Gaétan Barrette : « Le territoire du CIUSSS de l’Estrie-CHUS représente 5,8 % de la population du Québec et vous avez 6,5 % des médecins de famille. »

CIUSSS : L’Estrie a fait ses devoirs

La réforme du système de santé est « un succès partout au Québec » et « particulièrement au CIUSSS de l’Estrie-CHUS, qui est un des CIUSSS les mieux gérés au Québec et où on voit le plus les succès », assure le ministre de la Santé et des Services sociaux Gaétan Barrette, de passage vendredi en table éditoriale à La Tribune.

« Ce matin, j’étais au CHUS. Chaque fois que je vais dans un établissement, je parle aux gens, aux médecins. Ils me disent tous que la réforme est un succès, qu’on travaille maintenant en équipe en fonction de la trajectoire du patient. La finalité de la réforme était de briser les silos et de faire taire les clochers, et ça marche », assure le ministre.

Or tout ne semble pas si facile dans les établissements du CIUSSS de l’Estrie-CHUS. Prenons d’entrée de jeu l’exemple du CHSLD Argyll. Le Protecteur du citoyen enquête sur les soins et services qui y sont offerts. Deux coroners font aussi enquête sur deux morts suspectes survenues entre ses murs. Certaines journées, jusqu’à 40 % du personnel est absent, ce qui impose la mise en place de plans de contingence où l’on doit réduire des services pour réussir à traverser les journées tout en assurant la qualité des services.

Est-ce que la situation au CHSLD Argyll inquiète le ministre de la Santé et des Services sociaux quand de tels échos parviennent jusqu’à son bureau de Québec?

« L’Estrie est parmi les leaders au Québec au niveau de la gérontologie. Alors quand j’entends de telles histoires, je suis surpris d’abord. D’un point de vue personnel, j’ai encore des amis proches à Sherbrooke dont les parents sont hébergés à Argyll et je n’entends que du positif. Alors sans entrer dans les détails, je vous dirais qu’il y a deux côtés à une médaille », dit-il.

Le ministre ne s’inquiète pas pour la qualité des soins qui sont offerts aux résidents du CHSLD. Il reconnait toutefois qu’il y a une « problématique sur le climat de travail » dans cet établissement et probablement dans d’autres établissements aussi sur le territoire.

Nombreux sont les membres du personnel à décrier que la réforme du système de la santé, avec la fusion des 14 ex-établissements de santé et de l’Agence de la santé et des services sociaux, survenue le 1er avril 2015, a créé une pression sans précédent sur le système de santé. « La pression? Il faut que vous me l’expliquiez. La réforme visait le haut de l’arbre organisationnel. Pour un préposé aux bénéficiaires ou un électricien, rien n’a changé. Ils ont le même travail à faire », tranche le ministre.

Médecins de famille

Dans La Tribune de mercredi, la Dre Raymonde Vaillancourt, chef du département régional de médecine générale au CIUSSS de l’Estrie-CHUS, expliquait que l’Estrie avait justifié un besoin de 38 médecins de famille supplémentaires cette année auprès du ministère de la Santé et des Services sociaux, et qu’elle en avait obtenu la moitié, soit 19.

« Vous avez 19 nouveaux médecins qui vont s’ajouter en Estrie, c’est une bonne nouvelle! » rétorque le ministre.

« La Dre Vaillancourt, une femme d’une très grande compétence, a été partie prenante de l’élaboration de la formule de calcul pour la répartition des médecins de famille. La formule tient compte de plusieurs paramètres, et Dre Vaillancourt n’aime pas les résultats que ça donne pour l’Estrie. Or, le territoire du CIUSSS de l’Estrie-CHUS représente 5,8 % de la population du Québec et vous avez 6,5 % des médecins de famille », clame le ministre.

Certes, les médecins enseignent, comme le souligne Dre Vaillancourt, « mais c’est le cas dans d’autres régions aussi ». « Je ne suis pas d’accord avec la conclusion de Dre Vaillancourt qu’il faudrait 36 médecins pour l’Estrie. Pour le faire, il faudrait que je traite l’Estrie de façon asymétrique et moi, ma job, c’est de couvrir tout le Québec », nuance le médecin qui a déjà travaillé au Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke.

« Avec 19 ressources, je comprends que Dre Vaillancourt a des problèmes à choisir comment régler des problèmes sous-régionaux, c’est-à-dire de couvrir tous les secteurs du territoire. C’est une partie difficile de son travail », ajoute-t-il.