Ce contenu vous est offert gratuitement, il ne vous reste plus de contenu à consulter.
Créez votre compte pour consulter 3 contenus gratuits supplémentaires par jour.
Le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) soutient qu’il faut faire des choix raisonnés, mais déchirants quand les effectifs et les ressources sont réduits autant qu’ils le sont présentement.
Le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) soutient qu’il faut faire des choix raisonnés, mais déchirants quand les effectifs et les ressources sont réduits autant qu’ils le sont présentement.

Et l’humain derrière le protocole de priorisation?

Marie-Christine Bouchard
Marie-Christine Bouchard
La Tribune
Article réservé aux abonnés
Le « Système de priorisation pour l’accès à une chirurgie en situation de pandémie » repose sur un modèle éthique. Mais ce protocole prend-il suffisamment en compte l’être humain derrière son dossier médical?

Des sources interrogées par La Tribune en doutent même si elles comprennent la nécessité de baser les décisions sur des modèles clairs. « J’avoue que j’ai eu du mal à trouver le sommeil pendant plusieurs nuits après avoir pris connaissance du protocole », explique une source, qui préfère taire son identité.

« Quand c’est urgent, ça va, c’est clair, c’est fait rapidement. C’en est presque une bonne chose! Mais quand ce n’est pas urgent, c’est là que ça devient plus compliqué. Parce que derrière chaque patient, il y a une histoire. Et quand ça presse moins, l’évaluation qu’on fait du patient ne prend pas en compte le patient au complet », ajoute cette source.

« Ce ne sont pas que des chiffres quand on parle de « ce qui peut attendre » et des « délais acceptables ». Derrière les chiffres, ce sont des personnes avec une vie et des enjeux bien spécifiques entourant leur besoin de chirurgie, un retour au travail, la prévention de problèmes à long terme, la qualité de vie, la résolution d’une douleur ou d’un problème d’incontinence, par exemple. Ce n’est pas évident de traiter cela en vrac ni au cas par cas avec 12 000 patients qui attendent une chirurgie », indique-t-elle.

« Choix raisonnés, mais déchirants »

Le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) soutient qu’il faut faire des choix raisonnés, mais déchirants quand les effectifs et les ressources sont réduits autant qu’ils le sont présentement.

« Lorsque les effectifs et les ressources sont réduits, il importe de les utiliser avec la plus grande circonspection possible, en les optimisant au maximum pour aider le plus de patients possible. C’est une très grande responsabilité qui vient avec des choix raisonnés, mais déchirants », soutient Noémie Vanheuverzwijn, porte-parole du MSSS.

« Pour mieux comprendre la nature du choix éthique à faire en contexte d’allocation de ressources rares, on peut ramener le problème à son expression la plus simple. Imaginons par exemple que deux patients ont besoin d’une chirurgie. L’un a un problème orthopédique (hanche) et éprouve des souffrances et des limitations fonctionnelles, ne peut plus marcher ni travailler (patient 1), l’autre a un cancer qui dégénère rapidement qui met sa vie en danger (patient 2). Un seul de ces patients peut être opéré faute de ressource. Qui doit-on opérer? » demande Mme Vanheuverzwijn.

« En temps ordinaires, cette question ne se pose pas, car les ressources sont suffisantes et les deux patients bénéficieraient de l’intervention selon le critère de l’accès universel aux soins. Mais s’il faut vraiment choisir, que fait-on? Laisserions-nous vraiment mourir le patient avec un cancer dont la vie est menacée au profit du patient qui ne peut pas travailler?

« Dans une situation où il faut trancher, le raisonnement éthique ne peut pas se limiter à la simple verbalisation de principes généraux qui n’aident pas la prise de décision. L’éthique, c’est agir bien, à partir d’un jugement pratique adéquat. Or, c’est ce que vise le protocole : fournir à l’équipe de priorisation un outil permettant une décision juste et raisonnable dans un contexte de surcharge où les chirurgiens doivent soigner leurs patients, avec le souci de tous les patients, sans avoir à s’encombrer d’une méditation philosophique sans issue. Un système de priorisation sous-tend l’idée d’une égalité de traitement d’accès pour tous », ajoute la porte-parole du MSSS.