Conseil municipal.

Adéquate, la rémunération des élus?

EXCLUSIF / L’ancien conseiller municipal Bernard Tanguay a été mandaté pour produire un rapport sur la rémunération des élus à Sherbrooke. Leur salaire convient-il encore à la tâche qui leur est confiée? La répartition de l’enveloppe salariale est-elle équitable? La représentation à certains comités est-elle disproportionnée? Tous les élus doivent être rencontrés pour exprimer leur opinion sur le sujet.

Le maire Steve Lussier confirme que le « rapport Tanguay » a été commandé par la direction générale à la suite de discussions intervenues avec la mairie. « C’est quelque chose que j’ai demandé depuis le départ. Les élus avaient aussi la volonté de revoir la composition des comités. L’indexation des salaires pourrait se faire différemment à partir de l’an prochain, entre autres parce que nos comptes de dépenses seront imposés. Nous voulons voir l’impact d’une telle mesure. »

M. Lussier croit qu’il était opportun de confier la tâche à un ex-élu. « Il connaît le dossier, mais en même temps le travail a changé. Son rapport, à son initiative, sera plus complet encore que ce que nous lui demandions. »

Steve Lussier.

Le maire affirme que la Ville compte 20 comités, en plus des corporations. S’il a essayé d’en abolir à son entrée en poste, comme le comité de toponymie, il est revenu sur sa décision. Il compte d’ailleurs créer un autre comité lors d’un prochain conseil, un comité qui n’entraînerait pas de dépenses supplémentaires.

Steve Lussier affirme que Bernard Tanguay sera libre de ses recommandations. Il pourra suggérer des augmentations de salaire s’il le juge opportun. M. Lussier a d’ailleurs entendu des élus soulever que le revenu devrait être plus important en raison du nombre accru de citoyens qu’ils représentent.

Une révision de la pertinence, des tâches et du rôle de chaque comité sera exigée chaque année par le maire Lussier.

Écarts

Parmi les élus, Pierre Avard affirme que le dossier a été amené en juillet. « C’est peut-être les écarts entre chacun des élus qui sont le plus grand problème. Certains reçoivent le double des autres. C’est peut-être ça qu’on devrait regarder. »

Pierre Avard.

Au lendemain de l’élection, en décembre dernier, La Tribune révélait que l’élue la mieux payée à Sherbrooke était Nicole Bergeron, avec un salaire de 101 143 $. Pierre Avard gagnait alors 51 194 $ en excluant les primes versées par la Société de transport de Sherbrooke et Valoris.

« Le simple fait d’être président d’un comité fait une différence. Mais tu peux participer au même comité, faire le même travail, et ne pas être payé plus. Il faut regarder les iniquités et j’ai lutté toute ma vie contre les iniquités. Nous avons pourtant tous été élus sur la même base. Le salaire devrait être le même pour tout le monde, à l’exception de l’exécutif. »

M. Avard estime par ailleurs que des hausses annuelles calquées sur le coût de la vie sont raisonnables.

Du temps plein?

Pierre Tremblay se demande quant à lui si les élus doivent se consacrer à leur tâche à temps plein et si, dans de telles circonstances, le salaire devrait être ajusté. Il estime toutefois que son salaire actuel lui convient.

« Quand on s’engage en campagne électorale, on sait pertinemment ce que sera le salaire. Je suis d’accord que les comités les plus importants entraînent une rémunération. Mais quand j’étais président du comité du sport, avec ce que ça demandait, je n’aurais pas été en mesure d’occuper un emploi à temps plein. Auparavant, il y avait moins de comités. Le nombre d’heures consacré au travail de conseiller chaque semaine était plus bas. Il pourrait y avoir moins de conseillers à certains comités. À partir du moment où on consacre plus de 30 h par semaine, c’est difficile d’occuper un autre emploi. Et il ne faut pas que le salaire soit trop bas, sinon, quel intérêt les gens auraient à s’impliquer? »

Le conseiller Rémi Demers admet que ses responsabilités d’élus l’obligent à n’occuper qu’un emploi à temps partiel. « Nous sommes rémunérés correctement si nous regardons le nombre d’heures que nous faisons. Beaucoup ont un deuxième travail, mais doivent faire des concessions. »

Rémi Demers.

M. Demers se dit à l’aise avec l’étude que mène Bernard Tanguay. « Je ne pense pas qu’on doive augmenter la rémunération, mais il est possible que des iniquités se soient construites au fil du temps. Avec la diminution du nombre d’élus, il n’y a pas eu de diminution dans la représentation. L’exercice a sa raison d’être. »

Julien Lachance ne serait pas à l’aise à revoir son salaire à la hausse. « Quand nous avons réduit le nombre de districts, ce n’était pas dans le but d’augmenter la rémunération. S’il y a une chose que nous ne devrions pas juger nous-mêmes, c’est notre salaire. Ça devrait être vu à un autre niveau. » Il estime lui aussi que la représentation municipale à certains comités pourrait être revue à la baisse.

Enfin, Marc Denault estime que la charge à certains comités n’est plus la même qu’au moment où des primes ont été attribuées, par exemple au comité de retraite des employés de la Ville. « Comme président de la Société de transport de Sherbrooke, je trouve mon salaire tout à fait convenable. Les gens savaient à quoi s’attendre quand ils se sont présentés et la plupart ne le font pas pour le chèque de toute façon. Il est pertinent de revoir l’existence de certains comités et de réfléchir à la façon de rendre un service plus direct à la population. »

Bernard Tanguay a refusé de répondre aux questions de La Tribune.