Les problèmes de drogue et de bagarres au centre-ville de Sherbrooke inquiètent un propriétaire d’immeubles à logements.

Drogues et violence: un propriétaire dénonce l'inaction au centre-ville

Les problèmes de drogue et de bagarres au centre-ville de Sherbrooke inquiètent un propriétaire d’immeubles à logements. Jean-Sébastien Cyr, qui possède deux immeubles sur la rue Gillespie, en plus d’un autre sur la ruelle Alphonse-Croteau, s’est adressé aux élus municipaux la semaine dernière à la séance du conseil de l’arrondissement des Nations.

« Je fais un suivi sur ma correspondance sur la sécurité publique dans le cul-de-sac de Gillespie. Il y a des problèmes de drogue, d’intimidation, de la bagarre. Ça fait plusieurs mois que je fais des suivis avec la police. Elle m’a confirmé qu’il y avait un trafic de drogue extrêmement actif. La police me dit que ce n’est pas dans sa priorité à l’heure actuelle. Elle n’a pas assez d’effectifs et elle me dit qu’il faut que je sois patient », déclare M. Cyr, qui indique vouloir éviter un accident impliquant ses locataires.

« J’ai trois immeubles dans ce cul-de-sac. Je suis un peu inquiet. Il y a beaucoup de bagarres, de chiens sans muselière. Il y a du vandalisme, de l’intimidation. C’est un peu la loi du silence avec mes locataires. Ils ont peur. Il y a de petits caïds de quartier. Je m’attendrais que ça devienne une priorité. Je n’accepterais pas que mes enfants, ma famille, mes frères et sœur [habitent dans un secteur où il] est confirmé qu’il y a un trafic de drogue actif et qu’on fasse rien parce que ce n’est pas la priorité.

« Il y a des bouteilles de bière qui se lancent dans les pare-brise des voitures, il y a des pneus qui se font lacérer. C’est assez chaotique. Si on va là le 1er du mois, on voit tout ce qui se passe. Pas besoin d’être la police pour voir ça. »

« Le problème c’est la priorité »

M. Cyr avance avoir proposé au Service de police de Sherbrooke d’utiliser des logements vacants pour faire de l’observation. « Si vous avez envie de venir dans le quartier, rencontrer mes locataires, ils vont vous en parler », lance-t-il aux élus.

« La police est de bonne foi. Je ne lance pas la pierre. Le problème c’est la priorité. Ça se renouvelle dans le même immeuble toujours. Il y en a deux qui sortent et quatre qui rentrent. Ce n’est pas comme ça que le centre-ville va se redorer. J’ai de nouveaux locataires, de jeunes professionnels. Je ne suis pas en train d’embourgeoiser des immeubles, mais les gens ne resteront pas parce que c’est épeurant. »

Jean-Sébastien Cyr n’en est pas à ses premières représentations au conseil municipal. Un procès-verbal datant du mois d’août 2016 fait état du même type d’intervention.

La conseillère Chantal L’Espérance, élue dans le district du Lac-des-Nations, affirme avoir transféré toute la correspondance de M. Cyr aux services municipaux.

« D’après moi, ça passe par-dessus bien d’autres priorités qu’il y a au Service de police. Quand on parle de trafic de drogue reconnu et d’intimidation, pour moi, ça fait vraiment appel à la sécurité des gens. Votre intervention va simplement nous aider à pousser ce dossier pour que nous puissions l’accélérer. S’ils attendent des demandes des locataires, elles ne viendront pas. Nous pourrons donc poser des questions. »

Samuel Ducharme, porte-parole du SPS

La SPS se dit à l'écoute

 Une équipe de cinq enquêteurs, à laquelle s’ajoute un sergent-détective superviseur, se consacre à temps plein à contrer le trafic de drogue. Le porte-parole du Service de police de Sherbrooke (SPS), Samuel Ducharme, avance que 348 dossiers de drogues ont été traités par le SPS en 2016.

Interpellé à savoir si les ressources étaient suffisantes pour assurer une sécurité au centre-ville de Sherbrooke, M. Ducharme mentionne que l’information transmise aux policiers est toujours traitée en fonction de sa qualité, de la récurrence des plaintes et de la crédibilité du plaignant. « Si deux personnes qui ne se connaissent pas disent la même chose, ça ajoute à la crédibilité de la plainte », dit M. Ducharme.

Un des problèmes, selon lui, réside dans le délai avant qu’une plainte pour de la drogue ou des bagarres soit déposée. « Souvent, les locataires appellent le propriétaire le lendemain pour dire qu’il y a eu une altercation. Quand le propriétaire appelle le SPS, nous n’avons pas de nom, pas de description, et il est trop tard pour intervenir. Nous ne négligeons pas l’information qui nous vient d’un intermédiaire, mais il est préférable de nous appeler au moment où les événements surviennent. Je sais que les gens ont peur des représailles, mais ils peuvent signaler une situation sans se nommer. »

Samuel Ducharme, lui-même patrouilleur, dit ne pas avoir eu vent de situations où des bouteilles seraient lancées dans des pare-brise ou d’autres où des pneus seraient lacérés.

Dans le même sens, bien que tous les crimes soient pris au sérieux par le SPS, les crimes contre la personne ont priorité sur les crimes contre la propriété.