Évelyne Beaudin est sortie du huis clos sur le budget d’immobilisation de samedi amère.

Deux classes d’élus à Sherbrooke, selon Beaudin

Évelyne Beaudin est sortie du huis clos sur le budget d’immobilisation de samedi visiblement amère. Selon elle, il y a deux classes d’élus à la Ville de Sherbrooke. « Ce n’est pas que moi, explique la conseillère. Plus on est proche du maire, plus on est favorisé. »

« Il y a des élus que, lorsqu’ils parlent, ils décident de presque tout, déplore l’élue. Il y en a d’autres pour qui c’est beaucoup plus difficile d’obtenir quoi que ce soit. Le budget d’immobilisation, c’est vraiment des choses importantes. Ce sont des pistes cyclables, des trottoirs, des bancs, des poubelles, tout le mobilier urbain, la réfection des rues. Ce sont toutes les choses permanentes qui façonnent le paysage de la ville de Sherbrooke. »

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« Il y en a pour qui leurs projets passent sans même qu’ils aient besoin d’ouvrir la bouche, continue-t-elle. D’autres ont beau travailler fort, faire toute la démonstration, mais c’est difficile d’obtenir des gains », mentionne-t-elle tentant de régler la question en collaborant avec les citoyens, en documentant ses dossiers au maximum et en travaillant en amont avec les fonctionnaires.

Cependant, Évelyne Beaudin refuse de s’apitoyer. « Quand quelque chose arrive et que je constate que c’est injuste, ça me donne plus d’énergie pour me battre. Je ne suis pas du genre à être découragée, de retourner seule chez moi et de m’apitoyer sur mon sort. C’est sûr que c’est difficile, ça demande beaucoup d’énergie, mais je suis une personne fondamentalement combative, alors je garde le cap. Je ne me laisserai pas atterrer par cette situation, même si je la déplore », exprime Évelyne Beaudin en entrevue téléphonique.

Well Sud

Vendredi, la bisbille a éclaté de nouveau entre Évelyne Beaudin et le conseil municipal. La seule élue de Sherbrooke Citoyen avait publié une vidéo la veille pour remettre en question le nombre d’espaces de stationnement dans le projet du Quartier Well Sud, ce qui a été mal accueilli par ses collègues, qui ont répliqué en mêlée de presse, sans toutefois répondre aux questions des journalistes.

Dimanche, Annie Godbout a répliqué à Mme Beaudin. « Je n’ai pas deux employés qui travaillent pour moi et un budget de 150 000 $ pour vous présenter une vidéo léchée, a lancé Annie Godbout sur Facebook. Toutefois, je me permets de clarifier les éléments d’informations diffusées par ma collègue Évelyne Beaudin dans sa vidéo publiée jeudi soir dernier. »

« Quand tu bases ton analyse quantitative des besoins en stationnement sur les moyennes d’utilisation actuelle plutôt que sur les besoins futurs, tu mets la population dans l’erreur », a-t-elle mentionné dans un long message.

Il a été impossible de rejoindre Annie Godbout dimanche.

Vincent Boutin a également rédigé un long statut afin d’expliquer les chiffres du projet. Joint par téléphone un peu plus tôt dimanche, M. Boutin a indiqué que « vendredi, c’était une journée émotive, mais samedi, si on fait abstraction du projet Well Sud, tout le monde était en mode travail ».

D’ailleurs, le projet Well Sud n’a presque pas été abordé dans le huis clos de samedi, selon Évelyne Beaudin. « On a parlé des autres gros projets qui s’en viennent plus en profondeur, mais pour lui, on n’a presque rien fait. On a fait un plan triennal, mais on n’est pas allés dans le détail. [...] Ça fait plusieurs fois que je demande une séance où on pourrait nous présenter la vision de développement général du centre-ville, projet par projet : Galt, Grandes-Fourches, la salle intermédiaire, la rue Wellington Sud et les stationnements sur Wellington Nord. Ce n’est pas encore arrivé. On en parle tout le temps par morceaux. J’ai toujours l’impression que quelqu’un, quelque part, sait vers où on s’en va, mais que nous, les élus, sommes à la fin de la boucle. On obtient les informations de manière fragmentée. »

Conseil uni?

Et que pense Mme Beaudin des propos du maire qui affirme que le conseil municipal est uni? « [Dans ma vidéo], j’ai pris des données publiques, j’ai fait des calculs et je suis arrivée à un nombre de cases. J’ai de la misère à m’expliquer qu’est-ce qui les fait réagir si fort pour que le lendemain, ils jugent nécessaire de prendre 1 h 30 de leur temps à 14 personnes. Ils ont pris un temps à huis clos pour présenter la vidéo. Plusieurs se sont exprimés de façon extrêmement émotive. En réalité, j’ai questionné, j’ai proposé une méthode de calcul alternative. Je n’ai pas trouvé respectueux d’ajourner la séance de travail, de s’exprimer avec virulence comme ils l’ont fait et de refuser les questions des journalistes. Et après, de continuer à travailler sans moi. Les journalistes voulaient ma réaction, mais ils [les élus] ne voulaient pas m’attendre, même si c’est eux qui avaient trainé tout le monde dehors », témoigne l’économiste de profession.

Selon l’élue, le maire tient une ligne de communication depuis son élection en 2017. « Je ne crois pas que la façon de faire actuelle — les projets sont présentés et on réprimande les gens qui osent questionner — soit au bénéfice du bien commun. On a beau répéter les mêmes lignes de communication, que son équipe lui a sans doute dit de respecter, je crois que la population constate que c’est beaucoup plus bénéfique de questionner, de remettre en question. C’est ce à quoi on s’attend des élus, sinon ça sert à quoi? » résume la conseillère du district du Carrefour.