La Ville de Sherbrooke a vu les cas de traumatismes crâniens diminuer de façon marquée au cours des dernières années grâce notamment au travail qui a été fait en prévention et à l’entrée en vigueur d’un règlement qui oblige les enfants de moins de 18 ans à porter un casque à vélo.

CIUSSS de l'Estrie : 515 victimes de traumatismes crâniens

SHERBROOKE — Un peu plus de 500 traumatismes crâniens légers, modérés ou sévères ont été diagnostiqués dans les hôpitaux du CIUSSS de l’Estrie-CHUS en 2017-2018. Le chiffre est cependant sous-évalué, notamment parce que de nombreux blessés ne se pointent pas à l’hôpital après un traumatisme crânien léger.

Il existe mille façons de se blesser à la tête : une chute (de sa hauteur, en ski, en vélo...), un coup direct sur la tête, un accident de voiture. Or le cerveau, qui baigne dans le liquide céphalo-rachidien à l’intérieur de la boîte crânienne et qui est seulement rattaché au reste du corps par la moelle épinière, est fragile.

Il y a eu un total de 515 traumatismes à la tête diagnostiqués dans tous les hôpitaux du CIUSSS de l’Estrie-CHUS en 2017-2018 et 600 en 2016-2017. Mais la réalité, c’est que beaucoup plus de gens vivent avec une telle blessure — et ses symptômes qui peuvent durer longtemps si la blessure au cerveau n’est pas traitée adéquatement.

« Il y a aussi beaucoup de gens qui ne consultent pas après une blessure à la tête. De plus, il faut dire que tous les médecins n’ont pas la même sensibilité à diagnostiquer un traumatisme crânien léger. Avant, il était surtout question de commotion cérébrale lorsque le coup à la tête était important et accompagné d’une perte de conscience », soutient le Dr Nicolas Elazhary, urgentologue au Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke (CHUS), spécialiste des traumatismes crâniens et professeur-chercheur au Centre de recherche du CHUS et à l’Université de Sherbrooke.

Aussi, la Ville de Sherbrooke a vu les cas de traumatismes crâniens chuter de façon marquée au cours des dernières années grâce notamment au travail qui a été fait en prévention et à l’entrée en vigueur d’un règlement qui oblige les enfants de moins de 18 ans à porter un casque à vélo. « Des cas de traumatismes crâniens sévères chez les enfants, on n’en voit presque plus ou plus du tout à Sherbrooke », se réjouit le Dr Elazhary.

La fin des commotions cérébrales

Les blessures à la tête sont aujourd’hui divisées en trois grandes catégories : les traumatismes crâniens légers, modérés et sévères.

« Les traumatismes crâniens légers représentent environ 80 % des cas. On les appelait avant les commotions cérébrales, mais nous n’utilisons plus cette appellation », soutient le Dr Nicolas Elazhary.

« Environ 80-85 % des gens qui ont un traumatisme crânien récupèrent complètement en deux semaines s’ils suivent correctement les recommandations du médecin qui sont de reprendre ses activités progressivement. Pour que les gens comprennent bien, je compare souvent à une entorse à la cheville. Avec une entorse, on ne va pas aller courir le marathon le lendemain matin. Si on le fait, on risque d’aggraver la blessure. C’est la même chose pour le cerveau : il faut lui laisser le temps de récupérer correctement », soutient le Dr Elazhary.

Il y a aussi les traumatismes crâniens modérés, qui représentent environ de 10 à 15 % des cas.

« Les gens qui ont un raumatisme crânien modéré ont souvent des symptômes qui vont durer plus longtemps », ajoute le Dr Elazhary.

Les traumatismes crâniens sévères représentent le reste des cas, soit environ 5 à 10 % des cas.

Dr Nicolas Elazhary

Trois types de symptômes

Les symptômes se classent en trois catégories : fonctionnels, intellectuels et émotionnels.

« Certains symptômes fonctionnels sont faciles à reconnaître : les maux de tête et les vomissements par exemple », soutient l’urgentologue.

D’autres sont moins faciles à reconnaître, notamment du côté intellectuel, parce qu’ils ne se présentent pas tous au même niveau d’intensité et peuvent arriver à retardement. « Les gens nous demandent où ils sont, mais ne s’en souviennent plus la minute d’après ; l’encodage de l’information ne se fait plus adéquatement. La concentration peut être plus difficile aussi, par exemple lire une page et ne plus s’en souvenir du début à la fin de la page », cite-t-il en exemple.

Encore plus difficile à diagnostiquer : tous les symptômes émotionnels. Il y a des exemples plus frappants, mais certains sont plus sournois. « Quelqu’un de bien normal peut devenir agressif », explique le Dr Elazhary.

Ce qui ajoute à la complexité, c’est qu’aucun patient ne présentera le même portrait clinique. « Les trois aspects ne sont pas liés. Quelqu’un peut vomir, mais ne pas avoir de problèmes intellectuels ou émotionnels ou l’inverse. Ce n’est jamais pareil. Il faut savoir trouver les symptômes », ajoute-t-il.

Alors si on se frappe la tête, faut-il tout de suite courir à la salle d’urgence la plus proche ?

Non, répond le spécialiste des traumatismes crâniens. Mais la vigilance s’impose.

« Adultes comme enfants, si les gens ne se sentent “pas normal”, il faut venir à l’hôpital. Des maux de tête, des vomissements, un accident d’auto, un bébé qui tombe d’un mètre, chuter de sa hauteur si on prend des anticoagulants, ça fait partie des symptômes et des circonstances qu’il ne faut pas négliger », ajoute-t-il.

Et un conseil : si une personne de son entourage a subi un coup à la tête, il faut éviter de la laisser seule dans les heures qui suivent. Une surveillance doit être effectuée pendant environ 48 heures, même si les premières heures sont les plus critiques.