Faute de développement concret dans le dossier de l'aéroport de Sherbrooke, les conseillers Jean-François Rouleau et Pierre Tardif exigent que la Ville suspende toutes les dépenses relatives à la desserte d'un vol commercial jusqu'à ce que les démarches réalisées depuis 2012 et les montants associés soient rendus publics.

Aéroport : Rouleau et Tardif exigent un moratoire

Les conseillers municipaux Jean-François Rouleau et Pierre Tardif ont exigé vendredi qu'un moratoire soit instauré sur toutes les dépenses relatives à la desserte d'un vol commercial à l'aéroport de Sherbrooke.
En raison de l'argent investi en vain par la Ville de Sherbrooke depuis 2012 dans le projet d'une ligne aérienne la reliant à Toronto ou Montréal, les deux élus souhaitent que l'administration en place rende publics les résultats des démarches précédentes avant d'engager de nouveaux frais.
« Assez, c'est assez. C'est assez qu'on pompe l'argent public dans un gouffre sans fond. Il faut maintenir l'aéroport opérationnel oui, mais la ligne aérienne, qui va payer pour au bout de la ligne? Qu'on arrête d'investir là-dedans et qu'on rende tous les rapports publics et les montants investis pour que tout le monde soit en mesure d'évaluer le travail qui a été fait, d'autant plus qu'on veut encore investir un autre 100 000 $ », fulminait M. Rouleau après un point de presse tenu à la Brasserie Le Dauphin vendredi midi.
Rappelons que la semaine dernière, la Ville de Sherbrooke a publié un avis public indiquant qu'elle est à la recherche de « services professionnels pour le développement de liens aériens commerciaux réguliers à l'aéroport de Sherbrooke », un mandat que détenait depuis 2012 l'entreprise Harvey International. En entrevue à La Tribune, le directeur général de la Ville de Sherbrooke, Yves Vermette, s'est dit confiant de s'entendre avec un transporteur d'ici 2019 tandis que le maire de Sherbrooke, Bernard Sévigny, continue de croire que des vols commerciaux pourraient décoller cette année.
« Ce n'est pas parce qu'on veut chialer à tout prix, a laissé entendre Pierre Tardif, mais notre rôle, c'est de poser des questions, surtout lorsqu'un projet semble autant se dégonfler. On croit que l'aéroport est utile et qu'il faut continuer de l'entretenir pour maintenir les différents services qui s'y trouvent, mais le projet de ligne commerciale ne tient pas la route. »
« Des études surprenantes et questionnables »
S'appuyant sur des données récentes et peu enviables à propos de l'aéroport de Saint-Hubert, situé à un peu plus d'une heure de Sherbrooke et qui devrait offrir des vols vers Toronto à compter du mois prochain, Pierre Tardif a qualifié de « surprenantes et questionnables » les deux études de marché produites respectivement par Harvey International et l'Université de Sherbrooke pour mesurer le potentiel de l'aéroport de Sherbrooke.
« On nous a dit qu'il pourrait y avoir plus de 300 000 vols par an à Sherbrooke, mais comment a-t-on pu arriver à de tels chiffres? À Saint-Hubert, avec un ancien aéroport militaire bien équipé, une aide de 17 M$ du fédéral pour rénover la piste principale et les infrastructures, un bassin de 1 million de personnes dans un rayon de 30 km, ils ont eu 1000 vols en 2016... » soutient Pierre Tardif.
Ils soulignent également que la situation du transport a beaucoup évolué au cours des cinq dernières années dans le sud du Québec et que plusieurs options pourraient s'ajouter pour la population dans un futur rapproché, notamment un train électrique menant directement du Quartier Dix/30 à l'aéroport ou l'ouverture récente vers l'ouest de l'autoroute 30.
Le DG de l'aéroport sous la loupe
Il n'y a pas que les détails entourant le projet de ligne aérienne commerciale que les élus Jean-François Rouleau et Pierre Tardif souhaitent voir passer au peigne fin. Le travail du directeur général de la Corporation de développement de l'aéroport de Sherbrooke (CDAS) suscite également des questionnements.
Les deux élus indépendants souhaitent que le maire Bernard Sévigny rende public le libellé du mandat ainsi que la description de tâche du poste occupé par Jean-François Ouellet depuis juillet 2015, étant donné que la prise en charge du dossier est maintenant assurée par le directeur général de la Ville de Sherbrooke, Yves Vermette.
« Qui mène l'aéroport finalement, le comité ou le bureau de la mairie? J'ai présidé au c.a. de l'aéroport dans le passé, j'ai été là pendant huit ans et mon collègue Pierre [Tardif] pendant quatre ans. On avait des gestionnaires qui étaient de la ville, il n'y avait personne payé 80 000 $ par an avec des bonis et ça fonctionnait sans problème, donc il fait quoi? Si c'est justifiable, qu'on nous le prouve », réclame Jean-François Rouleau.
Lors d'une entrevue accordée dans le défunt Sherbrooke Express en 2015 après avoir nommé Jean-François Ouellet au poste de dg, le président de la CDAS, Julien Lachance avait affirmé qu'ils étaient persuadés « que son dynamisme et son réseau de contacts bien établi dans la région nous permettront de réaliser nos différents projets de développement, que ce soit pour l'implantation d'un vol commercial par un transporteur national et le développement d'une zone industrielle reliée aux activités de l'aéroport dont, par exemple, le projet Alerte. » Jean-François Ouellet était auparavant directeur à l'innovation et au développement à Destination Sherbrooke. Ce dernier n'a pas voulu commenter les demandes des deux élus indépendants vendredi. Charles Beaudoin