Le maire Steve Lussier a dressé mercredi le bilan de la dernière année au conseil municipal.
Le maire Steve Lussier a dressé mercredi le bilan de la dernière année au conseil municipal.

Bilan du maire Lussier :  «J’ai amené la Ville à un autre niveau» 

Jonathan Custeau
Jonathan Custeau
La Tribune
Voilà déjà trois ans que Steve Lussier a pris les rênes de la Ville de Sherbrooke en défaisant le maire sortant Bernard Sévigny. S’il se montre fier de son bilan, il aura dû affronter plusieurs écueils au cours de la dernière année. Outre la pandémie, il a de nouveau fait face à des relations tendues autour de la table du conseil et à des constats financiers peu reluisants. Il estime néanmoins avoir amené la Ville à un autre niveau. Il s’est prêté au jeu de la grande entrevue avec La Tribune pour dresser un bilan des actions qu’il a posées.

Pour la troisième année de son mandat, Steve Lussier refuse de s’accorder une note, alors qu’il s’était donné sept sur dix à la mi-mandat. « Je n’aime pas me mettre une note. Les gens évalueront ce que j’ai fait après la dernière année. Je suis fier qu’il n’y ait pas eu de dépassements de coûts élevés au budget cette année. Nous sommes tellement dans un beau momentum. Je voudrais évidemment qu’il n’y ait pas de pandémie, mais les gens nous ont demandé de changer la ville et c’est ce que nous faisons. Je ne vois pas ce que je ferais différemment. »

Celui qui confirme qu’il sollicitera un deuxième mandat à titre d’indépendant (à lire samedi) avoue que la pandémie de COVID-19 a chamboulé les plans des derniers mois. 

« Ça n’a pas été une année ordinaire. Nous avons dû faire beaucoup d’interventions à cause de la pandémie. Il faut comprendre qu’on se devait de revoir toutes nos stratégies, de vérifier si on devait garder tous les projets. Mais il fallait garder des projets pour préparer l’après-pandémie. Je voulais m’assurer que nous garderions une vitalité économique. », résume M. Lussier à propos de la pandémie qui a forcé toutes les sphères politiques à revoir leurs priorités. 

« Il fallait de l’agilité et de la compréhension pour se repositionner. Nous avons mis un comité COVID en place rapidement pour sécuriser les citoyens. Nous avons dû mettre 531 employés en télétravail. »

Sherbrooke a obtenu une aide des gouvernements de 16 M$ qui pourrait s’étaler jusqu’en 2022 en plus d’une aide de 1,9 M$ pour les commerçants. « Ça arrivait à point. Il ne faut pas oublier que nous avons aussi reporté les paiements de taxes pour donner de l’air aux citoyens. »

L’hôtel de ville a été fermé aux citoyens depuis le début de la pandémie. « C’est pour préserver les cadres et assurer le bon fonctionnement de la Ville. Il faut être prudent. » Ni le maire ni son entourage n’ont d’ailleurs eu à se mettre en isolement préventif en raison de la pandémie.

Les services ont continué d’être offerts aux citoyens malgré tout, avance le maire. « Je voulais qu’on rouvre les bibliothèques rapidement. Nous avons mis en place des moyens de webdiffusion pour nos consultations et il faut prendre des rendez-vous pour la construction. Je n’ai entendu aucun employé se plaindre de nos façons de faire. » Il reste que les élus ont tenté de trouver des façons d’économiser. L’idée de fermer des patinoires a soulevé un tollé qui force les élus à trouver une façon de les ouvrir autant que possible.

Récemment, Steve Lussier estimait que le manque à gagner lié à la COVID pouvait se chiffrer à 4 M$ à la Ville de Sherbrooke.

À la veille du dévoilement du budget 2021, prévu le 14 décembre, le maire martèle qu’il veut malgré tout respecter la capacité de payer des citoyens. « Cette année, nous avons revu tout ce que nous pouvions. Nous avons restructuré nos priorités. Le budget sera bas. Nous avons eu des revenus inespérés en droits de mutation. Et si on veut prospérer et créer de bons emplois, on ne peut pas arrêter nos projets. »

Parmi les succès des trois premières années de son mandat, Steve Lussier cite la transformation du centre-ville, notamment le projet Well Sud, sur lequel il avait décrété un moratoire avant de le relancer pratiquement à l’identique. « Nous avons eu une plus grande acceptabilité sociale parce que nous avons inclus les gens. Au centre-ville, nous redonnerons aussi les berges aux citoyens. »

La directrice du Service des finances de la Ville de Sherbrooke, Nathalie Lapierre, rapporte que le ratio d’endette de la Ville de Sherbrooke est de 104 %.

Finances

Du point de vue des finances, la vérificatrice générale a rappelé que le surplus accumulé de 14,2 M$ de la Ville est beaucoup trop faible. Elle a d’ailleurs appelé à une plus grande rigueur dans l’appareil municipal. Le professeur de gestion de l’Université de Sherbrooke Mario Lavallée relevait pour sa part que la Ville fait trop d’emprunts et ne planifie pas assez ses dépenses à long terme. Le déficit de maintien des actifs de la Ville de Sherbrooke est évalué à 97 M$. Le ratio d’endettement, lui, est de 104 %. Le maximum à ne pas dépasser est fixé à 110 %.

« Il est important de ramener les finances dans le droit chemin. Il y a un gros problème à ce niveau. Je ne pointe pas les employés. Ce sont des accumulations de mauvaises pratiques. Nous devions changer notre comportement et nous avons proposé un nouveau cadre de gestion, notamment une nouvelle politique de la dette. Nous nous intéressons à l’approvisionnement, comme l’a suggéré la vérificatrice générale. Notre plan d’action ira très loin. Vous verrez de grands changements », affirme M. Lussier sans donner d’exemple d’actions ou d’objectifs précis. »

Évelyne Beaudin

Relations tendues

Le maire a beau avoir promis une plus grande harmonie au conseil, chaque année apporte ses escarmouches marquantes. Même l’intimidation envers les élus a été dénoncée, dans la dernière année, avec deux plaintes pour injures déposées en cour municipale. Le conseiller Vincent Boutin, victime d’un épuisement, a nommé le climat tendu, auquel il avoue lui-même avoir participé, parmi les facteurs ayant mené à son retrait temporaire du travail. Steve Lussier s’est pour sa part fait reprocher d’avoir applaudi la démission d’Évelyne Beaudin du comité de développement économique. Qualifiant cette décision de « bonne nouvelle », il avait indiqué qu’il s’achèterait un billet de 6/49 pour célébrer.

« Je me suis excusé à tous mes collègues du conseil », assure M. Lussier à ce sujet. « J’aurais cru qu’il y aurait plus d’harmonie, mais il y a de la partisanerie. Il reste que dans les dernières semaines, je ne sais pas si c’est la pandémie qui fait ça, nous nous sommes serré les coudes. L’harmonie n’est peut-être pas totale, mais on travaille bien ensemble. On s’est parlé et ç’a valu la peine. Tout le monde peut s’exprimer librement. »

Dans le même sens, à mots couverts ou directement, plusieurs élus ont récemment reproché au maire son manque de leadership. « Pour une personne qui manque de leadership, j’ai amené la Ville à un autre niveau. Les citoyens ont toujours été au cœur de mes priorités. Je suis fidèle à mes convictions. Je suis intègre et honnête. »

Le conseiller Vincent Boutin a ciblé entre autres le climat au conseil municipal pour expliquer l’épuisement dont il a été victime.

Environnement

Enfin, la Ville de Sherbrooke a signé la Déclaration d’urgence climatique. Mais quels gestes la Ville posera-t-elle pour la planète? Déjà, le débat sur une œuvre d’Ultra Nan portant sur les changements climatiques et censée agir comme aide-mémoire au conseil municipal a fait couler beaucoup d’encre. Après des tergiversations, les élus ont accepté qu’elle soit affichée dans la salle du conseil à l’hôtel de ville. 

« On se doit d’avoir un système d’évaluation de l’impact écologique de nos projets. Nous sommes en voie de l’intégrer dans tous nos sommaires décisionnels. Nous essayons aussi d’aller chercher le plus de toits verts possible. J’ai signé l’entente pour l’agrandissement du parc du Mont-Bellevue. Nous travaillons aussi le Plan nature pour protéger les milieux humides, nous avons ramené le Bureau de l’environnement et nous travaillons sur la protection des bandes riveraines. »

Steve Lussier dit s’intéresser à l’économie circulaire, à une réduction des implantations de stations-service sur le territoire sherbrookois, à la collecte étendue du compost et à l’électrification des transports. 

« Je suis aussi très sensible à la déforestation. Il y a des dossiers que je n’ai pas pu prendre en charge parce qu’ils relevaient de mes prédecesseures, mais j’en fais maintenant une préoccupation. »

Les élus ont reçu une œuvre de l’artiste Ultra Nan pour leur rappeler l’importance de considérer l’environnement dans leurs décisions.

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