François Bourassa

Des producteurs laitiers lancent la serviette

SHERBROOKE - La dernière année n’a pas été rose dans l’industrie laitière en région. Avant même l’annonce de la nouvelle entente entre le Canada, les États-Unis et le Mexique, beaucoup de producteurs ont décidé de jeter la serviette, indique le président de la Fédération de l’UPA-Estrie, François Bourassa.

« C’est l’année où il y a eu le plus d’abandons dans l’industrie laitière, déplore M. Bourassa. Les agriculteurs ont vendu leurs quotas pour cultiver seulement des céréales ou bien pour arrêter de produire du lait. C’est pour ça que la ministre Bibeau et M. Groleau [NDLR Marie-Claude Bibeau, ministre du Développement international et Marcel Groleau, président de l’UPA] disent de ne pas paniquer et de ne pas prendre de décision sur un coup de tête. Ça crée de l’inquiétude. »

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M. Bourassa souhaite que le gouvernement canadien pense à tout le monde dans sa méthode de compensation. « La formule qu’ils avaient adoptée lors de l’accord avec l’Union européenne, ce n’est pas une formule qui a satisfait beaucoup de monde. Trois jours après avoir mis le programme en place, ils l’ont fermé, car les sommes disponibles étaient dépensées. C’est une minorité de producteurs qui ont eu accès à ces compensations. Il fallait aussi que les producteurs investissent des sommes équivalentes dans leur entreprise. Ce n’est donc pas une forme de compensation qui va nous satisfaire. On privilégie plutôt quelque chose qui viserait tous les agriculteurs touchés sans avoir l’obligation d’investir dans la ferme », demande-t-il.

Pour les plus petits producteurs, la succession pourrait s’avérer ardue. « Les petits producteurs qui sont très efficaces et peu endettés vont pouvoir continuer, mais ce seront des fermes qui seront très difficiles à transférer à la relève. Ce sera difficile également pour les grandes fermes, car elles n’ont pas grossi du jour au lendemain. Ça a demandé beaucoup d’investissements. L’endettement est souvent très élevé, donc s’il devait y avoir une hausse des taux d’intérêt de 2 ou 3 pour cent, en plus de la baisse du prix du lait de la dernière année et des trois derniers traités qui ont été signés, ce qui a entraîné une baisse de production, ce n’est pas une garantie que tout va bien aller », analyse le président de la Fédération de l’UPA-Estrie.

En attendant, il faut que les gens pensent à acheter local, demande M. Bourassa. « Je répète depuis longtemps mon souhait que les consommateurs deviennent des citoyens responsables. Ce n’est pas seulement pour les produits laitiers, c’est pour tout et pour tous les pays, pas seulement pour le voisin. C’est très bien le mouvement qui se met en place pour l’achat local pour les produits laitiers, mais il faudrait qu’on ait cette mentalité pour tous nos achats quotidiens. »