La négligence cause toutes sortes de maux aux enfants, qui ont des réactions comportementales importantes. Ils deviennent difficiles. Et ça finit souvent par exploser. L’agressivité verbale et physique mène plusieurs jeunes vers le centre de réadaptation. Certains ont fugué. D’autres ont des troubles de l’opposition très forts. Certains ont eu des verbalisations suicidaires.

Des enfants à apprivoiser

C’est l’heure du déjeuner à l’unité du Rivage. Puisqu’il s’agit de leur maison, les enfants mangent des céréales ou des rôties à la confiture, comme à la maison. C’est un matin calme, alors on a mis un film à la télévision et les enfants peuvent l’écouter tranquillement avant d’aller dehors, un peu plus tard, pour faire une activité spéciale. Pendant qu’une des éducatrices finit de préparer le déjeuner, une autre est assise sur le divan et cajole l’un des petits qui s’est blotti contre elle.

Soudain, des cris perçants brisent le calme ambiant. L’un des enfants s’est fait mal. Il demande à être consolé, l’éducatrice s’approche, il la frappe, elle recule. Et ça recommence. Soudain, il se met à frapper sans s’arrêter. Les agents d’intervention sont appelés en renfort. Louis* est conduit dans la salle d’isolement où il est appelé à se contrôler. La porte n’est pas verrouillée. Il ressort de temps en temps, crie, tente encore de frapper l’agent, puis il retourne lui-même dans la salle d’isolement. La « triplure », une éducatrice spécialisée qui se promène entre les unités du Rivage et de l’Arc-en-ciel selon les besoins, intervient aussi afin que les deux éducatrices de l’unité puissent continuer de travailler avec le reste du groupe, qui ne s’est pas désorganisé.

La situation dure plus d’une demi-heure.

« Louis est un enfant très ambivalent au niveau de son style d’attachement. Quand il est arrivé avec nous il y a environ six mois, ce genre de crise pouvait durer plusieurs heures. Maintenant, ça peut durer de quelques minutes à une ou deux heures. C’est quand même plus facile qu’au départ. Nous sommes encore en plein travail pour apprivoiser cet enfant », explique Patrick Dussault, le chef de service de l’unité.

Pendant ce temps, les autres enfants se préparent pour aller faire une activité à l’extérieur. Tout se passe bien, ce qui n’est pas toujours le cas.

En effet, avec des enfants aussi instables, ce sont les « transitions » entre deux activités qui sont les plus difficiles. Le coucher et le lever sont aussi deux moments difficiles. « Le moment de la séparation au coucher est particulièrement difficile. C’est un moment que tous les enfants trouvent difficile; alors imaginez quand les enfants sont un peu poqués, heurtés par la vie », dit le chef de service.

La petite Zoé* vient raconter avec fierté qu’elle a réussi sa troisième année. Avant de sortir, le petit Mathieu* est fier de montrer sa chambre et les quelques jouets qui la meublent. « J’aime les activités ici. Ça se passe bien. Mais c’est certain que j’aimerais ça aller dans une famille d’accueil », dit-il avant d’aller jouer avec quelques camions.

*Tous les prénoms des enfants ont été changés pour protéger leur identité.