Yves Gilbert, de la Commission scolaire des Haut-Cantons, Michael Murray, de la Commission scolaire Eastern Townships, Jean-Philippe Bachand, de la Commission scolaire des Sommets, et Gilles Normand, de la Commission scolaire de la Région-de-Sherbrooke, estiment que l’abolition des élections scolaires est une menace pour l’autonomie des régions.

Abolition des commissions scolaires : les commissaires font bloc

Les quatre présidents des commissions scolaires de la région ont réclamé mercredi le retrait pur et simple du projet de loi 40 visant à abolir les élections scolaires et transformer les commissions scolaires en centres de service. Jean-Philippe Bachand, de la Commission scolaire des Sommets, Gilles Normand, de la Commission scolaire de la Région-de-Sherbrooke, Yves Gilbert, de la Commission scolaire des Haut-Cantons et Michael Murray, de la Commission scolaire Eastern Townships, estiment que ce projet de loi est une menace pour l’autonomie des régions.

« On demande une grande étude avec une consultation publique pour qu’on jase ensemble à savoir où on s’en va et comment les commissions scolaires peuvent s’intégrer là-dedans, indique M. Gilbert. On est prêt à travailler avec le ministre. »

Même si le projet de loi promet une autonomie accrue aux écoles, les commissaires de la région dénoncent la centralisation de la prise de décisions.

« Lorsqu’on lit le projet de loi, on se rend compte qu’il y a un pouvoir centralisé au ministre, explique M. Gilbert. C’est lui qui va créer le code de déontologie de chaque conseil des centres de services, j’appelle ça un pouvoir centralisé. »

Selon le projet de loi, les centres de services seraient administrés par un conseil d’administration composé de 16 membres, dont huit parents. La réalité des commissions scolaires en milieu rural est mal adaptée à ce concept selon Jean-Philippe Bachand qui préside une commission présente dans trois MRC.

« Le projet de loi ne permet pas d’avoir une représentativité par district, souligne-t-il, un groupuscule d’une certaine région pourrait être majoritaire sur un conseil d’administration. »

Représentativité

La faible participation de la population aux élections scolaires est l’une des raisons avancées par le ministre Jean-François Roberge pour les abolir. Or, les commissaires estiment que tous les efforts n’ont pas été faits pour les mettre de l’avant.

« Si je prends 2014, il y a eu 35 000 $ d’injectés dans tout le Québec pour susciter l’intérêt, explique M. Gilbert. Il y a même des partis politiques qui ont demandé aux gens de ne pas aller voter. Alors comment voulez-vous faire en sorte que les parents et les citoyens se mobilisent ? »

« On a fait une suggestion, pourquoi ne pas mettre les élections scolaires et municipales ensemble ? ajoute-t-il. Dans les États américains près de nous, les gens votent pour le shérif ou pour une loi. On est capable de faire plusieurs choses en même temps. Pourquoi ne pas l’avoir essayé ? »

Selon Jean-Philippe Bachand, la perte des élections est une perte démocratique importante.

« La démocratie, c’est de permettre à tout le monde de participer et de voter, mentionne-t-il. On est vraiment une société riche au Québec pour bafouer un niveau démocratique. Que le niveau de participation soit à 5 ou 15 %, on a des élections partielles qui sont à 18 %, mais peu importe, il y a une démocratie. Il y a des gens sur la planète qui voudraient avoir une démocratie. Ça m’attriste. »

Implication des parents

La très grande place des parents dans les conseils d’administration a également fait sourciller les commissaires.

« C’est important pour moi que toute la population ait accès à choisir qui va organiser les services publics des écoles, dit Gilles Normand de la CSRS. On demeure parent et dans le projet de loi, ceux qui ne sont plus parents ne pourront plus administrer alors que l’expérience qu’on a acquise fait en sorte que c’est un avantage. »

« Je ne comprends pas la volonté du gouvernement d’exclure les citoyens qui veulent s’engager, mentionne pour sa part M. Murray. Même si les commissions scolaires anglophones conservent les élections, la limitation des candidatures fait en sorte de donner une vision étroite et limiter de ce que devrait être l’éducation. »