Une nouvelle rue en cul-de-sac bordée de 50 maisons pourrait voir le jour dans le secteur du chemin Rhéaume, dans le district de Saint-Élie.
Une nouvelle rue en cul-de-sac bordée de 50 maisons pourrait voir le jour dans le secteur du chemin Rhéaume, dans le district de Saint-Élie.

50 maisons dans une zone au potentiel écologique très fort

Une nouvelle rue en cul-de-sac bordée de 50 maisons pourrait voir le jour dans le secteur du chemin Rhéaume, dans le district de Saint-Élie. Les résidences en question pourraient être construites en raison d’un droit acquis, même si elles seront situées à l’extérieur du périmètre urbain, dans une zone au potentiel écologique très fort.

Le projet n’a toutefois pas fait l’unanimité au conseil municipal et sera soumis à une consultation publique le 24 février. La conseillère Évelyne Beaudin a d’ailleurs invité les citoyens à se mobiliser pour sauver le marais du ruisseau Rouge comme ils l’ont fait pour le parc Willie-Bourassa-Auger. Pierre Avard, Karine Godbout, Pierre Tremblay et Annie Godbout ont aussi inscrit leur dissidence.

Yves Tremblay, directeur de la planification et de la gestion du territoire, a décrit le travail colossal pour amener les promoteurs à rendre leur projet acceptable.

Le président du comité d’urbanisme, Vincent Boutin, a indiqué que trois options ont été présentées aux élus, dont l’achat complet du site pour le protéger. « Compte tenu des risques de ne pas honorer ce projet, nous avons travaillé pour arriver à un projet qui répond aux exigences de la population en matière environnementale. Les promoteurs ont accepté de protéger 73,3 % du terrain, et ça pourrait aller jusqu’à 80 %. C’est comme si on se faisait donner deux fois le parc Jacques-Cartier ou cinq fois le domaine Howard. »

Selon les documents déposés lundi, l’accès au nouveau quartier se ferait par une nouvelle rue à la hauteur de la rue des Châtaigniers. « Le projet se trouve à l’extérieur des périmètres urbains, mais il fait partie des 15 projets approuvés à l’extérieur de ces périmètres identifiés au Schéma d’aménagement et de développement révisé », lit-on dans les documents.

La même disposition avait permis d’approuver un projet semblable sur l’ancien terrain de golf Prince-de-Galles, dans le district de Brompton, en 2018. Il s’agit du seul autre projet, parmi les 15 approuvés, qui n’est pas amorcé.

Dans le cas présent, c’est le conseil municipal de Saint-Élie-d’Orford qui avait approuvé un plan de développement pour un projet d’environ 30 terrains en 1998. Ce plan était qualifié de préliminaire parce qu’il était dressé à la main et n’était pas très détaillé. Il ne tenait pas compte des milieux humides sur le site. Aujourd’hui, 98 % des milieux humides seraient protégés.

De nouveaux projets ont été déposés en février 2019 et juillet 2019. À un certain moment, il a été question de construire 118 lots. Au final, le nouveau plan de lotissement prévoit 50 lots pour la construction et 1993 mètres de rue. Deux des dix-huit milieux humides sur le terrain seraient partiellement détruits par la trame de la rue proposée.

Les documents municipaux indiquent que le promoteur s’est engagé à « grever les milieux humides conservés d’une servitude de conservation ».

Dans le même sens, il s’engage à « enregistrer une servitude de tolérance au bruit pour chaque terrain vendu », en raison de la proximité avec les pistes de course du complexe Saint-Élie Motorsports.

Le déboisement serait limité à 3000 mètres carrés pour chaque terrain résidentiel. L’espace protégé aurait une superficie de 294 747 mètres carrés.

La valeur du terrain avant le projet est estimée à 400 000 $ et le coût de construction s’élèverait à 1 343 000 $. Les revenus de taxes anticipés seraient d’environ 162 923 $. L’achat du terrain par la Ville pour en faire une zone protégée aurait pu entraîner des coûts importants, selon Vincent Boutin, qui cite une bande de terrain en bordure du mont Bellevue acquise pour 1,8 M$ en septembre dernier.

Marc Denault s’est prononcé en faveur du projet. « Si on pouvait refaire l’histoire, on choisirait de garder ce terrain, mais on n’a pas le choix, à moins de vouloir faire un chèque de 500 000 $. Je ne connais pas beaucoup de promoteurs qui sont prêts à donner 80 % de leur terrain. »

Julien Lachance estime pour sa part qu’il s’agit d’une bonne entente.

Annie Godbout et Karine Godbout croient que le dossier aurait dû être présenté beaucoup plus tôt au conseil pour orientation.

« Une fois que vous avez la main dans l’engrenage, ça crée des espoirs au promoteur. Je comprends qu’on sauve 80 % du terrain, mais les 20 % qui restent sont de trop », dit Annie Godbout.

Évelyne Beaudin a martelé que la décision de la Ville était une grave erreur. « À défaut de vous convaincre, je vais me tourner vers la population. Dans le passé, la mobilisation a permis de sauver le parc Willie-Bourassa-Auger. Aujourd’hui, elle peut sauver le marais du ruisseau Rouge. »

Pierre Avard, lui, ne se sentait pas lié par les décisions du passé, contrairement à sa collègue Nicole Bergeron.

Le maire Steve Lussier a évoqué le souhait que le nouveau quartier ressemble au boisé des Chanterelles du secteur Rock Forest.

Une consultation publique est prévue le 24 février à 18 h 30 au bureau de l’arrondissement Brompton-Rock Forest-Saint-Élie-Deauville.

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Les promoteurs Christian Pépin et Pierre-Luc Bernier affirment avoir fait tous les efforts nécessaires pour rendre leur projet acceptable.

Les propriétaires disent avoir à cœur l’environnement

Les propriétaires du terrain près du chemin Rhéaume estiment avoir fait de nombreux efforts pour rendre leur projet résidentiel de 50 maisons acceptable. Ils assurent qu’ils visent à développer la portion du terrain où la valeur écologique est la plus faible.

« Les démarches ont duré trois ans, dit l’un des deux propriétaires, Pierre-Luc Bernier. On a commencé avec un gros terrain de 118 lots. Nous avons baissé à 50 lots. Nous avons acheté un terrain qui était conçu pour construire. On se retrouve en train de nous dire qu’on ne sait pas si on va respecter nos droits. Ça sonne comme si on n’était pas responsable des actions du passé.

« Je comprends l’enjeu écologique de ce terrain. Je l’ai réalisé avec les travaux que nous avons faits dans les dernières années. Le terrain n’est pas à 100 % haute valeur écologique. On utilisera aussi les matériaux déjà sur le site, notamment le roc, pour la construction. Il n’y aura pas de transport ni de déboisement supplémentaire. L’empreinte écologique sera très intéressante. 

« Qu’est-ce qu’on aurait pu faire de mieux pour respecter vos exigences écologiques en gardant le droit de construire sur le terrain? » a demandé M. Bernier aux élus. 

« Tout le monde nous avait dit qu’il n’y a jamais de projets sans avoir d’opposants. On va essayer de répondre aux inquiétudes pour démontrer qu’on a fait tout ce qu’il fallait pour protéger les zones humides », ajoute son collègue Christian Pépin.

Selon M. Bernier, les maisons seront construites en bordure du futur parc protégé. La population, dit-il, y aura accès. « Les gens pourront visiter la zone écologique et profiter de la vue. Le développement est bien perçu par les voisins, parce qu’ils pourront y marcher en toute sécurité. »

Pierre-Luc Bernier ajoute que les terrains seront vendus plus chers qu’un terrain régulier et que les maisons qui s’y trouveront coûteront elles aussi plus cher que la moyenne. « Il y a des coûts associés à la forte valeur écologique. Avec l’APCHQ et la Ville, on va établir un plan pour la construction. »

Le seul déboisement permis sera celui pour les entrées charretières et les fondations des maisons, conclut-il, affirmant que la nature sera protégée au maximum. Jonathan Custeau