Marika Bret et Gérald Dumont se sont déplacés à Sherbrooke, vendredi, afin de participer à la 227e vigile pour Raif Badawi.

Blitz pour libérer Raif

Juste avant le début du ramadan, moment où des prisonniers peuvent se voir accorder un pardon royal en Arabie saoudite, Human Rights Foundation (HRF) s’allie avec le Centre Raoul Wallenberg pour les droits de la personne (CRWDP) pour introduire un appel urgent au Groupe de travail de l’ONU à propos de la détention arbitraire que subit actuellement Raif Badawi dans ce pays.

« L’appel urgent fut également communiqué au Groupe de travail de l’ONU sur la détention arbitraire ainsi qu’aux rapporteurs spéciaux des Nations Unies sur la liberté d’expression et d’opinion; les droits à la liberté de réunion et d’associations pacifiques; la situation des défenseurs des droits de l’homme; et la torture et d’autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants », peut-on lire dans un communiqué de presse envoyé par le CRWDP. 

« Raif Badawi continue à dépérir en prison pour avoir dit les mêmes choses que le prince héritier Mohammed ben Salman a lui-même répétées concernant un l’islam modéré et une Arabie saoudite plus ouverte, affirme le conseiller juridique international et président du CRWDP. La libération de Raif Badawi est non seulement la bonne chose à faire, mais aussi dans les intérêts directs de l’Arabie saoudite. »

Charlie Hebdo à Sherbrooke

À l’occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse, la directrice des ressources humaines chez Charlie Hebdo, Marika Bret, a participé à la 227e vigile pour Raif Badawi devant l’hôtel de ville de Sherbrooke. Rappelons que Charlie Hebdo a été la cible d’un attentat le 7 janvier 2015, alors que deux frères armés de fusils automatiques ont décimé la salle de rédaction de ce journal. 

« Je suis Raif, mentionne-t-elle, rappelant le slogan “ Je suis Charlie ” qui avait été popularisé après le drame en France. Ça veut dire que tout homme ou toute femme qui a été emprisonné pour avoir émis une opinion dans un État, ça ne s’appelle pas une démocratie. »

Mme Bret, qui travaille au Charlie Hebdo depuis sa fondation en 1992, connaît bien la situation du blogueur saoudien. « On suit le dossier Badawi particulièrement depuis 2015, alors qu’en plein cœur de Paris, des gens qui s’expriment avec un crayon sont tués pour leurs idées. On a appris que Raif allait se faire flageller le 9 janvier. On était déjà dans un cauchemar, comme on peut s’en douter. Ça n’a fait qu’aggraver les choses. En France, sur la liberté de femmes et hommes emprisonnés pour leurs idées, heureusement, il y a une mobilisation », rappelle-t-elle.

Encore aujourd’hui, des conséquences du drame qui a frappé cet hebdomadaire sont quotidiennes. « Je vis en permanence sous protection policière. Je vais acheter ma baguette de pain avec des officiers de sécurité. Par ailleurs, l’adresse de Charlie Hebdo est secrète. Les portes et les fenêtres sont blindées. Il y a une pièce nommée la panic room qui résiste aux balles de kalachnikov. Contrairement à ce que certains peuvent penser, rien n’est terminé. Nous sommes devenus un symbole de la liberté d’expression, donc menacés en permanence. On vit dans ces conditions. Il y a une chose que les ennemis de la démocratie ne peuvent pas nous prendre, c’est notre liberté d’esprit. Les frères Kouachi n’ont pas gagné. Ils ont tué des hommes, mais pas leurs idées », assure celle qui est venue en tournée au Québec avec le comédien et metteur en scène Gérald Dumont afin de l’accompagner dans les discussions après ses spectacles.

Djemila Benhabib, vice-présidente de la Fondation Raif Badawi, journaliste et auteure, considère la Journée mondiale de la liberté de la presse comme très importante. « Il y a des risques quand on prend la parole. Les personnes qui personnifient ce risque, c’est Raif Badawi, qui est allé très loin dans l’importance de la liberté d’expression dans un pays où on manque de toutes les libertés. Le journal satirique français Charlie Hebdo a défendu cette liberté d’expression et a participé à désacraliser les religions et à faire tomber les tabous. Il ne faut jamais oublier les risques pour la défense de la liberté d’expression », résume-t-elle. 

De son côté, Ensaf Haidar a refusé tout commentaire à La Tribune.