Imposer deux récréations de 20 minutes par jour ne pourra pas se faire à coût nul, estime le président du Syndicat de l’enseignement de l’Estrie (SEE-CSQ), Richard Bergevin.

Augmenter le temps de récréation : pas si simple, estime le SEE

Imposer deux récréations de 20 minutes par jour ne pourra pas se faire à coût nul, estime le président du Syndicat de l’enseignement de l’Estrie (SEE-CSQ), Richard Bergevin. Si cette mesure semble simple, elle peut sembler plus difficile à mettre en place qu’il n’y paraît, aux yeux du SEE.

Richard Bergevin remet en question la « cohérence » de cette décision du ministre de l’Éducation Jean-François Roberge, en rappelant que la CAQ souhaitait rapprocher la prise de décisions des élèves. Il rappelle que dans ses promesses électorales, les caquistes faisaient valoir leur volonté « d’inverser la pyramide des pouvoirs dans le réseau de l’éducation pour placer les écoles, les enseignants et les élèves du Québec au sommet de la structure ». 

« On est en faveur de faire bouger les enfants », note Richard Bergervin. Or, l’instance syndicale se questionne sur la façon de faire du ministre Roberge.

Une telle décision pourrait avoir des impacts sur l’organisation du transport scolaire et, par le fait même, sur les coûts qui y sont rattachés. « Si une école doit prolonger sa journée pour faire deux pauses de 20 minutes sans couper dans le temps d’enseignement, ça bouleverse l’organisation du transport scolaire. Peut-être qu’il y aurait des frais », avance M. Bergevin.

Si Québec va de l’avant avec cette mesure à la prochaine rentrée scolaire, il devra soit ajouter de la surveillance, soit rallonger les journées des enseignants, ce qui a un prix, plaide le SEE. 

La CSRS fait ses devoirs

À ce sujet, la Commission scolaire de la Région-de-Sherbrooke (CSRS) a fait savoir qu’elle devrait documenter la situation de ses écoles et en analyser l’impact. L’organisation a préféré ne pas accorder d’entrevue pour le moment. 

« Nous prenons connaissance de cette déclaration du ministre de l’Éducation et allons attendre les directives du Ministère à cet effet (...) nous a-t-on indiqué par courriel. À la lumière des renseignements que nous allons recueillir, nous verrons s’il y a place à réorganiser les récréations de nos écoles. »

 Selon nos informations, plusieurs écoles de la CSRS ont cependant déjà des récréations le matin et l’après-midi. Aux yeux de M. Bergevin cependant, la durée est rarement de 20 minutes. Le président du SEE n’était pas en mesure de nous dire, en Estrie, si cette façon de faire était déjà très répandue. 

Le SEE réclame depuis longtemps que le temps accordé aux matières obligatoires soit prescrit dans le régime pédagogique. « Si on ne prescrit pas un temps défini, on coupe dans les matières de base. Il me semble que ce n’est pas cohérent quand on dit qu’on va améliorer la réussite des élèves. » 

Le ministre de l’Éducation a pour sa part soutenu de son côté que cette mesure « n’entraînera pas de coûts supplémentaires ». 

Christine Labrie

Une réflexion s’impose, selon Christine Labrie

La députée solidaire de Sherbrooke, Christine Labrie, salue la mesure annoncée par le ministre de l’Éducation Jean-François Roberge, « qui va favoriser la réussite des jeunes et le développement de meilleures habitudes de vie ». Elle doit cependant s’accompagner d’un plan de modernisation des cours d’école, a-t-elle fait valoir à l’Assemblée nationale.

« Trop d’écoles n’ont pas d’installations adéquates. Dans l’école de mes propres enfants, le module de jeu a été détruit parce qu’il était désuet et dangereux, mais il n’a jamais été remplacé. Ça fait des années qu’ils vendent du chocolat pour financer leur cour d’école et plusieurs cohortes d’élèves sont rendues au secondaire sans avoir vu le moindre changement. Ce matin même, je répondais à des lettres reçues par des élèves de l’école Sacré-Cœur, qui me disaient à quel point leur cour est un îlot de chaleur extrêmement désagréable lorsqu’il fait chaud. C’est fréquent que des écoles décident de ne pas faire sortir leurs élèves quand il fait chaud parce qu’il n’y a pas d’ombre... » a-t-elle soutenu en rappelant aussi les enjeux hivernaux. 

L’attaché de presse du ministre de l’Éducation Jean-François Roberge, Francis Bouchard, a indiqué que des sommes seront prévues, au prochain budget, pour l’entretien des cours d’écoles. 

Professeur à la faculté des sciences de l’activité physique de l’Université de Sherbrooke, Félix Berrigan voit cette annonce positivement du point de vue du développement des jeunes, tant pour ce qui est de l’activité physique que de la gestion du stress. « Ça a aussi des effets sur les enseignants. Si les jeunes sont plus calmes, ils sont plus disposés à apprendre. » Cela pourrait cependant représenter un défi pour certaines écoles, notamment celles où une seule récréation est prévue. 

Le chercheur à la Chaire Kino-Québec y voit l’occasion de réfléchir à l’aménagement des cours d’école. « On a à réfléchir à nos cours d’école pour qu’elles soient adaptées aux besoins des élèves. » 

Étant donné plusieurs enjeux entourant les cours d’école (leur état, les conditions climatiques, etc.) les écoles doivent apprendre à exploiter leur environnement et les ressources autour, ajoute-t-il.