Après trois semaines de préparation, l’école du Touret, reverra 24 de ses 63 élèves de niveau primaire, mardi matin.
Après trois semaines de préparation, l’école du Touret, reverra 24 de ses 63 élèves de niveau primaire, mardi matin.

École du Touret : une rentrée exceptionnelle pour des élèves uniques

Jasmine Rondeau
Jasmine Rondeau
La Tribune
Sherbrooke — Jour de répit attendu pour plusieurs parents, mais aussi jour de grands défis pour une équipe scolaire dévouée : mardi matin, la routine reprend son cours pour un peu moins de la moitié des élèves à besoins particuliers qui fréquentent le primaire de l’école du Touret.

L’école s’était donné une semaine supplémentaire pour se préparer au retour de ses élèves, qui présentent une déficience intellectuelle moyenne, sévère ou profonde. Heureusement, les employés y sont nombreux, et particulièrement habitués aux situations exceptionnelles. 

Seulement 24 des 63 élèves de niveau primaire ont répondu présents au sondage-inscription lancé par l’école, ce qui représente un taux bien inférieur à celui de l’ensemble de la CSRS (38 % contre 67 % pour la CSRS). « Certains parents sont toujours dans l’incertitude. D’autres ont totalement pris leur décision jusqu’à la fin de l’année, en raison de risques liés à l’état de santé de leur enfant. Mais nous nous attendons à avoir de nouvelles inscriptions dans les prochaines semaines », avance la directrice de l’école, Nancy Laliberté, qui précise que l’accent a été mis sur la santé et la sécurité des élèves et du personnel durant la période de préparation.  

Mme Laliberté estimait vendredi les lieux et l’équipe « plus que prêts », mais sait bien que mardi pourrait s’agir d’une journée mouvementée. 

« Nous connaissons bien nos élèves. Nous savons qu’il y en a qui seront anxieux à l’arrivée, mais nous nous sommes préparés à bien les accueillir. Quelques-uns de nos 110 employés ont dû être retirés en raison de leur condition, mais nous avons quand même du personnel stable, ce qui est très heureux dans les circonstances. Pour ceux qui ont changé d’enseignant titulaire, nous avons eu un contact très personnalisé avec les parents », affirme Mme Laliberté, ajoutant qu’un « comité des sages » regroupant tous les types de métiers a été créé pour bien se préparer au retour des élèves.  

Difficile, par exemple, de ne pas penser aux jeunes TSA (trouble du spectre de l’autisme), qui nécessitent une rigoureuse routine pour se sentir en sécurité. « Chaque titulaire a déjà envoyé des photos de son visage avec le masque et la visière pour que l’enfant voie à quoi ça va ressembler. Nous avons aussi envoyé des calendriers avec des pictogrammes », donne en exemple Mme Laliberté.   

Les petits TSA bénéficient également maintenant d’un corridor de décharge motrice créé spécialement pour être facilement désinfecté, et où ils peuvent se retirer avec un adulte lorsqu’ils en ressentent le besoin.

« C’est fait en prévention pour éviter certains comportements et certaines désorganisations. Ils ont souvent beaucoup besoin de bouger. C’est quelque chose qui devrait rester dans le futur. Nous avons très hâte de voir la réaction des élèves, c’est très beau à voir », plaide Mme Laliberté.     

Cohésion et transformation

Un membre du personnel de l’école du Touret, qui préfère demeurer anonyme, est impatient de revoir les élèves en classe. « On se réalise quand les élèves sont devant nous. C’est encore plus vrai au Touret : c’est l’interaction avec les jeunes et la socialisation qui est notre bonbon à la fin d’une journée. Puis, de les voir partir comme ça pendant deux mois dans leur famille... on sait que ce sont déjà des milieux très épuisés, et qu’ils ont besoin de beaucoup de soutien. On sait qu’il y a eu une régression de certains élèves à la maison et une augmentation des comportements violents pendant le confinement. On sent que des familles avaient bien besoin que les écoles rouvrent. »

Cette personne passionnée par son travail témoigne également d’un immense travail d’équipe durant les derniers jours. « C’est une des belles retombées de la COVID-19. Le milieu s’est mobilisé, et ensemble, on trouve des solutions. Ce sera très payant pour la réussite et la réintégration des élèves. » 

Comme l’explique Mme Laliberté, les groupes, qui ne dépassent habituellement pas sept élèves, ont dû être réduits à trois ou quatre. Ceux-ci bénéficient du même trio de soutien qu’à l’habitude : un enseignant titulaire, un préposé et un éducateur spécialisé. 

Les classes ont été largement épurées, et l’ensemble du personnel a pu se doter de visières, de gants, de masques et de blouses, puisque la distanciation de deux mètres ne pourra pas toujours être appliquée, par exemple pour les changements de couche.

« Les préposés seront également responsables de la désinfection en classe en plus de leurs tâches de soutien à l’enseignant et d’accompagnement aux toilettes. Nous avons en plus créé une patrouille de désinfection composée d’employés réaffectés volontairement, que nous avons nommée “ Patcov ”. Nous voulions nous assurer de pouvoir nous déplacer dans les corridors tout en assurant une désinfection rapide, c’est donc son premier mandat. »

Apaiser autrement

L’un des grands défis de l’établissement réside également dans le cœur de ses méthodes : adepte de l’approche Snoezelen, l’école du Touret mise sur une panoplie d’expériences sensorielles pour à la fois apaiser et stimuler ses élèves. Les deux salles Snoezelen, fréquentées une à deux fois par semaine par les groupes, ont dû être condamnées pour des raisons sanitaires. 

« Nous avons tenté de recréer le plus possible dans la classe des moments où on peut aller chercher cet apaisement-là, en fonction des besoins des élèves et de ce que nous avons le droit faire », dit Mme Laliberté. 

L’établissement a également mis d’énormes efforts pour continuer à pouvoir faire bouger les élèves, principalement à l’extérieur. « Dans notre projet éducatif, c’est une grande cible, puisque tous les élèves ont une période d’éducation physique par jour. La santé publique et le ministère de l’Éducation demandent à ce que les élèves demeurent dans leur classe et dînent dans leur classe, c’est ce que nous faisons, mais nous souhaitions réaménager l’horaire pour maintenir l’éducation physique, et ça fonctionne. La Patcov aide d’ailleurs à ce niveau-là », dit-elle. 

L’école du Touret accueille habituellement des élèves entre 4 et 21 ans. L’enseignement secondaire devant être réalisé à distance uniquement jusqu’à la fin de l’année scolaire, l’établissement s’assure de faire un suivi auprès de cette clientèle par le biais de différentes plateformes.

« Il y a plusieurs suivis par semaine et il y a des envois de matériel adapté de façon hebdomadaire, commente Mme Laliberté. Pour les parents qui sont difficiles à rejoindre, parce que c’est arrivé, nous nous assurons qu’il y ait un filet avec nos partenaires du réseau de la santé. »