Nasser Koronfol n'a travaillé qu'un seul mois pour le commerce Délices des Nations de la rue Belvédère Nord.

Délices des Nations: un cauchemar pour des Français

La fermeture du commerce Délices des Nations, au centre-ville de Sherbrooke, plonge en plein cauchemar une famille de Français dont le père est venu au Canada pour y travailler il y a quelques semaines.
Nasser Koronfol, son épouse et ses quatre enfants se retrouvent devant rien avec la faillite de l'épicerie fine située au 185 rue Belvédère Nord.
«Le propriétaire m'a fait venir ici de façon précipitée. Il disait qu'il avait besoin de moi et vite. J'ai fait des vérifications sur la solvabilité du commerce. Tout était beau. J'avais des garanties.»
«Je dois aujourd'hui lancer un cri du coeur. Je me retrouve sans travail avec une famille à faire vivre. Nous sommes arrivés ici à la mi-mai. J'ai travaillé un mois et le commerce a fermé, déplore ce boulanger de métier. Pourquoi me faire venir ici quand le commerce allait faire faillite dans les semaines suivantes?»
Rappelons que Délices des Nations s'est placée sous la Loi sur la faillite et l'insolvabilité la semaine dernière. La première assemblée des créanciers aura lieu le 8 août.
Le bâtiment semble avoir été abandonné. Une affiche sur la porte signale une réouverture possible en juillet, mais le Registre des dossiers de faillite et d'insolvabilité du gouvernement du Canada confirme la faillite. Le commerce n'a émis aucun commentaire via les réseaux sociaux.
M. Koronfol, qui habitait la région de Paris, ajoute que c'est la direction de l'entreprise qui avait préparé le dossier avec les autorités canadiennes pour le faire venir au pays pour ce travail. À sa grande surprise, a-t-il constaté en arrivant au Canada, son permis de travail est fermé, ce qui veut dire que «je ne peux pas travailler ailleurs!»
«C'est une catastrophe. Maintenant que le commerce est fermé, je ne peux travailler pour un autre employeur, car mes papiers d'immigration m'y interdisent», commente cet Égyptien de naissance.
Effectivement, dans les conditions écrites de son permis de travail, on note qu'il lui est interdit de travailler à un endroit ou pour un employeur autre que celui indiqué dans le document. «Tout ce que je demande, c'est de pouvoir travailler ici, sans être illégal», plaide-t-il, lors d'un entretien accordé à La Tribune.
«Si je me mets à travailler au noir et que je suis pris, je vais me faire arrêter et renvoyer en France.»
Sa conjointe, Christine Nicole Archambault, a un permis de travail «ouvert», mais quand même restrictif, puisqu'on lui interdit d'occuper un emploi relié aux soins des enfants, à l'enseignement au primaire ou au secondaire, au domaine de la santé. «En France, elle a travaillé dans le domaine de la petite enfance!», s'étonne M. Koronfol.
«Mon ancien patron m'a demandé de partir très vite. Nos enfants ont quitté l'école avant la fin de l'année scolaire. Heureusement, une école a accepté de les intégrer quand nous sommes arrivés ici.»
Retourner en France n'est pas dans les plans de Nasser Koronfol et sa famille. Il dit avoir quitté l'Hexagone pour «vivre le rêve canadien en français».
«Nous voulions une vie meilleure pour nos enfants. Nous avions choisi Sherbrooke parce que nous voulions éviter les grandes villes», souligne-t-il.
«En France, nous avons remis les clefs de notre maison au notaire et à un agent immobilier pour qu'ils trouvent un acheteur.»
En attendant, la famille Koronfol-Archambault peut compter sur l'hospitalité d'un Sherbrookois retraité qui l'a prise sur son aile. «Nous avons un toit, mais ça ne put pas durer indéfiniment», lance-t-il.