Le duo derrière Les Sublimes : l’auteure Nathalie Plaat et la peintre Adèle Blais.

De la révolution du féminin

Adèle Blais et Nathalie Plaat ont plongé dans le vécu de 26 femmes qui ont marqué l’histoire, des parcours illustrés et mis en mots de belle façon dans Les Sublimes. Trois mois après le lancement du livre qui a connu un beau succès, et alors que le 8 mars amène son lot d’écrits et d’opinions sur les femmes et le féminisme, La Tribune s’est entretenue avec la peintre et l’auteure.

« Il y a eu énormément d’impacts. Je pense qu’on ne s’imaginait pas la ride qui allait suivre après! Ce sont des grandes femmes qui passent à travers nous, on porte leurs voix... Toutes ces femmes-là nous ont habitées, nous ont changées... De toutes les façons, autant au plan personnel, intime, relationnel, professionnel », lance l’artiste Adèle Blais, qui a notamment redonné vie à Virgina Woolf, Camille Claudel et Laura Secord, par son art reconnaissable entre tous, aux côtés des textes de Nathalie Plaat.

« Quand tu décides de porter la voix de ces femmes-là et de défendre leurs paroles, nécessairement ça vient réveiller plein de choses que tu as en dedans, des situations que tu as dans ta propre vie. »

« La force, c’est beaucoup ça que ça m’a laissé », note Nathalie Plaat, en soulignant que les femmes mises de l’avant ne sont pas des modèles « lisses, lisses, lisses ». D’ailleurs, des lecteurs et lectrices des Sublimes, plusieurs l’ont offert à leurs filles, pour leur faire découvrir ces modèles féminins imparfaits, mais forts.

« Les femmes dans le livre sont désobéissantes et moi, ça a réveillé ça, cette désobéissance-là dans ma propre vie. Ça, ça déstabilise. Je pense que ça a réveillé un côté moins facile chez moi », note Adèle Blais. « Arrêter d’être gentilles », renchérit Nathalie Plaat, en complétant les phrases de son amie. « Ceci dit, j’ai encore envie d’être gentille... mais il y a une limite », enchaîne Adèle, qui rappelle que ce n’est pas parce qu’elle met les femmes en lumière qu’elle est contre les hommes, bien au contraire.

« Je pense qu’on peut parler de la révolution du féminin avant de parler de la révolution féministe. Moi j’en parle comme ça. On a tous terriblement peur du féminin; le fait de passer cette énergie féminine à travers nous, ça nous a déstructurées. Ça nous a appris notre puissance, notre force, mais en même temps ça nous a donné envie d’éclater des cloisons. Tout le monde a peur du féminin : le féminin, c’est notre créativité, notre sensibilité, nos failles aussi (...) Ce n’est pas la même chose que le masculin; je parle en termes symboliques... Le masculin sera plus dans la construction visible. Les réalisations masculines, on est plus en mesure de mettre des chiffres dessus et d’en parler d’une façon rationnelle », souligne Nathalie.

Cette dernière planche présentement sur un livre qui va aborder « la nécessité de la douleur ». 

« C’est un thème extrêmement féminin; on a juste à penser à la douleur de l’enfantement. Quand on travaille en soins de santé mentale, on dirait qu’il faut juste vite vite vite ne plus avoir mal... Le projet avec Adèle et ma job (NDLR : elle est psychologue) m’ont encore plus permis de voir à quel point les gens ont besoin d’entendre parler des vraies trajectoires, même dans leur aspect souffrant. Il y a quelque chose de très féminin là-dedans, de dire qu’on a souffert sa vie... »