Une soixantaine d’enfants et d’adolescents passeront le réveillon du Nouvel An au centre jeunesse Val-du-Lac, loin de leur famille ou de leur famille d’accueil.

Du poulet et de l’espoir pour le Nouvel An à Val-du-Lac

Les enfants hébergés en protection de la jeunesse à Val-du-Lac ont vécu et vivent des moments particulièrement difficiles dans leur vie, et la période des Fêtes ne les épargne pas. Une soixantaine d’enfants et d’adolescents, qui ont souvent été victimes de négligence, d’abus, de violence physique ou psychologique, passeront le réveillon du Nouvel An au centre jeunesse, loin de leur famille ou de leur famille d’accueil. Quelles seront donc leurs résolutions pour la nouvelle année à venir?

« Le passage vers la nouvelle année est un événement marquant pour nos jeunes. Leurs résolutions sont bien différentes des nôtres, qui prennent souvent la forme d’un vœu comme se mettre enfin à l’activité physique et aux bonnes habitudes alimentaires. Ici, combien de fois j’ai entendu un jeune dire : "Mon parent dit qu’il va arrêter de boire et qu’il va s’occuper de moi..." Et combien de fois ce n’est pas arrivé? Franchement, moi je ne fais jamais un toast de la nouvelle année sans penser à mes jeunes hébergés dans l’espoir qu’ils gardent espoir... », soutient Karine Godbout, chef de service en réadaptation à Val-du-Lac.

Cette année, des donateurs qui souhaitent rester anonymes ont décidé d’offrir un peu de magie aux jeunes de Val-du-Lac pour le soir du réveillon : tous les jeunes qui seront présents pour la soirée auront droit à un repas de poulet d’une rôtisserie sherbrookoise. Un menu exceptionnel quand on habite dans un centre jeunesse...

« Le donateur s’est entouré pour rendre son don encore plus généreux, et les enfants auront également des collations spéciales et des cadeaux au cours de la soirée pour rendre l’événement encore plus mémorable. Ces gestes d’une grande générosité mettront assurément un baume sur le cœur des jeunes résidents de Val-du-Lac », ajoute Karine Godbout.

Le centre d’hébergement en protection de la jeunesse compte un peu plus d’une centaine de lits. Les enfants qui y sont logés sont âgés de 8 à 17 ans. Pour une journée ou pour quelques jours, ils peuvent avoir ou non des permissions de sortie, soit dans leurs familles ou dans des familles d’accueil.

« Dans le temps des Fêtes, on essaie le plus possible de permettre aux jeunes de sortir. Mais ce n’est pas possible quand un des deux critères n’est pas respecté : soit le milieu d’accueil n’a pas la capacité de recevoir le jeune, soit l’enfant est trop désorganisé pour retourner dans son milieu... » soutient Karine Godbout.

Plusieurs d’entre eux vont donc souligner le passage à la nouvelle année en compagnie des éducateurs spécialisés et des psychoéducateurs de Val-du-Lac.

Julie* (prénom fictif), 16 ans, habite à Val-du-Lac depuis qu’elle a 12 ans, si on exclut quelques expériences en foyers de groupe et en famille d’accueil. Elle aura bientôt 17 ans et elle s’engage dans un processus vers l’autonomie; elle s’apprête à prendre son envol dans un appartement.

Des résolutions pour 2019? C’est simple, elle veut que sa vie aille bien. « Je veux arrêter de faire des niaiseries », dit-elle d’un ton résolu.

Elle a dû couper les ponts avec sa famille, mais elle peut voir ses frères et sœurs. « Je suis quand même gâtée, il y a des éducateurs qui prennent soin de moi. Mon ancien éducateur travaille ailleurs maintenant, mais c’est une sorte de rituel, il vient me voir dans le temps des Fêtes et il me fait faire une activité spéciale, on va manger au resto », soutient-elle.

Catherine*, 16 ans, est hébergée à Val-du-Lac depuis cinq ans avec quelques escales dans des familles d’accueil. Il est prévu qu’elle reste à Val-du-Lac jusqu’à la fin de l’été prochain. Elle poursuit d’ici là ses études secondaires en FMS (formation métiers semi-spécialisés). Après, elle ne sait pas exactement ce que l’avenir lui apportera. Mais elle rêve. Son rêve est même très précis.

« Ça va bien ici. Je fais des stages deux jours par semaine dans un milieu de travail. J’aimerais ça devenir pâtissière. Ça fait longtemps que je rêve de faire ça », dit-elle.

Joanie*, 16 ans, souhaite réussir à changer sa perception de la vie en 2019. Elle doit aussi réussir à s’ouvrir plus, à parler davantage. « La vie, honnêtement, je ne sais pas à quoi elle sert... », souffle Joanie.

Anne* est hébergée en protection de la jeunesse depuis deux mois. Son arrivée a été rude. La vie dans une unité qui compte une dizaine de jeunes filles ne ressemble pas à la vie à la maison.

« Ma résolution, c’est de changer mes habitudes de vie pour pouvoir sortir d’ici. Je n’aime pas l’expression recommencer à zéro, parce que c’est le passé qui construit la personne que l’on est. Mais disons que j’aimerais prendre un chemin sans embûches », soutient Anne.

Johane* a des défis qui l’attendent en 2019 : « Il faut que je continue de faire les choses comme du monde ». Elle rêve de sortir de Val-du-Lac et de poursuivre sa relation avec son amoureux. Ses notes ont augmenté depuis qu’elle fréquente l’école secondaire Le Monarque. Et c’est tant mieux, car elle rêve d’être infirmière en néonatalogie. « J’ai vu mes neveux prématurés, je les ai trouvés mignons. J’aimerais ça faire ça », dit-elle, pleine d’espoir.

Soulignons en terminant qu’au cours de l’année 2017, le CIUSSS de l’Estrie-CHUS, mission protection de la jeunesse, est venue en aide à 7181 jeunes âgés de 0 à 17 ans. Grâce aux dons reçus au cours de l’année, la Fondation du Centre jeunesse de l’Estrie a aidé plusieurs de ces jeunes à retrouver un équilibre de vie en finançant notamment des activités estivales, sportives et culturelles et en les soutenant dans différents projets de vie.