François Pichette a décidé sur un coup de tête de devenir camionneur. Quatre ans plus tard, il file le parfait bonheur.

De la pizza fine au camionnage

François Pichette a porté plusieurs chapeaux. Il a été journaliste pour La Tribune, propriétaire du restaurant Pizzicato en plus d’être gérant du défunt bar Les Marches du palais. Depuis 2014, il a ajouté une autre corde à son arc en sillonnant les routes de l’Amérique du Nord en tant que camionneur. Entrevue avec quelqu’un qui est passé maître dans l’art de sauter à pieds joints dans le vide.

Figure connue à Sherbrooke puisqu’il a été propriétaire pendant 20 ans du restaurant Pizzicato au centre-ville, François Pichette s’explique mal comment un entrepreneur comme lui décide du jour au lendemain de devenir camionneur. Une chose est certaine toutefois, il voulait s’éloigner de Sherbrooke.

« Quand j’ai fait faillite, parce que c’est ce qui est arrivé, il fallait que je m’en aille, souligne-t-il. J’avais beaucoup d’amertume avec la Ville. J’ai eu beaucoup de peine parce qu’il y a des mensonges qui se sont dits. Il y a des mensonges qui se sont dits par des gens qui savaient que c’était des mensonges et ça, c’est particulièrement blessant. Pour sniffer mon restaurant, il aurait fallu que je sniffe, mais zéro, que dalle, rien. Au contraire ça faisait un an que je ne m’étais pas versé de salaire. Quand j’ai ouvert le Pizzicato en 1994, c’était le troisième restaurant au centre-ville, sais-tu combien il y en a maintenant? Une trentaine. Il y avait de quatre à cinq fois moins de restaurants à l’époque. »

Vivant une situation insupportable, François Pichette décide alors d’aller voir un ami qui vivait dans le Rhode Island.

« J’étais sur la route au Vermont, pas très loin de la frontière, et j’ai décidé de fermer la musique. Je ne devais pas rouler très vite parce qu’un camion m’a dépassé. Et quand il est passé je me suis dit "wow camionneur, la bonne idée". Quatre jours plus tard, j’étais inscrit à des cours. »

François Pichette suit des cours à la fin du mois de juillet et au mois de novembre, il est engagé pour son premier emploi dans le domaine. Mais même dans l’univers des camions lourds, il a de la difficulté à rester en place. Il a déjà travaillé pour huit compagnies différentes en quatre ans.

« Ce n’est pas parce que ça allait mal, je ne me suis pas fait mettre dehors, sauf une fois au début. Un moment donné tu te tannes d’aller toujours à la même place ou la paie ne faisait pas mon affaire. Quand il y a quelques choses, je ne me mets pas à chialer pendant des mois. Je lâche ma job et j’en trouve une autre. À force de travailler pour plusieurs compagnies différentes, j’ai réalisé mon fantasme. J’ai fait le tour des États-Unis. Il n’y a que la Louisiane, le Mississippi curieusement, l’Alaska et Hawaï, que je n’ai pas fait en camion. »

Il semble toutefois très heureux avec son employeur actuel, JMF Transport à Valcourt. Il dessert principalement la région des Grands Lacs.

« C’est une belle compagnie. Tant que je vais être camionneur, je vais rester là. Je vais peut-être être camionneur jusqu’à la fin, je ne sais pas. Je n’hésiterais à replonger une fois de plus. »

Plusieurs vies

François Pichette est donc passé de propriétaire de restaurant à camionneur en quelques mois. Le père de trois filles n’en était toutefois pas à son premier grand saut. Il avait plusieurs années auparavant abandonné son poste de gérant des Marches du palais pour s’inscrire au baccalauréat en rédaction à l’UdeS ce qui l’a mené à être journaliste pour La Tribune. Il a lâché cet emploi après quelque temps pour s’inscrire au MBA.

« Ça allait super bien sauf que j’avais déjà deux enfants. On venait d’acheter une petite maison. Un matin j’ai reçu un résultat d’examen qui était excellent, mais ça m’a déprimé. Je suis passé au secrétariat et j’ai abandonné le programme. Je suis arrivé chez nous et j’ai dit à ma conjointe que j’avais lâché. Je lui ai dit qu’on allait ouvrir un restaurant de pizza fine. Ça s’est passé à la fin novembre et on ouvrait le Pizzicato le 1er mars. »

François Pichette, qui a également participé à l’ouverture du bar le King Hall et du Tapageur sur la rue King, se fait souvent aborder à Sherbrooke par d’anciens clients du Pizzicato.

« Tu me demandes demain matin si je veux avoir un autre restaurant et je suis mitigé. J’aime accueillir et m’occuper des gens. Mais est-ce que je rentrerais dans le bureau lundi matin? Jamais! Force est d’admettre que je ne suis pas un très bon administrateur. Mais si demain matin mon téléphone sonnait, il pourrait y avoir un autre saut dans le vide. »