Le projet Agriclimat estime que les conditions pour les agriculteurs de l’Estrie pourraient ressembler en 2050 aux conditions actuelles de la Pennsylvanie aux États-Unis.

Changements climatiques : les agriculteurs sont-ils prêts ?

S’il y a un domaine où la température et le climat jouent un grand rôle, c’est bien l’agriculture. Les changements climatiques auront et ont déjà des impacts significatifs sur les cultures en Estrie et un peu partout au Québec.

Selon le projet Agriclimat, qui est piloté par le Conseil pour le développement de l’agriculture du Québec, une réforme majeure du système alimentaire mondial est attendue d’ici 2050. La population planétaire atteindra 9 milliards d’habitants et les changements climatiques anticipés mondialement influenceront la productivité de l’agriculture. 

Le Québec et l’Estrie ne seront bien évidemment pas épargnés. Agriclimat, dont le but est d’augmenter la résilience des agroécosystèmes aux changements climatiques à l’échelle des fermes québécoises, estime que les conditions pour les agriculteurs de l’Estrie pourraient ressembler en 2050 aux conditions actuelles de la Pennsylvanie. Il reste du travail de sensibilisation à faire auprès des agriculteurs puisque la conscientisation aux impacts des changements climatiques est variable d’une région à l’autre selon Sarah Delisle, coordonnatrice projet changements climatiques pour Agriclimat.

« En Montérégie il y a plus de craintes parce qu’ils voient déjà de nouveaux ravageurs dans les cultures. En Estrie c’est peut-être moins évident, car il faut faire attention aux risques d’érosion des sols puisqu’il y a beaucoup de pentes. Globalement on s’attend à une augmentation des précipitations à travers les années. Il ne pleuvra pas plus souvent, mais il pleuvra de façon plus intense. Les risques de perte de sols ou d’éléments nutritifs sont plus importants. »

« Malgré tout ce qui circule comme information, il reste que personne ne peut le prédire exactement, poursuit Mme Delisle. On se base sur des scénarios. »

Selon elle, les agriculteurs de la région sont conscients de l’impact à venir des changements climatiques sur leur profession. 

« Ils sont hyper intéressés par les informations, explique-t-elle. Certains sont même déjà dans l’action dans le savoir. Par exemple tous ceux qui travaillent déjà sur la santé des sols. Ils sont déjà dans l’adaptation. Des producteurs laitiers avec des fermes pas très bien ventilés ont pris conscience l’été dernier qu’on s’en va vers des étés très chauds. Si on ne fait rien, on va avoir des baisses de production, la fertilité des vaches va diminuer. »

Un projet de maîtrise

L’étudiante à la maîtrise en environnement à l’Université de Sherbrooke, Sarah Dubord-Fortin, s’intéresse au sujet de l’impact des changements climatiques sur les agriculteurs. Son projet de recherche interdisciplinaire vise à faire l’état de la situation et à prévoir ce qui s’en vient pour la MRC de Memphrémagog.

« C’est vraiment une première étape, explique-t-elle. Ce n’est pas de leur dire quoi faire ou quoi penser, c’est plus de voir comment eux voient la situation. »

Elle estime que de bien comprendre les différences entre la météo et le climat est primordial pour les agriculteurs.

« En agriculture on est capable de gérer les variations météo, beau temps, mauvais temps, pluie et sécheresse, résume-t-elle. Les variations climatiques amènent des variations plus grandes comme le changement des périodes de dégel, et les couvertures de neige ne seront plus les mêmes. Ce qui ressort, mais je vais le vérifier avec mon projet, c’est que les agriculteurs ont peut-être un faux sentiment de confiance parce qu’ils sont capables d’adapter à la météo, mais ce n’est pas la même chose que le climat. »