Irma Clapperton et Alain Poirier
Irma Clapperton et Alain Poirier

Commission Laurent: « Ne rien faire coûte très cher »

Le Dr Alain Poirier, directeur par intérim de la Santé publique de l’Estrie, demande au gouvernement de faire preuve de courage en réservant de façon récurrente 5 % du budget du ministère de la Santé et des Services sociaux au financement d’interventions prometteuses en prévention, comme la possibilité de renforcer les capacités des familles les plus vulnérables.

Le Dr Poirier a présenté un mémoire avec sept recommandations lors de la deuxième journée des audiences publiques de la Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse (CSDEPJ) qui se tient jusqu’à jeudi à l’Hôtel Delta de Sherbrooke.

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Commission Laurent: le CIUSSS a fait ses devoirs

« Il faut avoir le courage d’investir dans la prévention pour les enfants vulnérables du Québec, car ne rien faire coûte très cher », a-t-il clamé mercredi.

« La moitié du budget de l’État actuellement est dans les services de santé, et dans cette moitié-là, 

c’est 98 % qui vont vers les soins. Il faut avoir le courage d’en mettre davantage en mesures préventives. Et la plupart de celles-ci ne sont pas dans le réseau de la santé mais dans la communauté, c’est-à-dire avec l’école, avec les CPE, la conciliation travail-famille, c’est le soutien aux habiletés parentales, c’est travailler à réduire la pauvreté, c’est avoir des logements sociaux... » indique le Dr Poirier.

Il ne soutient pas qu’il faut arrêter de soigner, mais bien qu’il est important de trouver le moyen de prévenir en amont malgré tout.

« Quand ça saigne, quand quelqu’un souffre, quand quelqu’un a besoin de soins, il faut maintenir ça, il faut soigner. C’est le choix que toutes les sociétés font. Mais dans une société riche comme nous, même pauvre, il faut aussi avoir le courage d’investir en amont de la consultation, en amont de la salle d’urgence. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) dit souvent qu’il faut investir au moins 5 % du budget en prévention. Quand j’étais au ministère de la Santé, on était entre 3 et 4 %. On est à moins de 2 % maintenant. On n’a pas eu le courage de maintenir ça, notamment à cause de la pression des soins. Si on n’investit pas en amont, alors les soins intensifs, c’est-à-dire ici les enfants qui ont besoin de protection, on ne va jamais régler le problème », a-t-il insisté.

Régine Laurent

Renforcer les capacités parentales

Parmi ses priorités, le Dr Poirier a ajouté qu’il fallait trouver des ressources pour renforcer les capacités parentales des populations vulnérables. Au Québec, il y a beaucoup de projets qui font leurs preuves. « Il y a toutes sortes d’activités à droite, à gauche, mais aucun programme de soutien aux capacités parentales universel n’existe », ajoute-t-il.

Le Dr Alain Poirier demande aussi d’assurer le financement pour les gens qui occupent des emplois d’agents de milieu. Le financement de leurs postes était possible notamment grâce à la participation de la Fondation Chagnon, mais cette entente tire à sa fin.

« Les agents de milieu nous quittent. Ils sont importants. Ce sont des gens qui, par exemple, vont s’arranger pour trouver des ballons de soccer pour que les enfants puissent jouer. Ces véritables anges sur le terrain établissent un lien de confiance entre les familles et les services institutionnels ou communautaires; ils rapprochent les services des familles », donne-t-il en exemple.