Le département de psychiatrie de l’Hôtel-Dieu de Sherbrooke connaît un débordement sans précédent.

Débordement en psychiatrie: « Pauvres patients », dit une infirmière

Alors que le département de psychiatrie de l’Hôtel-Dieu fait face à une affluence sans précédent dans son histoire, la situation est difficile pour le personnel soignant et pour les patients. « En ce moment, je me dis tous les jours : pauvres patients... », soutient une infirmière qui travaille en santé mentale.

Les irritants rencontrés sont nombreux pour les patients : l’absence d’intimité, un climat de peur et d’insécurité quand la tension monte et qu’un patient présente des signes de désorganisation ou d’agressivité, des chambres inadéquates... Cinq professionnels en soins ont témoigné à La Tribune des temps difficiles vécus au pavillon Émile-Noël de l’Hôtel-Dieu depuis plusieurs mois.

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Rappelons qu’afin de réussir à répondre aux besoins des Estriens, la direction du CIUSSS de l’Estrie-CHUS a ouvert une unité de débordement de six lits dans une salle de réunion dans le département de psychiatrie, en plus d’ajouter des patients supplémentaires dans chaque unité, notamment en utilisant les salles d’isolement.

« Cette nouvelle unité de débordement n’a ni salle d’isolement ni douche... Il n’y a aucune salle de soins disponible en cas d’urgence. Aucun matériel de réanimation pouvant être rapatrié dans des délais respectables. C’est encore une fois les patients qui écopent », déplore un préposé aux bénéficiaires qui travaille en santé mentale depuis plusieurs années.

Partout sur les étages, les salles d’isolement sont utilisées comme chambre de patients.

« Une salle d’isolement est destinée à y loger les patients les plus désorganisés, qui peuvent représenter un quelconque danger pour eux-mêmes ou autrui et qui nécessitent une surveillance accrue... et elle devient une chambre destinée à y accueillir n’importe quel type de patient! Une petite salle avec un lit vissé au plancher, sans aucune décoration, avec une fenêtre renforcée afin que le patient ne puisse s’infliger aucune blessure... Imaginez votre mère ou grand-mère dépressive ou très anxieuse devoir être admise sur une unité de santé mentale afin d’y recevoir des soins de qualité et spécialisés et se retrouvant logée dans un tel lieu? Ça n’a pas de sens », décrie une infirmière qui travaille en santé mentale depuis longtemps.

Quand un patient se désorganise en psychiatrie, il n’en faut pas beaucoup pour qu’il entraine tous les autres patients de son département dans la même désorganisation, d’où l’intérêt de rapidement le mettre à l’écart et en sécurité. Le risque de blessure augmente aussi par le fait même. « C’est tout un casse-tête lorsque la tension monte et que plus d’un patient présentent des signes de désorganisation ou d’agressivité demandant une intervention avec l’équipe de Code blanc (NDLD : équipe formée pour intervenir pour pacifier le patient et intervenir physiquement si nécessaire). Il n’est pas rare de n’avoir aucune salle de disponible sur aucune unité et de devoir sortir un patient se portant mal afin d’y installer un patient "pire" que lui! C’est comme jouer à la salle musicale : "Qui est le plus malade? Tirons à pile ou face!" Pauvres patients! Pauvres soignants! » ajoute-t-elle.

« Les autres patients ont peur, car on est obligé d’attendre et de ne pas isoler des patients agressifs », ajoute un de ses collègues qui travaille aussi en santé mentale depuis longtemps.

Dans l’unité de débordement, n’importe quel patient peut se retrouver avec n’importe quel patient, peu importe le diagnostic.

Rien pour aider certains des patients vulnérables. « Une personne dépressive aurait besoin de calme. Elle peut se retrouver dans l’unité de débordement avec quelqu’un de plus agité. Elle peut avoir peur parce que des patients désorganisés ou agressifs ne sont pas isolés. Comment je peux avoir l’impression de bien m’occuper de mon patient dépressif? » ajoute un infirmier.

« Certaines personnes présentent réellement soit un risque suicidaire, soit une décompensation grave de leur état si certains paramètres ne sont pas évalués de près », ajoute l’infirmière.

« Les patients en santé mentale sont admis non seulement dans un but de procéder à un ajustement de traitement, mais aussi afin d’être écoutés, soutenus, épaulés à travers cet épisode difficile de leur vie. Chacun d’entre eux doit être évalué de façon précise chaque jour. Le personnel doit être à l’affût des moindres symptômes secondaires non désirables, à l’affût des idées suicidaires pouvant être présentes et qui sont dangereuses si elles sont laissées pour compte faute de temps pour le soignant de bien pouvoir les cerner », ajoute-t-elle.

Or avec les années, l’ajout de chambres sur les étages s’est fait sans l’ajout de personnel supplémentaire. Le personnel a donc plus de patients à gérer et moins d’outils de travail pour bien prendre soin d’eux.

Et pendant ce temps, le personnel qui travaille sur les étages de psychiatrie est épuisé. Épuisé par la lourdeur de la clientèle, par le manque de salle d’isolement, par les temps supplémentaire (obligatoire ou non). Beaucoup sont en congé maladie.

Selon elle, il n’y a pas qu’elles qui sont épuisées.

« Et que dire des psychiatres et des résidents psychiatres qui travaillent sans arrêt afin de trouver des solutions, se faisant toujours pousser par la direction et les normes ministérielles afin de donner des congés! »

Rappelons que le département de psychiatrie compte 105 lits et l’urgence psychiatrique peut recevoir 9 patients... mais jusqu’à 18 au maximum, selon leur état. Vendredi, en plus d’une urgence en pleine surcapacité et des 105 lits tous occupés, il y avait en plus 16 lits de débordements supplémentaires.