Des repas jetés à la poubelle au CIUSSS de l'Estrie

SHERBROOKE — Des employés des cuisines du CIUSSS de l’Estrie-CHUS déplorent que « d’importantes quantités de nourriture » soient jetées tous les jours au compost ou directement à la poubelle dans les 26 cuisines du CIUSSS.

« Les banques alimentaires disent que leurs tablettes sont vides. Il y a tellement de gens qui ont faim. Moi pendant ce temps, je dois presque tous les jours jeter à la poubelle de la nourriture qui pourrait nourrir tellement de gens! » se désole une employée.

Des photos envoyées à La Tribune parlent d’elles-mêmes : une trentaine de portions de lasagne, une dizaine de portions de sauce à spaghetti, presque autant de portions de pâté chinois photographiées avant de partir directement au compostage.

« Je trouve tellement aberrant de travailler pour le gouvernement et de voir autant de gaspillage quand il y a autant de pauvreté... » renchérit une employée.

La direction du CIUSSS de l’Estrie-CHUS est consciente que de la nourriture est jetée à la poubelle ou au compost.

« Oui, il y a de la nourriture qui est encore bonne, qui pourrait être donnée, et qui est jetée », répond d’entrée de jeu Julie Bélanger, coordonnatrice des activités alimentaires au CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

« Nous faisons une gestion vraiment rigoureuse des estimations des quantités de nourriture à produire, même s’il y a une certaine fluctuation qui est difficile à prévoir dans les grandes cafétérias de l’Hôtel-Dieu et de l’Hôpital Fleurimont par exemple. Il y a aussi toute la question de la sécurité alimentaire qui est très importante. Avant de donner la nourriture à des organismes, on doit s’assurer que tout est conforme », soutient Steve Goulet, directeur adjoint aux activités hôtelières au CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

Les processus sont de plus en plus précis et rigoureux pour prévoir la bonne quantité de nourriture à préparer. Mais il restera toujours des variables impossibles à prévoir dans tous les domaines, que ce soit en hébergement, en hospitalisation ou dans les cafétérias. « Tous les jours, il y aura une fluctuation à l’hospitalisation et à l’hébergement : il y aura des congés, des admissions, des changements de diète... »,
illustre Steve Goulet.

Les services alimentaires des centres de santé sont régis par de multiples lois, règlements et organismes.

« Il y a toute une mécanique au niveau de la sécurité alimentaire. On ne peut pas donner des denrées qui ne soient pas salubres, qui pourraient causer des intoxications alimentaires. On doit être prudents. Dans nos plus petites cafétérias, les repas peuvent être maintenus à température chaude pendant 1 h 30. Ensuite, il y a une évaluation pour savoir si on peut le donner ou non. Il y a une petite quantité qu’on pourrait récupérer, mais malheureusement, il y a des aliments qui ont atteint leur point de salubrité », illustre Julie Bélanger.

Le CIUSSS de l’Estrie-CHUS possède 26 cuisines qui desservent 32 installations. Au total, il y a 5,3 millions de repas qui sont servis annuellement.

De la soupe, de la sauce à spaghetti, du pâté chinois et des lasagnes : voilà quelques exemples de repas jetés à la poubelle après le service.

Dans les projets

Certaines installations du CIUSSS de l’Estrie sont beaucoup plus avancées que d’autres pour éviter le gaspillage alimentaire. C’est le cas notamment au CSSS de Memphrémagog où les surplus sont acheminés vers la Banque alimentaire Memphrémagog. Environ 8760 portions (soit de pommes de terre, des soupes, des desserts...) seraient ainsi détournées de l’enfouissement ou du compost. Cela représente environ 1 % de la production de ce service alimentaire.

« C’est un très bel exemple! Il faut comprendre que, pour faire un projet comme ça, ça prend toute une mécanique à l’interne : le lien avec le partenaire, la mécanique de distribution, de conservation des aliments... Chaque cuisine représente un petit projet en soi. Mais c’est certain qu’on veut poursuivre là-dedans, car ça nous tient à cœur comme organisation de réduire le gaspillage alimentaire. On sait aussi que ça mobilise aussi nos employés, qui sont mobilisés à l’idée de donner au lieu de jeter », ajoute Steve Goulet.

Pour l’instant, le personnel des cuisines du CIUSSS est plongé dans un autre très grand chambardement : l’implantation des menus harmonisés.

« Ce sont des grands changements, très exigeants, qui demandent une bonne gestion du changement, tout ça à travers une situation de manque de ressources », met en perspective Mme Bélanger.

« Cela vient mettre une pression importante sur nos équipes. Ils font un travail exceptionnel dans les circonstances », ajoute M. Goulet.

Quand l’implantation sera terminée et que tout le monde pourra reprendre son souffle, la direction des services hôteliers pourra s’attaquer à des projets pour réduire le gaspillage alimentaire dans différentes cuisines. Pour l’instant, il n’y a pas d’échéancier.

« On peut en faire plus, et on veut en faire plus », assure Steve Goulet.

De la soupe, de la sauce à spaghetti, du pâté chinois et des lasagnes : voilà quelques exemples de repas jetés à la poubelle après le service.