La punaise de lit est visible à l'oeil nu. Une fois adulte, elle est de la taille et de la couleur d'un pépin de pomme. -

De plus en plus de punaises de lit

Manon Marchand en a marre : depuis qu'un nouveau locataire s'est installé dans son immeuble de la rue Brooks, les puces de lit se sont propagées dans pratiquement tous les appartements de son immeuble qui en compte huit. La Sherbrookoise n'arrive plus à trouver le sommeil tant les puces indésirables la dérangent.
« Mon avocate a envoyé une mise en demeure au propriétaire pour qu'il fasse décontaminer tout l'immeuble d'ici cinq jours », clame la locataire.
Mais une telle démarche est aussi coûteuse que laborieuse pour les propriétaires d'immeubles locatifs alors que la problématique des puces de lit s'aggrave année après année à Sherbrooke. En effet, tant à l'Association des locataires de Sherbrooke qu'au Regroupement des propriétaires d'habitations locatives (RPHL), il est rare que l'on passe plus d'une semaine sans recevoir un coup de fil lié à une problématique de punaises de lit.
Qui doit donc décontaminer? Selon la loi, le propriétaire a le devoir de fournir un logement en bon état de réparations, d'habitabilité et de propreté.
« C'est donc au propriétaire que revient l'obligation de payer les frais associés à une infestation des punaises de lit, à moins d'être en mesure de prouver que c'est la faute du locataire », explique Normand Couture de l'Association des locataires de Sherbrooke.
Malheureusement, il faut bien plus d'une visite d'un exterminateur pour venir à bout de la petite bestiole indésirable.
« La collaboration des locataires est essentielle : il faut tout sortir des garde-robes, mettre dans des sacs. C'est compliqué. C'est pourquoi nous demandons aux locataires de signaler le problème sans tarder dès qu'il est détecté. Si le problème n'est pas signalé, il a le temps de se propager et c'est encore plus compliqué », soutient Annie Lapointe, directrice générale adjointe au RPHL.
Mais les punaises peuvent s'inviter par de multiples chemins : par un divan, un matelas ou un vêtement acheté usagés, lors d'une nuitée à l'hôtel, lors de la visite à la maison d'une personne qui en porte sur elle ou après s'être assis sur un fauteuil contaminé au cinéma ou ailleurs. Personne n'est donc à l'abri. Il est faux de croire que la punaise de lit choisit des lieux insalubres pour y pondre ses oeufs.
La prévention est donc essentielle, ajoute Annie Lapointe.
Et l'action aussi, une fois que l'insecte indésirable a fait son lit à la maison, ajoute Normand Couture.
« Quand un locataire s'aperçoit qu'il y a des punaises de lit dans son matelas par exemple, il doit agir rapidement et traiter ou se débarrasser des biens contaminés », explique-t-il.
Le matelas est le pire meuble, ajoute-t-il, puisque les oeufs peuvent se loger très loin au coeur du matelas rempli de mousse.
« À Sherbrooke, tous les organismes comme Estrie-Aide ont arrêté de vendre des matelas usagés à cause de cette problématique. Or quand vous êtes pauvres et qu'on vous dit qu'il faut vous défaire de votre matelas et que vous n'avez pas les moyens d'en acheter un neuf, c'est une situation très difficile », se désole Normand Couture.
Normand Couture estime qu'il existe des solutions pour éradiquer le problème à moyen terme. Il existe par exemple un appareil qui agit comme une sorte de « grand réfrigérateur » dans lequel on peut entreposer un matelas pendant 72 heures. À sa sortie, c'en est fini des punaises. À Montréal, cette solution a été mise en place pour aider les gens à conserver leurs biens.
« C'est un appareil qui coûte cher. Ça fait une dépense importante à court terme c'est certain, mais à long terme, c'est une solution qui va contribuer à arrêter la problématique », explique M. Couture.
L'homme à la tête de l'Association des locataires de Sherbrooke interpelle ainsi les élus sherbrookois à s'asseoir à une table avec différents partenaires pour parvenir à trouver des solutions rapides à cette problématique avant qu'elle ne dégénère de façon trop importante.