La résolution adoptée lundi soir par les enseignants du Cégep de Sherbrooke réclamait la démission de la directrice Marie-France Bélanger, à défaut de quoi on demande au conseil d’administration de procéder à son licenciement. Cette résolution et la parution de la lettre ouverte sont deux initiatives indépendantes.

Crise au Cégep : Bélanger obtient des appuis

La présidente du conseil d’administration du Cégep de Sherbrooke, Julie Banville, s’est portée à la défense de la directrice générale, Marie-France Bélanger, mercredi, dans un courriel envoyé aux membres du personnel. Tout en soulignant son appui à Mme Bélanger, elle en appelle du même coup « au calme et au discernement de chacun ». Même réaction du président de la Fédération des cégeps, Bernard Tremblay, qui a aussi déploré tant l’adoption de cette résolution que la lettre ouverte signée par 236 professeurs qui remettent en question le rôle des directions générales et de la Fédération des cégeps dans la défense du réseau.

« Mme Bélanger a toute ma confiance et mon appui, de même que la confiance et l’appui des membres du personnel-cadre et du conseil d’administration », note Mme Banville. 

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Elle rappelle qu’en raison des compressions budgétaires, le Cégep avait dû déposer un plan de redressement visant à rembourser sa dette et à résorber la surembauche. 

« Or, bien que le Cégep soit en voie de rembourser sa dette au budget de fonctionnement, il en est tout autrement pour la surembauche qui a plutôt pris de l’ampleur depuis le dépôt de ce plan de redressement (...) la direction du Cégep devait agir... » fait-elle valoir. Elle note que cette situation difficile est liée au projet de répartition de tâches du personnel enseignant pour 2019-2020, qu’elle qualifie « d’exercice délicat compte tenu de la baisse de la population étudiante et de la problématique de la surembauche ». 

Ras-le-bol

En entrevue mardi, le président du SPECS, Steve McKay, a fait valoir que l’adoption de la résolution témoignait d’un important ras-le-bol. Il a notamment fait valoir que « la direction insiste pour rembourser la surembauche, alors que la demande syndicale était de refuser de résorber la surembauche et d’attendre le réinvestissement dans le réseau collégial ». 

Cette surembauche, a-t-il soutenu, est causée par l’ouverture de groupe en début d’année, mais dont le financement est déterminé par le nombre d’étudiants présents au recensement environ un mois plus tard. Cette façon de faire occasionne un écart entre la rentrée et le recensement, soit le moment tenu en compte pour le financement.

La résolution adoptée lundi soir réclamait la démission de Mme Bélanger, à défaut de quoi on demande au conseil d’administration de procéder à son licenciement. Cette résolution et la parution de la lettre ouverte sont deux initiatives indépendantes. 

« Plusieurs professeurs du réseau collégial se questionnent actuellement sur le rôle des administrations locales (les directions générales) et de la Fédération des cégeps : sont-elles aptes à défendre adéquatement le réseau collégial face aux puissantes forces en présence? On sent les directions des cégeps dans l’incapacité de défendre adéquatement le réseau et on ne voit pas non plus la volonté d’exercer des pressions efficaces afin de changer le rapport de force face au gouvernement », peut-on lire dans cette lettre dont La Tribune a obtenu copie. 

Bernard Tremblay, président de la Fédération des cégeps: « Ce qui m’affecte le plus, c’est qu’on s’en soit pris à ce point à la directrice générale, qui est une femme extrêmement engagée, compétente, et qui a toujours défendu les enseignants du réseau et le réseau collégial. Je trouve ça un peu ingrat, bien franchement.»

« Procès d’intention »

« Ce qui m’affecte le plus, c’est qu’on s’en soit pris à ce point à la directrice générale, qui est une femme extrêmement engagée, compétente, et qui a toujours défendu les enseignants du réseau et le réseau collégial. Je trouve ça un peu ingrat, bien franchement. Ce que je trouve étonnant, sur quelle base peuvent-ils dire que nous défendons mal le réseau? Est-ce qu’ils connaissent les actions de la Fédération? À mon avis, ils font un procès d’intention sans connaître les actions posées. Le budget qui vient d’être annoncé va comporter des réinvestissements majeurs pour le réseau collégial. Ce qu’ils semblent demander, c’est une révision de la formule de financement et c’est justement ce qu’on a obtenu (...) C’est un peu étonnant et décevant de voir qu’ils n’ont pas attendu la fin de la démarche qui se fait présentement avec le ministère pour réviser le modèle de financement et voir quels sont les impacts dans leur milieu », a commenté Bernard Tremblay. 

Le président de la Fédération estime qu’on mélange ainsi les enjeux, alors qu’une partie de ce dossier repose sur un enjeu de travail au Cégep de Sherbrooke.

Des professeurs surpris

La résolution demandant la démission de la directrice générale du Cégep de Sherbrooke, Marie-France Bélanger, a créé une commotion au Cégep de Sherbrooke. Des professeurs signataires de la lettre ont eux-mêmes été surpris d’apprendre que leur instance syndicale réclamait la tête de la directrice. 

Sous couvert de l’anonymat, des enseignants ont fait valoir qu’ils ne comprenaient pas cette demande de démission et jugeaient qu’il ne s’agissait pas d’une bonne démarche. Si plusieurs s’entendent pour dénoncer les coupes subies et les impacts dans la vie de l’établissement, ils ne croient pas qu’il fallait aller jusqu’à demander la démission de Mme Bélanger. Une source a fait valoir que si elle avait su qu’une demande de démission serait votée, elle n’aurait pas signé la lettre, qui remet en question de façon plus large, le rôle des directions et de la Fédération des cégeps dans la défense du réseau. Une autre source s’est dite surprise, mais affirme qu’elle aurait quand même signé la missive. 

Un employé a porté à notre attention que le quorum nécessaire à une assemblée du SPECS est seulement de 30 personnes. L’instance syndicale compte environ 600 membres. 

Lundi, le président du SPECS, Steve McKay, n’a pas voulu divulguer le nombre de personnes présentes à la séance, faisant seulement valoir qu’il y avait eu quorum.

Un plan d’action avait été envoyé aux membres du SPECS visant la direction locale, mais aussi le gouvernement du Québec et la Fédération des cégeps. À la fin mars, l’instance syndicale indiquait dans une communication que la direction a déposé un projet de répartition « dans lequel la ressource pour la coordination départementale » et la « libération syndicale sont grandement réduites ». « Dans le même souffle, la direction annonçait la suspension possible de deux programmes et du profil d’un troisième programme », écrivait alors le syndicat en ajoutant que c’est dans ce contexte d’urgence qu’un plan d’action devait être mis en œuvre.