Lucie Mandeville
 Lucie Mandeville

Comment surmonter le stress de la COVID-19

Jonathan Custeau
Jonathan Custeau
La Tribune
Si l’ennui alimente le stress provoqué par le confinement, l’espoir pourrait bien être un antidote efficace. C’est ce que suggère la psychologue Lucie Mandeville, spécialiste des questions du bonheur. La pensée positive, l’entraide et le rêve figurent parmi ses suggestions pour surmonter le stress lié à la COVID-19.

« Parmi les facteurs essentiels pour contrer le stress, il y a des relations de qualité et l’activité physique. Pour contrer l’anxiété et la dépression, il faut faire de l’exercice à l’extérieur. Si on ne peut pas aller dehors, bouger est un élément qui contribue à notre bien-être », commence-t-elle.

Le contact avec l’autre, même par téléphone, peut aussi être bénéfique. Surtout si on sent la détresse d’un proche. « Prenez des nouvelles de gens et dites-leur que demain ira mieux. La situation actuelle n’est pas éternelle. En même temps, demandez-leur quels sont leurs besoins, quels sont leurs projets pour dans quelques semaines. Préservez l’espoir dans leur imaginaire. »

C’est sans compter tout le positif qu’on peut tirer d’un moment d’arrêt. « À côté de cette angoisse, il y a de petites lumières qui nous font réaliser où nous en sommes rendus, tout ce que nous n’avons jamais le temps de faire. Le temps de remettre en question des choses, c’est peut-être la conséquence la plus positive de tout ça. On parle de notre train de vie qui n’a aucun sens. Il est important de suivre les informations, mais aussi de se nourrir d’informations positives. On peut accepter l’aide des autres et aussi en offrir. Nous pouvons canaliser ce temps pour en faire quelque chose de positif. »

Son collègue François Courcy, également psychologue, propose un peu la même réflexion. « Un des trucs est de porter attention aux côtés positifs de la transformation de son emploi, si on a toujours un emploi, ou de voir une occasion de réfléchir à ce qu’on veut faire. »

Dans le même sens, il invite à ne pas délaisser les relations de travail. « Un autre conseil qui passe souvent sous le radar, c’est de ne pas oublier de continuer de contribuer au climat de travail, même à distance. On est souvent centrés sur notre tâche, mais ce qui fait que c’est agréable de travailler, c’est la qualité des liens. Partagez vos recettes avec vos collègues, prenez des nouvelles. Ne restez pas encabané. »

François Courcy

Et si vous partagez la maisonnée avec un conjoint, une conjointe ou des enfants, prenez du temps pour vous. « À la maison, même si vous êtes confiné, donnez-vous 30 minutes à vous. Ce qui est ressourçant, c’est de faire le contraire de ce qui vous occupe toute la journée. Si vous travaillez devant un écran, faites autre chose de vos temps libres. Allez dehors par exemple. »

Ce qui frappe Lucie Mandeville, c’est qu’on a souvent tendance à considérer le bonheur comme un bonus plutôt qu’une nécessité. « En général, on aborde le bonheur comme si c’était un luxe. On a notre confort, notre sécurité financière, et le bonheur, on considère que c’est de l’extra. Maintenant, nous avons l’impression que c’est une extrême nécessité. »

Le thème récurrent de ses interventions demeure le positivisme. Même dans le traitement médiatique d’une crise sans précédent. « Il faut présenter les réels dangers, mais aussi les belles initiatives. Souvent, les gens vont regarder la télé. Il faut trouver un équilibre entre les moments où la télé est allumée et les moments où elle est éteinte : on peut faire de la lecture, des jeux de société, ou écouter de la musique. Il n’y a pas de façons de faire idéales, puisque nous vivons vraiment une situation exceptionnelle, mais il faut toujours rechercher l’équilibre. Si notre vision est trop positive, on accentue aussi le problème. Il faut laisser aller un peu et se retenir un peu. Les gens ont besoin de vivre de l’espoir. »

Et de l’espoir, on en donne en transformant le message, par exemple celui envoyé aux aînés. Au lieu de leur dire de rester chez eux, purement et simplement, invitons-les à se laisser gâter. « Au fond, on leur demande la même chose, mais en leur disant de nous laisser prendre soin d’eux. »

Mme Mandeville s’inquiète d’ailleurs de la délation qui vise souvent les personnes âgées. « Au lieu de les dénoncer ou de les invectiver parce qu’ils sortent, offrez-leur de faire l’épicerie à leur place. Ces gens sont vulnérables à l’abandon et au rejet. Visons l’entraide plutôt que la délation. Quand tu vieillis, il y a déjà une perte d’autonomie. Se sentir rejeté est la pire des choses. Il pourrait même y avoir de la mortalité liée à cette anxiété. »