Conduire un patient au don d’organes est un travail qui se fait en équipe, comme ici celle composée du Dr Michaël Mayette, de Lily Cloutier, infirmière-ressource en don d’organes et infirmière aux soins intensifs et d’Annie Chouinard, infirmière ressource en don d’organes.

Chacun sa façon de vivre sa peine

Lorsque la mort vient faucher une personne que l’on aime, personne ne peut vraiment prévoir sa réaction. Une seule chose est certaine : chaque personne vivra son lot d’émotions et d’incompréhensions.

Pour l’illustrer, l’infirmière ressource en don d’organes Annie Chouinard raconte l’histoire d’un père qui a été appelé d’urgence après le malaise grave de son fils, qui était pourtant jeune et en bonne santé. Ce père était lui-même médecin. « Quand il est arrivé à l’hôpital, il était en mode cérébral, il était en contrôle : il demandait si tel ou tel examen avait été fait, quels médicaments avaient été administrés...

« Le lendemain, c’était le côté émotif qui avait pris le dessus. Il avait du mal à comprendre ce qu’on lui disait. Il posait des questions, comme s’il n’était pas médecin », se souvient-elle.

« Nous, aux soins intensifs, et encore plus au don d’organes, nous devons accueillir chaque personne là où elle est rendue dans son processus de deuil et accepter que ça puisse changer rapidement. Nous, c’est notre travail, nous sommes là pour les guider et pour les accompagner », explique Mme Chouinard.

Quand le personnel médical explique ce qu’est une mort cérébrale, il doit d’abord s’assurer que tout le monde comprend. À chaque étape. Aussi souvent qu’il le faudra. « La question de départ est souvent : qu’avez-vous compris? De quoi vous souvenez-vous? Et il faut repartir de la personne qui a le moins bien compris dans la famille, pas de celle qui est encore dans le cérébral et qui comprend mieux », explique l’infirmière ressource.

Les réactions de tristesse et de crises de larmes sont généralement bien accueillies par les équipes de soins. Mais parfois, certaines personnes expriment leur peine par des réactions de colère. « Ça, c’est plus difficile pour les équipes de soins. Mais c’est correct d’être en colère, c’est une réaction normale, et nous devons accueillir ça », insiste l’infirmière.

Pour faciliter le deuil des familles, on leur propose toutes sortes de choses pour faire la transition, pour faire leurs adieux.

« Il y a des gens qui avaient l’habitude de manger un bon repas ensemble les vendredis soirs. On peut inviter les gens à poursuivre ce rituel et à venir manger au chevet de leur proche.

« Il y a d’autres familles qui aimaient écouter de la musique, écouter un film ensemble. On a entendu toutes sortes de musiques dans les chambres!

« On peut aussi offrir des moments d’intimité avec les proches. Une personne intubée demeure rose, chaude. Alors on peut permettre à des proches dormir à côté de leur époux ou de leur père pendant une période répondant aux besoins du proche pour faire ses adieux à la personne aimée », soutient l’infirmière.

La délicate question du don d’organes doit être abordée par des professionnels expérimentés. Il n’est vraiment pas simple de comprendre et d’accepter la mort neurologique, de comprendre que la personne est morte même si son cœur bat encore, tout en sachant que le cœur s’arrêterait dans les instants suivants si l’on débranchait le respirateur qui envoie de l’air dans les poumons.

« Ce n’est pas le genre de discussion que l’on a à la salle d’urgence ni la première fois qu’on voit le patient aux soins intensifs, c’est le genre de discussion qu’on aura quand un certain lien aura établi avec les familles. Ce n’est pas une proposition qui vient seulement du médecin, elle doit aussi venir de l’équipe autour de lui, c’est les infirmières et les autres membres du personnel autour du patient qui essaient, du mieux qu’on peut, de connaître notre patient », explique le médecin intensiviste Charles St-Arnaud.


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