La famille Pernin a décidé dimanche d’aller à la Société d’histoire de Sherbrooke expressément en raison de la gratuité. Elle prévoit même en profiter à nouveau.

Dimanches gratuits aux musées: des inquiétudes à long terme

Le premier dimanche gratuit dans les musées du Québec a eu un effet positif sur l’achalandage des musées à Sherbrooke. Le Musée des beaux-arts, la Société d’histoire et le Musée de la nature et des sciences ont tous vu plus de gens qu’à l’habitude venir profiter des expositions. Mais si le public est au rendez-vous, quelques inquiétudes subsistent quant à l’effet à long terme d’une telle mesure.

« C’est une bonne chose pour les citoyens québécois et il va y avoir des répercussions positives pour nous, admet Michelle Bélanger, directrice générale au Musée de la nature et des sciences de Sherbrooke et présidente de la Société des musées du Québec. On s’interroge toutefois à savoir de quelle façon le gouvernement va donner une compensation financière pour chaque personne qui va entrer dans le musée. On se pose aussi des questions sur ce qui va arriver aux abonnements. »


«  C’est difficile de voir les impacts parce que c’est le premier dimanche, ça n’a pas été très publicisé et en plus il fait super beau.  »
Michelle Bélanger, directrice générale du Musée de la nature et des sciences

Le Musée de la nature et des sciences profite de quelque 1800 abonnements. Il en coûte 25 $ pour une personne seule et 70 $ dollars pour une famille pour l’année. L’abonnement donne plusieurs avantages, dont l’entrée gratuite et des rabais à la boutique. Il s’agit d’une entrée d’argent importante pour le musée sherbrookois.

« Est-ce que ceux qui devenaient membres pour pouvoir profiter de l’entrée gratuite vont continuer à l’être? demande Mme Bélanger. Parce que s’ils ont accès au musée gratuitement 12 jours par année, quel est l’intérêt? Il va falloir se demander si on ne devrait pas offrir des avantages différents pour les gens qui désirent être membres. Ce sont des revenus non négligeables pour le musée. »

Rappelons qu’à présent les musées québécois qui reçoivent une aide financière du ministère de la Culture seront gratuits un dimanche par mois. Jalon important de la future politique culturelle, qui sera rendue publique le 12 juin, cette mesure vise à faciliter et favoriser l’accès des Québécois à leur culture, a fait valoir la ministre de la Culture, Marie Montpetit, lors d’un entretien avec La Presse canadienne vendredi.

Au Musée de la nature et des sciences, il y a eu plus d’une centaine de visiteurs dimanche lors de la journée gratuite – en guise de comparaison, il y en avait eu 25 samedi. Il s’agit d’une très bonne journée compte tenu de la belle météo. La plupart des visiteurs étaient au courant de la gratuité lorsqu’ils se présentaient. Le musée avait d’ailleurs fait rentrer une employée supplémentaire pour répondre à la demande.

La Société d’histoire et le Musée des beaux-arts confirment eux aussi une hausse d’achalandage pour dimanche.

« C’est difficile de voir les impacts parce que c’est le premier dimanche, ça n’a pas été très publicisé et en plus il fait super beau, explique Mme Bélanger. Est-ce que les citoyens prendront d’assaut les musées une fois par mois? Ça reste à voir. On a demandé aux musées à travers le Québec de nous donner un compte rendu de ce premier dimanche. Une fois qu’on va avoir des données, on va faire un retour au ministère de la Culture. »

Des citoyens en profitent

Geneviève Marion, Ariane Brault et Samuel Plante ont appris la gratuité en se présentant au Musée des beaux-arts dimanche.

« Si un musée varie ses expositions assez régulièrement et que j’avais eu envie de m’abonner à la base, je vais le faire quand même, signale Ariane Brault. Si je pensais y aller 10 ou 15 fois par année, ça ne tombera pas toujours le premier dimanche de chaque mois. Mais c’est certain que certaines personnes vont profiter de ces journées gratuites pour se désabonner, même que je le ferais sûrement pour certains musées. »

« Ça ne me dérangerait pas de payer pour rentrer, note pour sa part Samuel. Mais si le timing est bon pour venir un dimanche gratuit, je vais arranger mes plans en conséquence. »

« À Montréal, il y a tellement un grand bassin de gens que je vois vraiment comment ça peut fonctionner, mais c’est vrai qu’à Sherbrooke le bassin est plus limité et je comprends qu’il y ait des inquiétudes, admet Geneviève Marion, étudiante à l’Université de Sherbrooke. Mais c’est une très bonne idée parce que je connais plein de gens qui n’iraient jamais au musée sinon. »

La famille Pernin a décidé dimanche d’aller à la Société d’histoire de Sherbrooke expressément en raison de la gratuité. Elle prévoit même en profiter à nouveau.

« Je pense que ça nous permettra de faire une sortie en famille tous les mois, note Angélique Fevre, mère de famille. C’est aussi l’occasion de redécouvrir des musées qu’on a déjà faits. Je trouve ça très bien et ça ne nous empêchera pas d’aller dans d’autres musées même si c’est payant. On ne va pas aller dans un musée juste parce que c’est gratuit. »

« J’ai juste peur que si c’est gratuit une fois par mois, bien qu’on vienne seulement une fois par mois », lance Jade, une jeune amoureuse de la culture.