Des entrepreneurs en déneigement dénoncent les conditions offertes par la Ville

La Ville de Sherbrooke se voit forcée de se procurer quatre camions épandeurs parce que les conditions qu’elle offrait au privé n’étaient plus rentables pour les entrepreneurs, selon Michaël Nadeau, des entreprises MN Nadeau inc., et Richard Leblond, d’Excavation Richard Leblond inc. Ils y voient une façon détournée de la Ville de rapatrier certains services à l’interne.

Au conseil municipal lundi, la Ville dévoilait que plusieurs entrepreneurs avaient décidé de se départir des équipements qu’ils louaient traditionnellement à la municipalité, ou encore que certains avaient décidé de ne pas soumissionner au plus récent appel d’offres. En conséquence, il devient nécessaire d’acheter quatre camions épandeurs et d’embaucher un mécanicien de machinerie, ce qui ajouterait des dépenses de 526 700 $ et 82 721 $ au budget de 2020. En réalité, les 526 700 $ n’incluent pas le coût d’acquisition des camions, mais plutôt le carburant, l’entretien, le personnel et les bénéfices marginaux. Il faut donc prévoir une nouvelle demande budgétaire.

Dans les documents rendus publics au conseil municipal, on pouvait lire que les entreprises MN Nadeau inc. et la compagnie TGC inc. n’ont pas fait d’offre parce qu’ils ont vendu leurs équipements.

« J’ai des contrats avec la Ville depuis une quinzaine d’années. Les conditions des contrats se dégradent. Ils ont tout fait pour qu’on ne veuille pas soumissionner. Le salaire du gars qui conduit la machine est plus élevé que ce que nous verse la Ville. Ça ne vaut plus la peine pantoute », dit Michaël Nadeau.

Il déplore du même coup que les heures garanties au contrat, pour trois ans, n’aient pas encore été payées alors que le contrat est échu. Les heures réellement travaillées sont payées chaque année, mais les heures non travaillées qui étaient pourtant garanties n’auraient toujours pas été rémunérées.

« Ça leur coûtait pas mal moins cher de faire appel au privé, mais ils ont tout fait pour donner du travail à leurs cols bleus. »

Un des critères de l’appel d’offres pour des niveleuses stipulait que les équipements ne devaient pas avoir plus de 14 ans. « Ils inspectent pourtant les équipements chaque année », déplore M. Nadeau.

La Ville concevait, lundi, qu’elle pourrait arriver à louer deux niveleuses en retournant en appel d’offres et en acceptant des modèles antérieurs à 2005.

Selon M. Nadeau, la façon de faire de la Ville « coûtera plus cher en taxes aux citoyens ».

Richard Leblond pense que « la Ville met une belle façade pour dire que les entreprises privées ne postulent pas, mais dans les faits, ils n’en veulent pas ».

« Aucun privé n’est intéressé à soumissionner parce qu’on ne nous donne pas d’heures. On paye pour travailler. Ils ne nous garantissent que très peu d’heures. Le privé soumissionnerait s’il y avait de bonnes conditions. »

À la Ville de Sherbrooke, on rétorque qu’au contraire, le nombre d’heures garanties aux entrepreneurs a été bonifié pour les équipements où des problèmes étaient anticipés. « Les entrepreneurs ont le loisir de soumettre le prix horaire qui correspond au montant qu’ils jugent suffisant en fonction des conditions d’appel d’offres », mentionne-t-on au Service des communications.

Quant aux paiements des heures garanties, un travail administratif est nécessaire pour établir les paiements finaux. « Leur contrat de 3 ans s’est terminé le 15 avril. Les entrepreneurs nous acheminent les factures finales pour les heures travaillées pendant ce dernier mois. La Ville a 30 jours pour payer les factures. Par la suite, le portrait global du nombre d’heures travaillées par machinerie est établi. Nous déduisons de l’écart entre les heures garanties et les heures travaillées les pénalités pour non-disponibilité de l’adjudicataire pendant ces trois ans de contrat. »