblement même à l’extérieur de la Belle Province qui rayonne comme le pilote des Cantonniers de Magog.

La feuille de route de l’ancien choix de 2e ronde des Maple Leafs de Toronto est à ce point éloquente qu’il est difficile de croire qu’il ne se retrouve pas encore à la tête d’une équipe de la LHJMQ. Potvin engrange les victoires et championnats. Sa fiche en saison régulière se chiffre à 183 victoires contre 108 revers depuis la saison 2013-2014, sa première comme entraîneur-chef. Depuis la campagne 2017-2018, il est dans une classe à part, pour ne pas dire sur une autre planète, avec un record de 92 victoires et 29 défaites. Au cours des prochaines séries éliminatoires, il tentera de procurer une troisième coupe Jimmy-Ferrai d’affilée aux Cantonniers. Plusieurs bannières de championnat de la section Tacks et du classement général gagnées sous sa férule (deux) flottent aussi dans les hauteurs de l’aréna de Magog, 

 Potvin ne carbure pas aux statistiques. Il faut lui rappeler sa fiche. Le sort de ses joueurs et leur avenir au hockey ou dans leur future vie d’adulte a autant d’importance sinon davantage dans la mission qu’il s’est donnée.

 Trois des quatre meilleurs compteurs chez les défenseurs de la LHJMQ sont d’anciens Cantonniers qui ont passé entre les mains de Potvin. On parle de William Villeneuve, Isaac Belliveau et Jacob Dion. On peut ajouter les noms de Justin Robidas, Alexandre Doucet, Patrick et Nicolas Guay, Charles Beaudoin, Rémi Poirier, Simon Pinard, pour ne nommer que ceux-là, qui connaissent du succès. Les anciens Cantonniers sont partout.

 Combien d’entraîneurs, pour ne pas dire la très grande majorité, ont obtenu des promotions sans n’avoir jamais atteint les standards de Félix Potvin?

En paix

 Celui-ci ne s’en offusque pas. Des offres lui ont déjà été présentées. « Ça ne me convenait pas. Rien à voir avec le salaire, sachez-le. Si jamais je fais le saut un jour, je ne veux pas y aller à reculons. Mon idée n’est pas encore faite. Je n’ai pas l’impression non plus que le temps joue contre moi. Je suis en paix avec moi-même », confie Potvin qui esquisse un sourire lorsqu’on lui mentionne qu’il perd son temps et qu’il n’a plus rien à prouver dans le midget AAA.

 « Je ne suis pas avec les Cantonniers pour me prouver des choses ou battre des records. Je fais du hockey chez moi, c’est merveilleux. J’adore aider les jeunes dans leur développement. C’est l’autre élément qui me comble. C’est probablement à 16 et 17 ans qu’ils sont le plus aptes à faire des pas de géant dans leur développement. J’essaie aussi de leur enseigner de bonnes valeurs. C’est ce qui me plaît. Dans le junior majeur, on le sait, c’est plus un business. Je comprends ça, mais actuellement je suis plus dans le développement. »

Parcours différent

 Ne devient pas entraîneur qui veut dans le midget AAA. Félix Potvin a brûlé les étapes, ne dirigeant jamais dans le hockey mineur. Parcours peu orthodoxe et sa méthode de travail l’est tout autant. Le calme qu’il affiche derrière le banc est presque légendaire. Sa personnalité se reflète sur ses joueurs qui sont pour plusieurs les plus respectueux de la ligue. Comme dans la vie, c’est aussi un coach de peu de mots. 

 Il reconnaît que son approche surprend ses joueurs qui sont généralement habitués à des entraîneurs beaucoup plus bavards et volubiles. « Après une semaine ou deux ils ont appris à me connaître. Je suis très exigeant sans être un moulin à paroles. Je veux qu’on ait de la rigueur, de la discipline. J’insiste sur le respect mutuel de la partie comme telle et des adversaires. Je suis proche des joueurs sans leur coller à la peau. Ils ont besoin de respirer. Je sais qu’ils apprécient. Les gars de deuxième année sont toujours heureux de revenir. Cela doit signifier quelque chose. » 

 Potvin n’est pas le plus grand adepte des séances vidéo à n’en plus finir. Il se fie beaucoup plus sur ses propres expériences, son instinct, son feeling du moment. Quand on sait que tout est à l’ère numérique en 2020, même au hockey, le mentor des Cantonniers fait bande à part là aussi.

 « Jamais sur l’équipe adverse en saison régulière, précise-t-il au sujet des séances vidéo. Seulement à l’occasion pour aider un de mes joueurs, Dans les séries c’est différent, mais pas avant. »

Des défaites

 Comme entraîneur, on le voit, Potvin côtoie la victoire sur une base régulière. Or, une défaite lui laisse encore un goût amer dans la bouche. Celui-ci fait référence au revers en deuxième période de prolongation en finale de la Coupe Telus le printemps dernier contre les Young Nationals de Toronto.

« On avait connu une semaine parfaite. Cela n’avait pas été suffisant Je me souviens m’être questionné à savoir ce qu’on pouvait faire de plus pour gagner ce championnat canadien? »

 Une défaite qui s’apparente dans un sens à celle subie par Potvin alors qu’il était le gardien des Maple Leafs de Toronto en 1992-1993. Potvin et les Leafs s’étaient inclinés dans le septième match de leur demi-finale contre les Kings de Los Angeles et Wayne Gretzky, ratant leur rendez-vous avec le Canadien en finale de la Coupe Stanley. 

 « Cette défaite m’a affecté sur le plan personnel. Avec les Cantonniers, j’ai surtout eu mal pour les gars qui méritaient nettement un meilleur sort. »

À Magog, on se doute bien que Félix Potvin n’est pas éternel et qu’il partira éventuellement sous d’autres cieux. Entretemps, il continue de faire l’unanimité auprès des supporteurs de l’équipe et de l’organisation.