Jeanne Ducharme comptabilise un achat de vêtements chez Estrie Aide.

De nouvelles façons de valoriser les vieux vêtements

Les Estriens consomment beaucoup, beaucoup de vêtements. Les différents organismes qui ont pour mission de récupérer en récoltent bien plus que la demande.

Certains ne se vendent pas malgré le temps qu’ils passent sur les rayons des magasins d’occasion et des friperies. D’autres ont des imperfections : il manque un bouton, la fermeture éclair est brisée. Que faire alors avec tous ces vêtements? Estrie Aide vient de trouver des solutions pour éviter de les envoyer au centre d’enfouissement : l’organisme d’économie sociale vient de lancer trois projets pilotes, l’un pour fabriquer des guenilles, l’autre pour vendre les vêtements à la livre plutôt qu’à la pièce et finalement, l’embauche d’une couturière.
Selon les estimations, les Estriens consommeraient environ de 7 à 8 millions de livres de vêtements chaque année. En ce moment, à lui seul, Estrie Aide frôle la récupération de 1 million de livres. Et c’est sans compter les autres organismes qui ont aussi pour mission de récupérer les vêtements, comme Récupex, les multiples comptoirs familiaux et les nombreuses friperies çà et là sur le territoire.
« Chez Estrie Aide, nous sommes allergiques à l’idée de jeter des matières qui sont encore bonnes. Nous avons donc cherché des manières de pousser encore plus loin la valorisation », explique le directeur général d’Estrie Aide, Claude Belleau.
Et c’est ainsi que sont nés les trois projets-pilotes en cours.
D’abord, la vente des vêtements à la livre servira à ceux qui ont des projets de couture, des projets spéciaux, besoin de se vêtir pour peu cher ou parce que les enfants grandissent vite, ou pour créer des costumes... « Ce sont des vêtements qui ont de légères imperfections, mais à 1,50 $ la livre, on peut avoir des gros sacs pour presque rien », lance Claude Belleau.
Et ensuite, les guenilles. Pourquoi fabriquer des guenilles? « Parce qu’on en a tous besoin! C’est toujours utile. On a des très bons tissus pour ça et c’est assez simple à faire. »
Finalement, l’embauche d’une couturière, une jeune femme qui était créatrice au Congo, va aussi contribuer à diminuer la pression vers le site d’enfouissement : « Parfois, on reçoit des très beaux vêtements, un superbe manteau par exemple, mais la fermeture éclair est brisée. Si notre couturière passe 15 minutes à le réparer, ça donne une valeur ajoutée incroyable à un article que l’on peut revendre dans notre magasin », souligne Claude Belleau.
Claude Belleau le répètera encore et encore : il faut donner tout ce qui ne sert pas. « Donnez, donnez! Vos placards sont des trésors pour nous. Nous allons trouver une façon de valoriser les vêtements », ajoute en riant le directeur général d’Estrie Aide.
Cette quantité incroyable de tissus qui transite par les organismes soulève des questions plus importantes encore : consommons-nous trop de vêtements? « La réponse est oui », explique Claude Belleau.
En cette saison des aubaines de fin de saison dans les magasins de vêtements, les consommateurs doivent se poser quelques questions avant de passer à la caisse. « Quand un chandail neuf se vend 3 $ dans nos magasins ici et qu’il a été fabriqué en Inde, il faut se poser des questions. Qui est perdant là-dedans? Il y a des pertes à la production c’est certain. Dans quelles conditions ce chandail a-t-il été produit? Et à quel coût? Et ça génère aussi énormément de déchets et de matières résiduelles pendant la production et le transport. Moi j’invite les gens à se questionner : est-ce qu’on a vraiment besoin d’acheter sept chandails même s’ils ne sont pas chers? Et quand ils en auront fini, il faudrait chercher à s’en défaire de manière responsable » ajoute M. Belleau.