Catherine Marchand est luthière et se fait un mot d'ordre de revamper ou recycler les guitares mal-aimées.

Créer et revamper : la célébration

Et si la guitare d’entrée de gamme qui amasse la poussière dans le sous-sol avait encore de beaux jours devant elle ? La luthière sherbrookoise Catherine Marchand se fait un mot d’ordre de sauvegarder et de chouchouter les instruments à cordes mal-aimés, qui souvent, ont encore le potentiel de faire résonner de précieuses mélodies.

« Je me dis toujours que s’il y a un arbre qui a été coupé pour faire cette guitare-là, elle mérite qu’on lui donne une deuxième vie. Les gens ont le réflexe de se dire que la guitare ne vaut pas cher, alors elle ne vaut pas le coup d’être réparée. Ça se retape, comme une vieille voiture. C’est l’ajustement qui fait toute la différence », partage la luthière en direct de son kiosque de la Foire Marquette, samedi. 

Afin de démontrer son processus, elle avait sorti ses outils des locaux de la coopérative d’ateliers collectifs La Fabrique, où elle pratique ce métier complexe et traditionnellement masculin. « Ça m’est déjà arrivé qu’un client fasse demi-tour en voyant que j’étais une femme. Je me bats toujours un peu pour faire ma place. Mais on est plus minutieuses, les femmes ! » 

Minutieuse pour l’environnement également, elle privilégie d’autant plus les essences locales au profit des bois exotiques importés. 

La fabrication d’une guitare peut prendre plus d’une centaine d’heures, partage-t-elle. « Mais je fais beaucoup plus de réparation. C’est notre gagne-pain, les luthiers. On se fait souvent appeler les docteurs de la guitare. »

En plus de donner de l’amour aux instruments dans le besoin depuis sa sortie de l’École nationale de lutherie en 2012, Catherine Marchand mène aussi un projet de guitares électriques recyclées, qu’elle appelle « Re-Si-Clef ». « Avec différentes pièces et différentes guitares électriques qu’on m’a données dans les dernières années, j’ai créé de nouvelles guitares. Tout peut se récupérer, là-dedans. » 

Gaétan Morneau, affectueusement appelé « notre retraité » par des membres de La Fabrique, partage ses connaissances d'ancien ébéniste à la communauté qui fréquente la coopérative.

Écosystème

Voulant donner à ses créations une allure plus fraîche et éclatée, la luthière a suivi le conseil d’une collègue de La Fabrique, l’artiste Sophie Cartier, qui lui a suggéré de les revêtir d’art fluide. 

« C’est ce que j’aime ici à La Fabrique, c’est l’endroit parfait pour créer. Il y a des gens de tous les domaines et beaucoup d’échanges. J’ai par exemple appris à utiliser la découpeuse au laser pour faire mon enseigne, et j’ai rencontré une joaillière qui m’a vraiment donné envie de travailler le métal. J’aimerais en intégrer à mes guitares électriques éventuellement. » 

Un discours que partage l’ébéniste Gaétan Morneau, « notre retraité de La Fabrique », comme l’appelle affectueusement Catherine. 

« Officiellement, je suis retraité, mais officieusement, on s’amuse », indique celui qui passe entre 40 et 60 heures par semaine entre les murs de la coopérative. 

« L’écosystème est assez simple, poursuit-il. Tu veux faire une table de cuisine ? On va te dire quel bois acheter où, et on va t’aider à la faire », partage M. Morneau, qui affirme avoir lui-même bénéficié des connaissances d’autres créateurs, notamment pour l’utilisation d’outils issus de nouvelles technologies. 

Samedi, des exposants de la région, professionnels et amateurs, sont venus à la rencontre des citoyens sur la rue Marquette afin de partager leurs projets et leur amour de la création.

L’art du « soi-même »

« Pas besoin d’être professionnel ou d’avoir suivi un bac en art pour faire des choses. Les gens peuvent venir ici et découvrir ce qu’est leur talent », lance François Lemieux, directeur général de La Fabrique. 

C’est dans cet esprit que, samedi, des exposants de la région, professionnels et amateurs, sont venus à la rencontre des citoyens sur la rue Marquette afin de partager leurs projets et leur amour de la création. La fête était animée par le studio d’enregistrement mobile le Mixbus, alors que les papilles étaient servies par le Gab Grill de Gabriel Richard, qui a fabriqué son propre barbecue à l’atelier d’usinage de La Fabrique. 

Si le « faire soi-même » était à l’honneur, le « réparer soi-même » l’était tout autant grâce à la participation du café de réparation de l’Université de Sherbrooke et du Cégep de Sherbrooke. 

Les organisateurs se sont réjouis de voir les visites doubler par rapport à la première édition. Au total 581 kg d’objets ont été remis en état, évitant ainsi le dépotoir.  

L'ambiance était à la fête à la Foire Marquette.