Pour le spécialiste en gouvernance Michel Magnan, le CIUSSS de l’Estrie-CHUS, avec ses 100 points de service, l’étendue de son territoire et ses 17 000 employés, est une affaire presque impossible à gérer.

Être PDG d'un CIUSSS : une tâche presque impossible?

Un salaire de 300 000 $ est certes élevé dans la fonction publique. Toutefois, l’ampleur de la tâche le rend plus approprié, croit Michel Magnan, spécialiste en gouvernance et titulaire de la Chaire de recherche S. Jarislowsky à l’Université Concordia.

« Un salaire de 300 000 $ est conséquent dans la fonction publique. Mais le salaire d’un PDG est normalement établi en fonction de la taille et de la complexité de la structure, ainsi que de la marge de manœuvre du PDG. Quand on regarde la structure d’un établissement comme le CIUSSS de l’Estrie avec 100 points de service, un grand territoire et 17 000 employés, on le constate : c’est une structure énorme! » soutient le professeur.

Quand il s’attarde à la structure, M. Magnan en vient à un constat frappant : « Gérer un tel CIUSSS, c’est presque une affaire impossible! Le CIUSSS de l’Estrie est probablement l’un des pires avec l’étendue de son territoire et le nombre de ses points de service », précise-t-il.

Il y a aussi toute la question du salaire des médecins qui, dans l’organisation, ne sont pas des employés mais des entrepreneurs.

« Comme PDG qui se retrouve devant le conseil des médecins, pensez-vous qu’ils vont la prendre au sérieux si elle gagne 100 000 $? Elle doit jouer dans les mêmes ligues que le personnel qu’elle encadre », soutient M. Magnan.

Il est difficile de comparer le salaire des PDG des CIUSSS avec d’autres PDG, notamment ceux des entreprises privées. « Dans les CIUSSS, la business arrive toute seule. C’est très différent d’une entreprise privée », nuance Michel Magnan.

Les autres cadres supérieurs dont le travail se rapproche le plus sont sans doute les recteurs des universités, dont le salaire varie au Québec entre 200 000 $ et 500 000 $ environ. « Mais encore là, les recteurs ont environ 3000 employés et un ou quelques sites seulement à gérer, c’est encore bien différent des CIUSSS », ajoute M. Magnan.

Une question doit donc se poser : est-ce que le ministère de la Santé et des Services sociaux a vraiment fait le ménage dans l’administration et est-ce que les ressources consacrées à la gestion sont moins chères qu’avant?

« Avant, il y avait les Agences de la santé et des services sociaux, une couche d’administration entre les hôpitaux et le ministère. Quand je regarde ces salaires, la question que je me pose est la suivante : est-ce que c’est pire maintenant que ça l’était avant la création des CIUSSS? »