Pour Me Jean-Pierre Ménard, l'incident qui a causé la mort d'un homme cache probablement un problème beaucoup plus systémique au CHSLD Argyll et il est peu probable que l'altercation soit un incident isolé.

« Des problèmes majeurs à Argyll », dénonce Me Ménard

« Les gens de Sherbrooke qui ont des proches hospitalisés au CHSLD Argyll devraient être inquiets. On sent qu'il y a quelque chose qui se cache derrière ces recommandations. Si on n'a rien à cacher, si c'est un pur accident, pourquoi le CIUSSS de l'Estrie-CHUS ne le dit pas tout simplement? »
L'avocat spécialisé en droit de la santé Me Jean-Pierre Ménard est outré que le CIUSSS de l'Estrie-CHUS n'ait pas dévoilé son rapport d'enquête complet en lien avec la mort d'un résident du CHSLD Argyll en octobre dernier mais seulement ses recommandations et son plan d'action qui en découle.
« Le problème avec ces recommandations, c'est qu'on ne sait pas ce qui les génère. Qu'est-ce qu'on a examiné? Quels sont les constats qui ont justifié ces recommandations? Parce que quand on lit les recommandations, c'est clair qu'il y avait des problèmes majeurs au CHSLD Argyll. Dans ce contexte-là, ça m'apparaît complètement incompréhensible que le CIUSSS n'ait pas rendu son rapport public et qu'on ne connaisse pas les faits qui ont mené à ce décès », soutient Me Ménard.
« Je ne cacherai pas que je suis renversé par le manque de transparence du CIUSSS de l'Estrie-CHUS», ajoute l'avocat spécialisé en droit de la santé.
Pour Me Jean-Pierre Ménard, l'incident cache probablement un problème beaucoup plus systémique au CHSLD Argyll et il est peu probable que l'altercation qui a mené à la mort d'un homme soit un incident isolé, surtout au vu des 23 recommandations qui ont suivies. « Est-ce que ça cache de l'incompétence? De la mauvaise organisation des soins? Une sous-évaluation des risques des résidents? De l'insuffisance de ressources? Une mauvaise évaluation des risques? Il y a plein d'hypothèses que l'on peut soulever. Ça peut cacher toutes sortes de choses», soutient Me Ménard.
Rappelons que les conclusions de l'enquête interne ont mené à un plan d'action de 23 recommandations. Entre autres, une infirmière ainsi qu'un préposé aux bénéficiaires ont été ajoutés aux équipes du personnel soignant du pavillon Argyll. Des caméras ont également été ajoutées dans les aires communes de l'unité afin d'assurer une meilleure vue d'ensemble pour le personnel soignant. Il y aura aussi une collecte de données quotidiennes sur les observations des comportements des résidents.
Demande d'enquête publique
Certes, le coroner est aussi à terminer son enquête et son rapport sera rendu public éventuellement. Mais cela est bien insuffisant aux yeux de Me Ménard. « Le coroner examinera seulement les causes immédiates et rapprochées du décès. Ce n'est pas le mandat du coroner d'examiner le fonctionnement d'un établissement de santé. Pour qu'il examine la gestion de l'établissement et l'organisation des soins, il faudrait une enquête publique du coroner avec un mandat large et c'est ce que je demande », clame Me Ménard.
Le CIUSSS se comporte comme s'il n'avait aucune forme d'imputabilité envers la population, ajoute-t-il. « Dans l'ignorance de ce qui s'est passé, les gens de Sherbrooke devraient être inquiets des recommandations qui ont été dévoilées la semaine dernière. Il y a des gens qui n'ont pas pris leurs responsabilités et qui se cachent derrière le silence. Il y a des gens qui sont encore en place et qui ne répondent pas de leurs actions. Je suis renversé qu'on manque à ce point de transparence sur les responsabilités », ajoute Jean-Pierre Ménard.
Parmi les nombreuses questions qui se posent, la problématique du manque de personnel en fait évidemment partie. La Tribune a rapporté à de nombreuses reprises, au cours des derniers mois, des situations où le manque de personnel avait causé des problèmes dans les différents CHSLD de la région. Donc : manquait-il de personnel le soir où le drame est survenu? Le CIUSSS de l'Estrie-CHUS affirme que non. « On parle d'un ratio d'un employé pour un certain nombre de personnes. Mais ils sortent d'où ces ratios-là? Un ratio tout seul ne signifie rien, ça dépend des besoins des gens. Encore là, on ne sait rien », déplore Jean-Pierre Ménard.
Rappelons qu'un homme de 74 ans est décédé un soir d'octobre 2016 après une altercation avec un autre résident dans une chambre. En réaction à cet incident, le CIUSSS de l'Estrie-CHUS présentait vendredi un plan d'action mis sur pied afin d'éviter qu'un drame de ce genre se répète. Aucune accusation criminelle n'a été portée contre l'homme de 74 ans impliqué dans l'agression.
La Tribune a de nouveau demandé au CIUSSS de l'Estrie-CHUS de lui transmettre une copie du rapport d'enquête interne mardi et attendait toujours une réponse en fin de journée.