La présidente de la Fondation de l’école du Touret, Denyze Fournelle, et la commissaire scolaire Christelle Lefèvre posent dans le parc adapté financé par la fondation.

Dans la peau d’une personne handicapée

Petits et grands ont pu marcher avec des lunettes altérant la vision et éviter des obstacles en fauteuil roulant à l’occasion de la première mouture de « Viens DON vivre ma différence », dimanche, à l’école du Touret. En plus d’amasser des fonds pour la fondation de l’école, cette journée permettait aux participants de visiter les lieux dans le but d’augmenter la visibilité de l’école.

« On va se le dire, les personnes handicapées, ce n’est pas un sujet "glamour"! », lance la commissaire scolaire Christelle Lefèvre, de la Commission scolaire de la Région-de-Sherbrooke.

« C’est seulement ceux que ça touche de près qui en parlent, comme les parents d’enfants handicapés ou leurs proches, mais sinon, les gens ne viennent pas nous approcher », renchérit Denyze Fournelle, présidente de la Fondation de l’école du Touret et mère d’un enfant fréquentant l’établissement.

C’est pour tenter de briser ce malaise que l’école a tenté une nouvelle approche cette année, avec la tenue de « Viens DON vivre ma différence » : au lieu d’un événement portes ouvertes traditionnel, elle a organisé une journée d’activités permettant aux visiteurs d’expérimenter différents handicaps au moyen de lunettes altérant la vision, d’un parcours à obstacles à franchir en fauteuil roulant ou d’un circuit à réaliser avec un côté paralysé.

« On voulait que l’événement soit une vitrine sur la réalité des personnes handicapées, pour permettre aux personnes de vraiment se mettre dans la peau d’une personne handicapée », souligne Mme Fournelle.

Les enseignantes Julie Réhaume, Marie-Josée Gagnon et Marie-Pier Pellerin présentaient dimanche différents produits de la boutique Élève-toi.

Opération visibilité

Si l’événement cherchait à sensibiliser la population et à la rapprocher des personnes handicapées, il visait également à augmenter la visibilité de l’établissement même.

« Notre école est très méconnue à Sherbrooke et pourtant, on reçoit des élèves des quatre commissions scolaires de l’Estrie », s’étonne tristement la présidente de la Fondation. L’école, qui existe depuis des décennies accueille des personnes âgées entre 4 et 21 ans et qui présentent une déficience intellectuelle moyenne à sévère ou profonde, ou encore un trouble envahissant du développement, incluant les troubles du spectre de l’autisme. Bref, pour tout jeune ayant des besoins spéciaux qui font qu’il ne peut pas suivre le rythme du régulier, résume Christelle Lefèvre.

« Je lui donne souvent le surnom d’école des petits miracles, parce qu’on a des enfants qui se font dire qu’ils ne seront jamais propres, mais qui le deviennent ; qu’ils ne parleront ou ne marcheront jamais, mais qui y arrivent... », ajoute-t-elle.

Selon elle, ce serait les stimulations et l’encadrement très adaptés aux besoins de chaque enfant qui parviendraient à faire mentir les pronostics.

L’école accorderait d’ailleurs une importance particulière aux exercices pratiques basés sur des situations quotidiennes, comme faire la lessive et la cuisine, ou encore comment se conduire dans certains contextes, au restaurant par exemple. « On y va avec le potentiel qu’on voit chez chaque enfant... jusqu’à 21 ans, puisqu’après cet âge, il y a un grand "gap" dans l’offre de services qui est vécu difficilement », déplore Mme Lefèvre.

Projets concrets

La journée de dimanche permettait par ailleurs de découvrir l’un des projets pratiques de l’établissement, soit celui des mini-entreprises : les visiteurs pouvaient se procurer savons, chandelles, objets décoratifs en bois, bijoux et autres produits fabriqués par quatre groupes de l’école, qui sont désormais vendus dans leur nouvelle boutique Élève-toi.

La confection de ces divers objets permet le développement de la motricité fine ou globale, selon les capacités de chaque jeune, tout en leur procurant un sentiment d’accomplissement personnel. « Ils sont très fiers de ce qu’ils font, c’est motivant pour eux de voir les gens acheter ou porter leurs créations. C’est vraiment une source de dépassement de soi, de persévérance... et de développement de la patience, parce que ce n’est pas toujours facile pour eux », témoigne Marie-Josée Gagnon, enseignante depuis 26 ans à l’école.