La présentation sur les dépenses liées à l'exploitation et au démarchage à l'aéroport de Sherbrooke, lundi à l'hôtel de ville, laisse encore plusieurs élus sur leur faim.

Aéroport : les élus veulent pouvoir gérer le risque

La présentation sur les dépenses liées à l'exploitation et au démarchage à l'aéroport de Sherbrooke, lundi à l'hôtel de ville, laisse encore plusieurs élus sur leur faim. Toujours en attente des chiffres qui démontreraient les impacts des vols commerciaux, des données financières qui permettraient d'évaluer le risque de l'aventure, des conseillers ont ventilé leur frustration. Le maire Bernard Sévigny a rétorqué qu'il n'était pas question de faire de la stratégie ouverte... surtout devant les médias.
En utilisant les données de cinq petits aéroports canadiens et en extrapolant des données pour Sherbrooke, le directeur général de la Ville, Yves Vermette, estimait à 75 000 le nombre de passagers que pourrait générer une liaison commerciale. À la suite des comparaisons avec ces aéroports, dont celui de Kingston, une ville à la taille semblable à celle de Sherbrooke, Jean-François Rouleau a formulé des bémols.
« Ça ne me rentre pas dans la tête. Comment peut-on arriver à faire des sondages crédibles quand on ne connaît pas le prix des billets? Avec le coût que représentent les services de sécurité aérienne, qu'on pourrait inclure dans le prix des billets, on ne peut pas arriver à un coût compétitif. Comment se fait-il qu'en cinq ans, si notre profil est si bon que ça, personne n'ait levé la main pour offrir les services? Il faudrait arrêter de s'imaginer qu'une affaire comme ça peut arriver », s'est exclamé M. Rouleau.
« Quand vous présentez ces chiffres aux compagnies aériennes, pourquoi elles n'accrochent pas? » a renchéri Pierre Tardif.
« Il y a de l'intérêt. Nous avions une entente avec une compagnie en 2013, mais nous n'avions pas les services de sécurité. Nous continuons vraiment intensément à discuter avec les compagnies aériennes, mais ces gens refusent qu'on divulgue leur nom sur la place publique », rétorque M. Vermette.
« Je m'attendais à avoir plus d'information pour être en mesure de prendre une décision. Je ne remets pas en question le travail qui a été fait, mais nous ne connaissons pas les montants nécessaires pour offrir le service au coût que le consommateur est prêt à payer », a déploré Nicole Bergeron.
« Quand nous aurons une entente, vous aurez tous les coûts, les revenus. Nous viendrons vous les présenter. Il y aura plus d'efforts à mettre les trois premières années après une entente, comme pour toute entreprise. Je ne peux pas vous dire plus que : nous les avons tous ces chiffres-là », a répondu Yves Vermette.
Le maire Bernard Sévigny s'est emporté. « Aux questions que vous avez, nous avons des réponses. On ne fera pas ça sur la place publique devant les médias. Il y a de l'information sensible qui fait partie du type d'entente qu'on négocie. Il y a une limite à faire de la stratégie ouverte avec de l'information sensible. »
« Ce qu'on veut, c'est de pouvoir gérer le risque sans que ce soit un trou sans fond. L'idée d'avoir un plan d'affaires, c'est de mesurer le réalisme du projet. C'est difficile pour les décideurs de se faire une tête. On sent que ça flotte et ça nous insécurise. Si ce n'est pas réaliste, on pourrait penser à un plan B », a commenté Annie Godbout.
Hélène Dauphinais a remis en question le choix du consultant en démarchage, la firme Harvey International. « Ça fait cinq ans qu'on lui donne des contrats. Est-ce qu'on fait du démarchage trop rapidement ou est-ce qu'on devrait demander un profil différent pour faire du démarchage pour nous? »
Yves Vermette répond qu'un appel d'offres a été lancé récemment pour trouver un consultant. Les résultats devraient être présentés sous peu.
Vincent Boutin dit que de savoir si la Ville est prête à assumer le déficit de l'aéroport n'est pas la bonne question à se poser à ce moment-ci. « Ce que j'ai compris, c'est est-ce que Sherbrooke a les reins assez solides en matière de population pour supporter une liaison aérienne? Est-ce qu'à la lumière de ça, on se doit de poursuivre le démarchage? Ce que ça démontre, c'est que d'avoir un aéroport régional dynamise l'économie régionale. C'est sûr que c'est un long processus, mais nous avons le potentiel de le faire. »
« Le transport aérien est une industrie complexe, qui bouge beaucoup, qui est soumise à une série de contraintes réglementaires et financières. Ça modifie de façon fréquente les stratégies de déploiement. Oui le gazon a l'air plus beau ailleurs, mais ce n'est pas le cas », a résumé le maire Bernard Sévigny.
M. Sévigny a par ailleurs présenté les impacts attendus de l'ajout d'une activité aéroportuaire en région. En citant une étude finlandaise s'étant intéressée à 86 aéroports dans 13 pays européens, il rapporte que la desserte commerciale attire les entreprises, les investissements et génère des activités économiques dans les villes de taille intermédiaire. Selon cette même étude, la desserte commerciale permet la création d'emplois dans les entreprises existantes.
« Les auteurs se sont risqués à deux conclusions politiques. Les décideurs ont de bonnes raisons pour soutenir les liens aériens locaux en raison de leur importance pour le développement des régions. En sachant que les petits aéroports sont souvent non viables financièrement, les résultats justifient un soutien financier aux activités aéroportuaires. »