Malgré les travaux menés chez Bitfarms pour ériger un écran coupe-son, le voisinage n’en peut plus. « Oui on veut que le bruit cesse, a rapporté Noémi Roy. Nous sommes là et nous ne lâcherons pas. »
Malgré les travaux menés chez Bitfarms pour ériger un écran coupe-son, le voisinage n’en peut plus. « Oui on veut que le bruit cesse, a rapporté Noémi Roy. Nous sommes là et nous ne lâcherons pas. »

Bitfarms savait qu’elle générerait du bruit, dit Marc Denault

Jonathan Custeau
Jonathan Custeau
La Tribune
Une dizaine de citoyens ont manifesté leur ras-le-bol du bruit produit par Bitfarms, lundi au conseil municipal. S’ils en sont à préparer une pétition pour que cessent les bruits et les vibrations émanant de l’usine de la rue de la Pointe, près du parc Lucien-Blanchard, ils ont appris de la bouche du conseiller Marc Denault que la compagnie avait averti la Ville du bruit qu’elle générait avant même de s’implanter à cet endroit.

Le conseiller Denault a par ailleurs annoncé que la vérificatrice générale, Andrée Cossette, avait accepté de se pencher sur le mécanisme ayant mené à l’implantation de Bitfarms sur ce terrain situé à proximité de la rivière Magog.

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D’entrée de jeu, les citoyens ont indiqué qu’il est reconnu tant par les citoyens, l’entreprise et la Ville qu’il y a nuisance par le bruit. « Oui on veut que le bruit cesse. Nous sommes là et nous ne lâcherons pas. Nous avions une qualité de vie et cette entreprise a tout défait. Il y a les humains, mais il y a aussi les impacts sur la faune et la flore. Il y a plusieurs espèces d’oiseaux que nous ne voyons plus », rapporte la citoyenne Noémi Roy.

« Nous ne pouvons pas être rassurés parce que nous n’avons aucune assurance que les moyens mis en place pour réduire le bruit fonctionneront. Ce qui est inquiétant, c’est que l’entreprise nous a dit que les autres industries aussi font du bruit. C’est pour ça que nous demandons au ministère de l’Environnement de se mêler du dossier. Plus de 28 plaintes y ont été déposées parce que nous pensons que ce sont les mieux outillés pour résoudre le dossier. Nous appelons tous les gens qui le ressentent à nous donner leur appui. Nous avons une pétition que nous sommes en train de monter pour avoir de l’aide. »

Charles Miquelon veut que les utilisateurs du parc Lucien-Blanchard qui voient une dégradation de la plage se mobilisent également.

Noémi Roy parle par ailleurs de la chaleur rejetée par Bitfarms. « Si une entreprise déversait de l’huile dans la rivière, ce serait un scandale. Ici [...] il y a un déversement de chaleur et de bruit et nous les laissons faire. »

Marcel Cyr dit avoir mesuré la chaleur se dégageant des installations de la rue de la Pointe en accrochant un thermomètre à la clôture du bâtiment. Il prétend que la température est passée de -14 à 2 degrés Celsius en quelques minutes. « J’ai noté du côté sud de la Société de transport de Sherbrooke qu’il n’y avait aucune neige sur une longueur de 200 pieds parce que le sol était séché par les ventilateurs. »

Marc Denault

Annette Raby Larouche dit pour sa part vivre l’enfer depuis quatre mois.

Tous craignent que le bruit soit encore plus intolérable l’été prochain, quand ils devront ouvrir les fenêtres pour se rafraîchir.

« Ils ont des solutions, mais on ne sait pas vraiment ce qu’elles vont donner. Un premier mur a été mis, mais ça n’améliore pas vraiment les choses. Le bruit est distribué ailleurs. Si Bitfarms est un bon citoyen corporatif, pourquoi elle n’a pas mis en place toutes ces mesures d’atténuation avant d’ouvrir? Si elle savait qu’elle fait du bruit, il aurait fallu que ce soit fait avant l’ouverture, pas après », demande Noémi Roy.

Conseiller du district du Golf, Marc Denault confirme que Bitfarms aurait clairement mentionné, lors de son implantation, que son entreprise pourrait créer des bruits.

« Si on regarde l’expérience qu’ils ont vécue ailleurs, on aurait dû de notre côté nous assurer de ne pas causer ce genre de nuisance. De là est venu mon questionnement de demander à la vérificatrice générale de vérifier le processus qui a mené à la vente de ce terrain à Bitfarms. »

M. Denault ne peut confirmer si la vente du terrain a été entérinée directement au conseil municipal, ce qui rendrait en quelque sorte tous les élus imputables de la décision. « Nous avons quand même beaucoup de dossiers qui passent au conseil. Nous ne sommes pas des experts dans tous les champs de compétence. La meilleure personne pour déterminer où il y a eu un manque, c’est la vérificatrice générale. Elle m’a d’ailleurs confirmé qu’elle travaille là-dessus. Ce n’est pas une chasse à la sorcière que je voulais partir. La population vit les impacts depuis plus de six mois. Si on l’avait identifié avant, nous aurions pu éviter ça. »

Une rencontre est prévue mardi à la Ville de Sherbrooke, avec Bitfarms, pour établir des orientations quant aux travaux à effectuer autour de l’entreprise.

Enfin, le conseiller Paul Gingues veut éviter que les mesures d’atténuation ne fassent que transférer le problème. « J’aimerais déposer un avis de motion pour un changement de zonage dans ce secteur pour éviter toute autre implantation. »