« Je me suis intéressée à l’Hôtel Wellington quand il y a eu le vide-grenier », relate Marie-Claude Paradis-Vigneault, qui prépare un documentaire avec Anh Minh Truong sur les changements qui risquent de métamorphoser la rue Wellington.

Deux Sherbrookois préparent un documentaire sur la transformation du centre-ville

Avec Well inc., la rue Wellington pourrait connaître une importante transformation. Le visage d’une partie de la ville est appelé à changer. Ces bouleversements ont piqué la curiosité des réalisateurs Marie-Claude Paradis-Vigneault et Anh Minh Truong, qui se proposent de documenter dans un long métrage la métamorphose, l’histoire et le futur de cette artère d’importance. Le travail de longue haleine, qui pourrait bien s’étirer jusque dans la prochaine décennie, vient à peine de commencer.

Marie-Claude Paradis-Vigneault, Madelinienne d’origine et Sherbrookoise d’adoption, et Anh Minh Truong, Sherbrookois d’origine, se complètent parfaitement dans leur lecture des événements. « J’ai un regard extérieur sur ce qui se passe. En raison de mon bagage anthropologique, je m’intéresse aussi aux lieux à partir de la perspective des gens », résume Mme Paradis-Vigneault.

Leur démarche cinématographique documentaire, intitulée Sur la Well, les amène à échanger avec les citoyens, les commerçants, les politiciens pour connaître leur vision de la rue Wellington. Le fil d’arrivée demeure invisible et bien imprécis. Il sera dicté par l’évolution du projet Well inc. et par la collecte d’information elle-même. Les coréalisateurs seront d’ailleurs à l’hôtel de ville les 11 et 12 janvier pour la signature du registre concernant Well inc. S’ils ont déjà prévu quelques entrevues, ils interrogeront aussi des signataires au hasard.

« J’ai rencontré Anh Minh dans le cadre d’une table culturelle qui se tenait en marge du Festival du cinéma du monde. Dans ce festival, j’ai vu un film d’Ève Lamont qui portait sur les transformations sociales à Pointe-Saint-Charles et sur toute la mobilisation de la population pour se réapproprier un bâtiment privé », raconte Marie-Claude Paradis-Vigneault.

À la fin de la projection, une discussion sur les enjeux de la revitalisation et de l’embourgeoisement a entre autres permis de présenter le projet Well inc.

« J’ai senti qu’il se passait quelque chose à Sherbrooke, qu’on se trouvait dans un moment de transformation. Je savais qu’il y avait quelque chose à documenter. J’ai commencé à fréquenter la rue Wellington Sud plus souvent. Je me suis intéressée à l’Hôtel Wellington quand il y a eu le vide-grenier. Je suis partie avec mon cellulaire et mon enregistreuse. J’ai rencontré des vieux de la vieille qui me racontaient leurs souvenirs de l’endroit. »

Le sentiment d’urgence a frappé. Il fallait commencer à filmer. Anh Minh Truong s’est joint à l’entreprise.

« Il y a des enjeux sociaux, des gens qui se sentent exclus, d’autres qui vivent d’espoir. Nous avions le feeling que le visage de la rue Wellington, comme peut-être celui de Sherbrooke, allait changer. »

Les réalisateurs s’intéressent aussi aux aspirations des citoyens, à ce que pourrait devenir la rue Wellington. La caissière de l’Armée du salut, le restaurateur, le nostalgique : tous présentent le même intérêt au point de départ.

« Nous voulons que le projet prenne les couleurs de Sherbrooke. » Ainsi ont-ils fait appel au slameur Frank Poule, qu’ils ont croqué en train de slamer au coin King-Wellington, devant l’Hôtel Wellington et sur le terrain vacant de l’ancien Maysen Pub. »

Marie-Claude Paradis-Vigneault et Anh Minh Truong se sont pointés au conseil municipal pour tourner des images en novembre, se doutant bien que le sujet, inscrit ou pas à l’ordre du jour, finirait bien par émerger. Une intervention citoyenne leur a donné raison. Reste à voir si ces séquences survivront au montage.

« On verra ce qui se passera dans les prochains mois. Peut-être que certains acteurs prendront plus d’importance selon les événements. »

Pour Marie-Claude Paradis-Vigneault, il y a le devoir de mémoire, mais aussi le besoin de raconter une réalité de l’extérieur de Montréal. « Sur le site de l’ONF, tous les documentaires sur la transformation sociale et l’embourgeoisement ont été filmés à Montréal. Il n’y a pas eu grand-chose sur Sherbrooke depuis Les Raquetteurs, qui date de 1958. »

Il faudra être patient pour trouver Sur la Well dans nos salles de cinéma. La recherche de financement, elle, ne fait que commencer.