« J’ai bien peur qu’on n’arrive pas à un budget suffisant pour pouvoir accueillir les Jeux », estime la ministre des Relations internationales et de la Francophonie Nadine Girault.

Au coeur d'un bras de fer politique Québec-Ottawa

La tenue des Jeux de la Francophonie à Sherbrooke en 2021 se retrouve au cœur d’une joute politique entre Québec et Ottawa.

Après que le gouvernement provincial a annoncé mercredi qu’il fixait à 17 M$ sa contribution pour accueillir les Jeux, la ministre du Développement international Marie-Claude Bibeau a répété qu’Ottawa prendra 50 pour cent de la facture, et pas plus.

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« Les intentions ne changent pas, a-t-elle affirmé en entrevue avec La Tribune en fin d’après-midi mercredi. On est toujours prêt à doubler la mise de Sherbrooke et de Québec. Mais là, avec leurs contributions actuelles, j’ai bien peur qu’on n’arrive pas à un budget suffisant pour pouvoir accueillir les Jeux. »

Après avoir étudié les scénarios soumis par la Ville de Sherbrooke et consulté les ministères concernés, Québec a décidé d’y aller avec la même contribution de 17 M$ qui avait été proposée lors de la première mise en candidature de Sherbrooke en 2015.

Et ce même si Sherbrooke a abaissé de 8,7 à 5,5 M$ sa propre contribution, a précisé la ministre des Relations internationales et de la Francophonie Nadine Girault.

Si l’on additionne ses intentions à la proposition d’Ottawa, cela porte à 45 M$ le budget de l’événement, loin des scénarios de 52, 64 ou 74 M$ avancés par la Ville de Sherbrooke.

Pour la ministre Girault, il s’agit d’une contribution « raisonnable et réaliste », qui respecte la capacité de payer des Québécois.

« On a travaillé un peu comme la Ville de Sherbrooke qui décide de ce que ses citoyens peuvent payer. On a fait un peu le même rapport. Quand on a regardé les chiffres précédents qui nous avaient été présentés ainsi que les différents scénarios, ce qu’on demandait maintenant pour le Québec n’avait aucun sens. Ça dépassait de loin notre capacité de payer. »

La Ville, rappelons-le, a révisé le cahier des charges de 2015 et a soumis au gouvernement provincial trois scénarios allant de 52 à 74 millions $ pour l’organisation des Jeux. Selon les informations du quotidien La Presse, même à 74 M$, cela exclut des frais de 10 M$ pour que la Sûreté du Québec assure la sécurité de l’événement.

« C’était très haut comme chiffres, commente Mme Girault. On parlait dans un des scénarios de 35 M$ pour la province de Québec, c’est astronomique. Depuis le départ on dit qu’on va prendre en considération nos trois critères et un de ces critères est la capacité de payer des Québécois ». Les deux autres étant la faisabilité et l’acceptabilité sociale.

La Ville de Sherbrooke a pris acte de cette décision et s’en disait satisfaite mercredi.

En point de presse, le maire Steve Lussier a précisé que la Ville entendait déposer sa candidature jeudi à la réunion du Comité d’orientation du Conseil international des Jeux de la Francophonie qui se réunit à Paris (voir autre texte).

Dans le camp d’Ottawa

Pour la ministre Girault, la balle est maintenant dans le camp d’Ottawa. « On a avisé le fédéral de ce qu’on allait annoncer et ils l’ont bien accueilli. C’est à eux de faire leur propre analyse et de se positionner. »

Appelée à réagir alors qu’elle répète depuis lundi que le fédéral est prêt à contribuer pour 50 pour cent de la facture, la ministre Bibeau espère que Sherbrooke et Québec vont reconsidérer leur décision. « Parce qu’en quelque sorte, ils laissent de l’argent du fédéral sur la table. Nous on va doubler leur contribution à tous les deux, donc en ce moment notre contribution serait de 22,5 M$, mais on est prêt à aller beaucoup plus que ça dans la mesure où les deux autres augmentent la mise aussi. »

Pour mémoire, Ottawa contribuait à hauteur de 17 M$ comme Québec dans le montage financier des Jeux en 2015. La norme du 50 pour cent des contributions publiques ne s’appliquait pas à ce moment-là. « On a fait un effort pour accueillir les Jeux par rapport à 2015 », explique Mme Bibeau.

Quant à la hausse des coûts depuis 2015, elle estime qu’il faudrait voir s’il y a une marge de manœuvre du côté de l’Organisation internationale de la Francophonie. « Entre le budget qui avait été soumis en 2015 lors du dépôt de la candidature et le budget qui a été réévalué par Excellence sportive cette semaine, il y a effectivement un bond important parce que le cahier des charges de l’OIF aurait changé. Certainement qu’il peut y avoir des discussions avec l’OIF à savoir pourquoi ça a changé. Je pense que c’est quelque chose qui mérite d’être fait. »

La ministre se dit néanmoins déçue de ce que Québec met sur la table. « On se rappelle que François Legault avait participé au sommet de la Francophonie un peu après les élections. Il voulait être un joueur important dans l’organisation. J’avais imaginé qu’il aurait un intérêt réel à accueillir les Jeux de la Francophonie en 2021, parce que Québec est membre à part entière de l’OIF comme le Canada et le Nouveau-Brunswick d’ailleurs. Alors il faut une contribution plus significative pour qu’on soit en mesure d’accueillir les Jeux. »

Selon les informations de la ministre Girault, le Québec aura un représentant jeudi au CIFJ qui va positionner le dossier de Sherbrooke avec les contributions provinciales et municipales. « Le fédéral, qui va être à la table, aura lui aussi son mot à dire », assure-t-elle.