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Éveillée pendant sa chirurgie à cerveau ouvert
Le neurochirurgien David Fortin utilise une technique innovante pour opérer certaines tumeurs au cerveau : ses patients sont éveillés tout au long de l’opération. Cette technique chirurgicale de pointe permet d’identifier les réseaux et les connexions à préserver dans le cerveau pour limiter les risques afin que le patient puisse conserver ses fonctions essentielles comme la parole, la motricité ou la réflexion. La Tribune a été invitée à assister à une telle chirurgie dans la salle d’opération.
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Éveillée pendant sa chirurgie au cerveau [VIDÉO]

Ouvrir la boîte crânienne d’une patiente pour y retirer une tumeur d’environ 7 cm de diamètre alors que la patiente est bien réveillée sur la table d’opération… Voilà la technique chirurgicale de pointe utilisée par le neurochirurgien David Fortin la semaine dernière. Manon Bisson, une patiente de 37 ans, y a aussi joué le plus grand rôle de sa vie. En effet, elle a été éveillée et a répondu aux demandes du son neurochirurgien pendant qu’il a réséqué sa tumeur.

Et la chirurgie s’est déroulée avec un grand succès étant donné que la patiente de 37 ans a présenté peu de déficit moteur et sensitif à son réveil et qu’elle pourrait bien récupérer complètement d’ici environ un mois.

« La neurochirurgie sur un patient éveillé permet de stimuler des zones de son cerveau pour éviter de laisser des séquelles importantes et de réduire sa qualité de vie de façon marquée », souligne le neurochirurgien et neuro-oncologue David Fortin, qui exerce à l’Hôpital Fleurimont du CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

Manon Bisson a appris qu’elle avait une tumeur au cerveau il y a cinq ans après avoir fait des crises d’épilepsie, le premier symptôme qu’elle a ressenti. Rapidement, le premier neurochirurgien qu’elle a rencontré a voulu l’opérer. Endormie. Mais cette mère de famille de Gatineau n’était pas prête. « J’ai travaillé fort pour préserver ma santé. Je dors bien. Je me suis formée en nutrithérapie pour améliorer mon alimentation. Je fais des activités de toutes sortes pour favoriser la neuroplasticité de mon cerveau », soutient-elle.

D’ailleurs, quand on regarde aller cette femme hyper énergique, il est impossible de deviner que dans son cerveau se cache une tumeur cancéreuse d’environ 7 cm de diamètre.

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Dire au revoir à sa tumeur cérébrale [VIDÉO]

Au bloc opératoire, une dizaine de personnes s’affairent : le neurochirurgien David Fortin bien sûr, mais également un résident en neurochirurgie, des anesthésiologistes, une instrumentiste, des infirmiers, une ergothérapeute. Au centre de cette grande salle éclairée se trouve la patiente, Manon Bisson, à qui l’on enlèvera sous peu une partie importante de sa tumeur cérébrale.

Placée sous sédation, Manon Bisson est réveillée durant toutes les étapes. Près d’elle, deux anesthésiologistes veillent sur son confort et ajustent les médicaments qu’ils lui donnent en fonction de ce qu’elle ressent. Une ergothérapeute viendra ensuite se joindre à l’équipe pour faire faire à Manon Bisson les tests nécessaires pendant la chirurgie quand les zones sensitives et motrices de la patiente seront stimulées.

Dès le début de la chirurgie, le Dr Fortin parle avec sa patiente pour la tenir informée et la rassurer. « Tout va bien aller », dit-il pour se faire rassurant avant la première incision dans le cuir chevelu de la patiente. « Je sais. Aujourd’hui, il y a Dieu, il y a mon père et il y a David », répond la patiente en toute confiance. « Toi tu me dis ça, et mes enfants me disent : "Hey, p’pa, tu gosses!" Ça fait toute une différence! » rétorque spontanément le Dr Fortin, un homme d’une grande humilité, en déclenchant des fous rires dans sa salle d’opération.

Pendant près d’une heure, le Dr Fortin et son équipe travaillent à installer la patiente confortablement pour qu’elle puisse, durant les heures suivantes, tolérer la position dans laquelle elle sera couchée. Sa tête est fixée à la table et aussi directement dans son crâne pour qu’elle ne puisse pas bouger.

« C’est long l’installation et c’est normal. On ne peut pas bâcler cette étape-là, parce que tout en dépend », souligne-t-il.

Car son travail en est un de minutie. De très grande minutie en fait. Sa marge d’erreur est extrêmement mince.

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Une chirurgie couronnée de succès [VIDÉO]

La chirurgie de Manon Bisson s’est finalement bien passée. Mieux que prévue même.

« Je pense qu’on est vraiment satisfaits. On a dû enlever 80 % de la lésion. Ç’a bien été. Tout le long de la chirurgie, la patiente n’a pas présenté de déficit ni sensitif ni moteur. C’est grâce à l’incroyable capacité du cerveau de faire de la plasticité et des connexions à distance », explique le neuro-oncologue et neurochirurgien David Fortin.

La tumeur va progresser de nouveau, mais lentement. « S’il le faut, on opérera de nouveau dans cinq ans ou dans dix ans », explique Dr Fortin, qui est aussi professeur à la faculté de médecine et des sciences de la santé de l'Université de Sherbrooke.

La chirurgie éveillée a fait une grande différence dans la chirurgie. « Si on avait fait cette chirurgie alors que Manon était endormie, les risques d’avoir des déficits chez la patiente auraient été beaucoup plus importants, jusqu’à deux fois plus importants. On savait d’entrée de jeu qu’on ne pouvait pas aller enlever toute la tumeur. Et dans notre volonté de ne pas abîmer notre patiente, on en aurait enlevé beaucoup moins si elle avait été endormie », ajoute le neuro-oncologue.

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L’art de l’anesthésie dans une chirurgie éveillée du cerveau

L’éveil d’un patient pendant une chirurgie au cerveau soulève son lot de défis pour l’anesthésiologiste qui devra assurer un niveau de confort adéquat pour le patient pendant toute la durée de l’intervention. Pas question que le patient souffre alors que le chirurgien découpe un volet osseux dans sa boîte crânienne!

« Un aspect important de la craniotomie éveillée est la préparation du patient par l’équipe multidisciplinaire. La communication entre les différents intervenants avant et pendant la chirurgie est décisive », soutient l’anesthésiologiste Monia Lachance, qui a tenu ce rôle important durant la chirurgie de Manon Bisson.

Ce type de chirurgie est maintenant facilité par l’arrivée sur le marché de nouvelles molécules qui permettent d’amener le patient sous sédation plus profonde sans toutefois qu’il ne perde sa respiration spontanée.

« Les chirurgies éveillées sont un type d’intervention qu’on fait de plus en plus, surtout chez les patients plus jeunes, pour tous les avantages qu’il y a pour préserver certaines de leurs fonctions importantes. Par contre, au niveau de l’anesthésie, il n’y a pas encore de consensus reconnu pour la meilleure approche anesthésique d’une craniotomie éveillée parce que les agents anesthésiques à utiliser varieront selon le chirurgien, la pathologie, la durée de la chirurgie, et bien sûr, les facteurs liés au patient comme ses autres pathologies et comorbidités, sa coopération et sa fatigue », explique Dre Lachance, qui est anesthésiologiste au CIUSSS de l’Estrie-CHUS et professeure à l’Université de Sherbrooke.

Comme c’est le cas lors d’une chirurgie sous anesthésie générale, une dizaine de médicaments sont administrés à un patient éveillé placé sous une sédation variant de légère à profonde selon les moments.

« Quand le chirurgien utilise la perceuse pour faire les trous de trépan par exemple, l’éveil du patient n’est pas nécessaire. Avec le dosage des médicaments, on peut l’amener dans un moment de bien-être avec un approfondissement de son niveau de sédation », cite en exemple Dre Lachance.

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Les étapes de la chirurgie cérébrale éveillée [PHOTOS]

La journaliste et la photographe de La Tribune ont pu assister, directement au bloc opératoire, à la chirurgie éveillée de Manon Bisson. Voici la chirurgie en images. Attention, certaines images peuvent choquer.
«Silence, chirurgie avec un patient éveillé»: c'est le mot d'ordre que l'on affiche sur la porte de la salle d'opération afin que personne ne vienne chercher du matériel par exemple ou ne vienne poser une question à un membre de l'équipe. Tout doit être calme pour le patient éveillé.

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La préparation à la neurochirurgie éveillée [PHOTOS]

Manon Bisson a dû subir une série d'examens la veille de sa chirurgie. La Tribune l'a suivie dans toutes ces étapes, que nous vous présentons grâce aux images de la photographe Jessica Garneau.
Manon Bisson passe une imagerie par résonnance magnétique (IRM) fonctionnelle. Pendant l’examen, elle aura différentes tâches à accomplir, en lien avec la zone où se trouve sa tumeur : elle devra par exemple bouger les orteils ou bouger les doigts d’une façon précise. L’appareil détecte des variations de l’activité dans son cerveau de 1 à 2 % entre les moments où elle bouge et les moments où elle ne bouge pas. Sur la photo, on aperçoit  Jean-Philippe Pelletier, technologue en imagerie médicale à l’Hôpital Fleurimont du CIUSSS de l’Estrie-CHUS, et le Dr Maxime Saint-Amant, médecin radiologue.