Caroline Leblanc, qui a vécu plusieurs années en situation d’itinérance, a célébré son diplôme de maîtrise samedi à la collation des grades de l’Université de Sherbrooke.

De la rue à l’université

L’Estrienne Caroline Leblanc n’a pas eu un parcours typique. En situation d’itinérance pendant plusieurs années, la voici maintenant détentrice d’un diplôme universitaire de deuxième cycle de l’Université de Sherbrooke.

« J’étais une jeune fille vraiment curieuse et assoiffée de liberté, souligne-t-elle. Le milieu académique n’allait pas assez vite pour moi alors j’ai abandonné l’école en secondaire 3. J’ai eu des démêlés avec les centres jeunesse et des familles d’accueil parce que je ne répondais pas aux attentes d’une société. J’ai aussi donné du fil à retordre à mes parents. »

« Ma famille a toujours été les gens de la rue, poursuit-elle. Même que quand je suis entrée à l’Université à l’âge de 29 ans, j’ai quêté mes frais d’inscription. »

Aidée par le père Pops à Montréal qui lui a permis d’obtenir une bourse d’études, Caroline Leblanc s’est inscrite dans le programme de sexologie à l’UQAM.

« Ç’a changé ma vie parce que ça m’a permis d’avoir le nécessaire pour bien étudier, explique-t-elle en parlant de l’aide reçue. Je partais en sachant à peine lire et écrire. Je ne savais pas comment construire un texte. J’avais un secondaire 3 et je me retrouve sur un banc d’université. On aurait pu faire un film sur ma première année, les agents de sécurité m’arrêtaient parce que j’avais encore le look de la rue. »

Elle décide toutefois de quitter le baccalauréat avant de le terminer. Elle se trouve un emploi dans le domaine avant de tomber enceinte.

« Mon rêve était d’aller à l’université pour améliorer les conditions de vie des gens qui vivent dans la rue et en quittant l’université, j’avais aussi quitté ce rêve, indique-t-elle. Quand j’ai eu ma fille, j’ai décidé d’y retourner. Le père Pops m’a redonné la bourse et Lise Watier m’a beaucoup aidée durant ma dernière année d’étude. »

Après la réussite de son baccalauréat, Caroline Leblanc décide de revenir près de chez elle à l’Université de Sherbrooke pour une maîtrise en travail social. Elle s’est intéressée à l’impact qu’un animal de compagnie peut avoir sur la vie d’une personne itinérante. Une chienne, nommée Draft, l’a accompagnée pendant plusieurs années lorsqu’elle était en situation d’itinérance.

« Les bénéfices d’un animal de compagnie vont loin, explique-t-elle. Diminution de consommation, prise de conscience des responsabilités, apprendre à prendre soin de soi, etc. Les gens évitent aussi plus les comportements criminels pour éviter d’aller en prison et de laisser leur animal seul. »

« À l’inverse, l’inaccessibilité des services pour les gens avec des animaux va les ancrer davantage dans la rue, souligne-t-elle. Ils n’ont pas accès aux refuges. Les coûts engendrés par l’animal vont aussi causer du stress. »

« Mais plusieurs personnes m’ont mentionné d’elles-mêmes qu’une chance qu’elles avaient eu un animal avant d’avoir un enfant et que ça avait amélioré leur habileté parentale, résume Caroline Leblanc. C’est un sujet à approfondir, c’est une belle trouvaille. »