Régine Laurent est présidente de la Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse.
Régine Laurent est présidente de la Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse.

Commission Laurent: le CIUSSS a fait ses devoirs

 Les audiences publiques de la Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse (CSDEPJ), présidée par Régine Laurent, se sont ouvertes à l’Hôtel Delta de Sherbrooke mardi matin.

La présidente Régine Laurent s’attend à ce que les premières recommandations qu’elle a formulées le 18 décembre soient prises en considération dès le prochain budget du gouvernement de François Legault, a-t-elle déclaré à l’ouverture des audiences publiques de la commission mardi.

La région de l’Estrie est à l’origine de la Commission Laurent. En effet, l’Estrie a été bouleversée en avril 2019 par une tragédie survenue à Granby, alors qu’une fillette connue de la DPJ a trouvé la mort après avoir subi ce qui semble être des sévices.

« Chaque enfant au Québec devrait pouvoir bénéficier de deux droits fondamentaux : le droit d’être aimé et le droit de vivre en sécurité. Ceci devrait être à la base de tous les gestes que nous devrons poser comme société à la suite de cette Commission », a tablé le président-directeur général (PDG) du CIUSSS de l’Estrie-CHUS Stéphane Tremblay.

« L’Estrie n’est pas une région pire que les autres. L’Estrie est en fait très représentative de l’état de service aux enfants en situation de vulnérabilité à travers le Québec; une situation qui est caractérisée par une augmentation des besoins, une difficulté chronique à agir en prévention et une surcharge des services de protection », a par la suite ajouté le Dr Tremblay, qui a longtemps œuvré lui-même comme pédiatre.

C’est d’ailleurs le PDG Stéphane Tremblay qui a brisé la glace en cette première journée d’audiences en compagnie de l’ex-directeur de la protection de la jeunesse intérimaire de l’Estrie Alain St-Pierre.

Le CIUSSS de l’Estrie-CHUS a présenté un mémoire qui a été complimenté par les commissaires et comprenant quatre recommandations. « Votre mémoire démontre que vous avez transformé une crise en opportunité. Il est le temps de remettre l’église au centre du village », a lancé le commissaire et président adjoint de la CSDEPJ André Lebon.

La façon de donner des soins et des services doit changer au Québec, mieux s’harmoniser, dit-on du côté du CIUSSS de l’Estrie-CHUS, notamment avec la mise en place d’un DPJ national, à l’instar du Directeur national de santé publique.

« Le changement doit passer par un changement de paradigme, un renversement de la pyramide actuelle. Actuellement, on utilise les soins intensifs à outrance [NDLR : les signalements à la DPJ] et on oublie ceux qui peuvent nous aider avant d’en arriver là », a imagé Stéphane Tremblay.

Parmi les solutions amenées par le PDG : mieux utiliser les professionnels dans les Groupes de médecine de famille (GMF), que le Québec fasse le choix de dire ce qu’il attend des GMF au-delà des inscriptions auprès d’un médecin de famille, a signalé M. Tremblay.

« Jusqu’à récemment, on parlait d’une inscription à un docteur, et à la suite de ça, on pouvait avoir accès à certains services professionnels sans voir le médecin. Je pense qu’il faut aller vers ce qu’on appelle l’accès adapté, pas seulement pour le médecin, mais aussi pour l’équipe professionnelle. À partir du moment où on a décidé de transférer des services qui étaient offerts dans un point de service CLSC et de les transférer dans un point de service GMF, alors il faut qu’on offre les services à la population », explique M. Tremblay.

La mise en place d’une porte unique pour l’accès aux services (voir autre texte) et l’assouplissement des règles de confidentialité sont deux autres recommandations formulées par le CIUSSS de l’Estrie-CHUS.