Aéroport: «Je ne peux pas en faire plus», dit Bibeau

La ministre du Développement international et députée de Compton—Stanstead Marie-Claude Bibeau est catégorique. Elle fait tout en son pouvoir pour faire avancer le dossier de l’aéroport de Sherbrooke. Elle estime toutefois que c’est toutefois à la Corporation de l’aéroport de Sherbrooke de signer une entente avec un transporteur aérien pour faire débloquer le dossier.

« Ce qui manque pour passer à la prochaine étape, c’est une entente signée avec une compagnie aérienne qui va offrir des vols réguliers, précise-t-elle en entrevue avec La Tribune. La balle n’est pas dans mon camp, je ne peux pas en faire plus que ça. »

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Cette déclaration survient après le passage du ministre responsable de l’Estrie et ministre des Transports du Québec, François Bonnardel, dans les bureaux de La Tribune où il a déclaré qu’il croyait que le gouvernement fédéral avait oublié le dossier de l’aéroport de Sherbrooke.

Sherbrooke réclame depuis plusieurs années une désignation officielle par l’Administration canadienne de la sûreté du transport aérien (ACSTA) qui assurerait à l’aéroport des services de sécurité aux frais du fédéral aux mêmes conditions que partout ailleurs au pays. Il y a 89 aéroports désignés au Canada. Tous ces aéroports chargent une taxe à tous les passagers et cette taxe est versée au gouvernement fédéral. En contrepartie le gouvernement paie pour les frais de l’ACSTA.

« Pour le moment, on ne peut pas faire partie de ce groupe, admet Marie-Claude Bibeau. Il faut faire nos classes. On ne va pas obtenir une désignation sur un concept. Ce qui est possible par contre, c’est de passer par le mécanisme de recouvrement de coûts. »

Ce mécanisme, qui existe seulement depuis 2015, permettrait à l’aéroport de Sherbrooke de charger une taxe aux passagers, mais de garder les revenus de cette taxe. L’aéroport doit toutefois dans ce cas assurer lui-même les frais de service de l’ACSTA. 

Un engagement ferme

Ce type de gestion peut comporter un certain risque selon Claude Denis, président de la Chambre de commerce de Sherbrooke. Les frais de sécurité peuvent facilement monter à 600 000 $ ou 700 000 $ par année selon lui.

« C’est très cher, il faut avoir les équipements et il faut avoir du personnel qualifié, explique-t-il. Si on avait à assumer ces frais-là, ça augmenterait le prix du billet de façon assez importante. »

« Ce dont on a besoin, c’est d’un engagement ferme, poursuit M. Denis. Si on ne l’a pas, il n’y a rien qui va presser l’ACSTA de réagir. Tout le temps que ça va être déficitaire, ils vont nous dire de nous arranger et dès qu’on va être rentable ça va commencer à les intéresser. Ce n’est pas ça qu’on veut. On veut que le gouvernement fédéral assume les frais de l’ACSTA dès que nous avons une entente avec un transporteur aérien. »

Marie-Claude Bibeau admet que le mécanisme de recouvrement des coûts amène un risque « modéré » dépendamment de l’achalandage de l’aéroport. Elle estime toutefois qu’à terme l’aéroport pourra obtenir une désignation officielle.

« Du moment qu’on a un historique à montrer, on pourra plaider pour faire partie du groupe des aéroports désignés, souligne Mme Bibeau qui rappelle que l’aéroport de Sherbrooke serait d’ailleurs le premier au pays à faire appel à ce mécanisme de recouvrement des coûts. Il faut faire nos classes. Je ne peux pas aller plus vite ou pousser plus fort. On a l’assurance qu’on va obtenir les services de sécurité aéroportuaire via le mécanisme de recouvrement de coûts. Ce n’est pas vrai que le fédéral bloque quoi que ce soit. Ce n’est pas le meilleur scénario, mais nous en avons un bon qui nous est accessible. »

Le maire Steve Lussier s’est contenté de confirmer que des discussions sont en cours concernant un éventuel transporteur aérien lorsque contacté par La Tribune. Il a toutefois réitéré l’importance de l’implication du gouvernement fédéral dans le projet.

« J’ai besoin du fédéral, nous n’avons pas les moyens financiers d’absorber tous les risques, déclare-t-il. Je ne comprends pas qu’on nous retourne la balle. On a mis beaucoup d’argent dans les infrastructures.»