À l’école Montessori Orford, des classes virtuelles ont été lancées. Ci-dessus, une élève, Rosemarie Bissonnette.

Enseigner : où est l’urgence ?

L’urgence n’est pas scolaire : elle est du côté de la santé publique, remet en contexte la professeure Julie Myre-Bisaillon de l’Université de Sherbrooke.

Des propos qui trouvent un écho du côté du président du Syndicat de l’enseignement de l’Estrie (SEE), Richard Bergevin. « L’éducation c’est très important, mais l’urgence, en ce moment, c’est la santé publique », commente celui qui représente les professeurs des trois commissions scolaires francophones estriennes. 

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Julie Myre-Bisaillon, professeure de la faculté d’éducation de l’UdeS, rappelle que les familles doivent gérer ce qu’elle appelle une « commotion mondiale » : gérer les pertes d’emploi, les mises à pied temporaires et réorganiser complètement la vie familiale.

« On n’a pas pris la mesure de tout ce qui nous arrive », commente-t-elle. « C’est un peu ce qui me sidère : il faudrait reprendre la vie comme elle était, mais elle n’est plus ce qu’elle était. » 

La Tribune leur a parlé dans le contexte où Québec ferme les écoles jusqu’au début mai, mais aussi parce que différents établissements privés s’activent pour offrir de la formation à distance.

Le privé veut poursuivre les cours à distance

Lundi matin, différents regroupements demandaient à Québec de ne pas annuler l’année scolaire. Parmi eux, la Fédération des établissements d’enseignement privé (FEEP) et la Fédération québécoise des directions d’établissement. 

Dans une lettre ouverte envoyée au premier ministre François Legault et au ministre de l’Éducation Jean-François Roberge, ces associations notaient qu’une longue inactivité scolaire aurait un impact négatif sur les élèves.

« Nous vous implorons de ne pas annuler ce qu’il reste d’année scolaire au Québec et de nous permettre de mettre en œuvre une continuité de services éducatifs à distance durant la fermeture des écoles. Toutes les études démontrent qu’une longue période d’inactivité scolaire a un impact négatif sur la réussite des élèves, particulièrement celle des élèves en difficulté. Imaginons l’impact de cinq mois ou plus, si nous laissons nos élèves à eux-mêmes sans le moindre accompagnement du système scolaire », peut-on lire dans la lettre transmise aux médias. 

La missive a été envoyée avant que le premier ministre ne demande aux entreprises non essentielles de cesser leurs activités temporairement, ce qui a créé une onde de choc lundi après-midi.

Interrogé à savoir si les écoles privées s’affairaient à mettre en place des cours à distance avec la fermeture annoncée jusqu’au 4 mai, le président de l’Association des écoles privées de l’Estrie (AÉPE), Éric Faucher, a souligné que la toute dernière annonce du premier ministre lundi après-midi change « les données ». Selon lui, les parents recevront une nouvelle communication d’ici mercredi. L’AÉPE, qui regroupe neuf établissements et environ 4000 élèves en Estrie, est rattachée à la FEEP.

Des versements à payer 

Selon nos informations, des parents dont les enfants fréquentent le privé s’interrogent sur les versements mensuels qu’ils doivent effectuer, alors que les écoles sont fermées. 

Jusqu’ici, les écoles représentées par l’AEPE ont principalement fait des propositions pour le « maintien des acquis ». 

Les parents se montrent pour le moment très compréhensifs, fait valoir M. Faucher au sujet des sommes que les parents ont à verser.  

Les écoles privées, des entités autonomes, doivent continuer de payer leurs enseignants, par exemple, comme le prévoient les consignes du ministère de l’Éducation pour l’instant.

Selon les différentes mesures qui pourraient être mises en place au privé, il faudra penser à la question des iniquités, remarquent M. Bergevin et Mme Myre-Bisaillon. « Il faut éviter de créer des disparités », note M. Bergevin.